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Sorbonne Universités : Paris 2 - Assas a des envies d'ailleurs

Camille Stromboni
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Cérémonie des docteurs - Sorbonne universités - ©C.Stromboni - 2011
Cérémonie des docteurs - Sorbonne universités - ©C.Stromboni - 2011

Vers un divorce à l'amiable, voire pour faute ? L'université Paris 2 - Assas envisage sérieusement de quitter son regroupement, le pôle Sorbonne Universités qui l'unit à ses homologues Paris Sorbonne (Paris 4) et l'UPMC (université Pierre et Marie Curie). Après le vote d'une motion au conseil d'administration mi-juin 2013, le président de l'établissement réfléchit à de nouveaux partenaires. A l'heure où l'impulsion ministérielle est à l'inverse, au renforcement des pôles universitaires.

"Nous sommes à la recherche de nouveaux partenaires, conformément à la motion votée par notre conseil d'administration", prévient d'entrée Guillaume Leyte, président de l'université Paris 2 Assas, au début du mois de juillet 2013. Les quelques semaines écoulées depuis la motion lui donnant "mandat le plus large pour rechercher toute solution […] y compris la recherche de nouveaux partenariats", n'ont pas changé la donne.

Si le juriste n'exclut absolument pas de rester dans Sorbonne Universités, il se situe d'abord dans une démarche vers l'extérieur. Rien de décidé pour l'instant, toutes les pistes sont ouvertes : vers d'autres PRES, ou établissements, et sous d'autres formats – si cela est possible – par exemple en association.

La logique au cœur de Sorbonne Universités, c'est-à-dire le rassemblement de l'ensemble des disciplines dans une grande université (sciences dures et médecine ; arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales ; droit éco-gestion), ne parait en effet plus incontournable pour le président d'Assas.

"Si l'on veut recréer l'université de Paris, unique et pluridisciplinaire, il faut assumer une vraie logique facultaire, et le faire avec toutes les universités parisiennes. Sinon, cela n'a pas de sens", explique le professeur d'histoire du droit, qui trouve plus urgent de rechercher des complémentarités chez ses partenaires, par exemple en commerce, en gestion ou autour du droit.

motivation des juristes : le nouveau statut des pres plus contraignant

Pourquoi une réflexion si radicale a-t-elle émergé chez les juristes de la rue d'Assas ? Le contexte tout d'abord, avec la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, suscite de l'inquiétude.

En effet, le projet prévoit la transformation des PRES en EPCSCP (Etablissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel) : la question est particulièrement sensible pour Sorbonne Universités, constitué en forme de FCS (Fondation de coopération scientifique) – contrairement à la plupart des autres PRES, qui sont des EPCS (Etablissement public de coopération scientifique).

"L'établissement public a toujours été un repoussoir pour nos trois universités, qui ont défendu la souplesse de la FCS. A l'inverse, l'EPCSCP impose une organisation contraignante. Cela rebat véritablement les cartes", déplore Guillaume Leyte.

"La loi impose une intégration à marche forcée, confirme Barthélémy Jobert, à la tête de Paris Sorbonne (Paris 4). Avec une vraie ambiguité concernant l'attribution des moyens et la contractualisation : les dotations vont-elles véritablement demeurer par établissement, ou seront-elles attribuées par site ? Ces incertitudes permanentes, et cette impression d'être forcés à une intégration plus forte, ont pu faire peur à Paris 2. Le ministère doit clarifier cette question d'urgence, comme nous le lui demandons depuis longtemps."

La loi impose une intégration à marche forcée (B.Jobert)

Un PRES déjà ingouvernable ?

Au-delà de la loi, c'est aussi la difficile gouvernance du PRES qui pose problème aux juristes. Les présidents à la tête du pôle changent en effet à grande vitesse. Après Louis Vogel, qui a mis fin a son mandat fin décembre 2012, et l'intérim du président de l'UPMC Jean Chambaz, Pierre Grégory, professeur émérite de Paris 2 et premier président qui n'était pas à la tête de l'un des établissements membres, élu en mars 2013, a démissionné… moins de trois mois plus tard.

Université Paris 2 -  Panthéon Assas - Bibliothèque - ©Camille Stromboni-2012

Une démission qu'il expliquait par l'impossibilité de mettre en place une présidence forte et d'avoir la confiance des présidents d'établissement. "Nous partageons le constat de l'absence d'une gouvernance stable, explique le président de l'UPMC Jean Chambaz. Nous voulons une gouvernance forte et dynamique, avec une carte blanche donnée sur l'action du PRES. Il faudra clairement définir les prérogatives du futur président."

Pour le président de l'université Paris 4 Sorbonne, il s'agit aussi d'une question de personne. "Nous n'avons pas trouvé pour l'instant de vrai successeur à Louis Vogel, analyse Barthélémy Jobert. Nous le recherchons activement et je pense qu'une fois que ce sera fait, une grande partie des difficultés institutionnelles seront résolues."

La peur du géant

"Lorsqu'un président ne peut présider, et qu'un établissement impose ses choix, par exemple en décidant à sa place du nom du délégué général, c'est impossible d'avancer", pique tout de même le président de Paris 2 – bien que ses homologues ne voient pas les choses de cette manière.

Car derrière cette impossibilité à gouverner se cache la peur de la "petite" université Panthéon Assas de voir sa destinée prise en main par le mastodonte de sciences dures. "L'UPMC a déjà un poids prépondérant et la situation risque d'empirer avec la loi et le nouveau statut", reconnait Guillaume Leyte, qui pointe des différences fondamentales entre les deux établissements.

Une crise de croissance passagère ?

"Qu'il s'agisse de la taille ou des mœurs universitaires, nous sommes très différents. Par exemple sur les doctorats, qui n'ont rien à voir en droit et en sciences dures. S'il faut tout fondre dans une seule école, cela va devenir très compliqué, et risque de se faire à notre détriment", s'inquiète le président.

Côté UPMC, on se veut rassurant, tout en soulignant la très forte volonté de rester ensemble. "S'il n'est pas confortable d'être les plus petits, ce n'est pas évident non plus d'être le plus gros, note Jean Chambaz. Je pense, quoi qu'il en soit, que nous sommes plus proches d'être d'accord que l'inverse. Nous avons beaucoup avancé sur l'Idex et les appels à projets lancés ensemble, ce qui constitue la vraie vie du PRES. Il s'agit je crois d'une crise de croissance, que j'espère nous allons vite dépasser."

Le PRES Sorbonne Universités
Créé en 2010, le PRES Sorbonne Universités réunit les trois universités Paris 2, Paris Sorbonne (Paris 4) et l'UPMC (université Pierre et Marie Curie), ainsi que l'UTC (université de technologie de Compiègne), l'Insead et le Museum. Ce regroupement d'établissements a obtenu un Idex, baptisé "Super", au printemps 2012.

Voir le site de Sorbonne Universités.

Lire aussi
Le portrait de l'université Paris 2 : L'effet Vogel
Le portrait de l'université Pierre et Marie Curie : comment l’UPMC fédère sa communauté
La biographie de Barthélémy Jobert
La biographie de Guillaume Leyte
La biographie de Jean Chambaz

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Camille Stromboni | Publié le

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