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Staps : un nouveau marché pour les prépas privées ?

Sarah Masson
Publié le
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Amphi Staps de l'université de Rouen
Une prépa destinée aux étudiants n'ayant pas eu de place en Staps l'année du bac a ouvert à la rentrée 2015. // ©  Delphine Dauvergne

Depuis la rentrée 2015, l'École des métiers du service, du commerce et de l'accueil a ouvert la première "préparation aux études de Staps". L'idée même d'une prépa Staps fait bondir les doyens de cette filière dite "en tension".

Tirages au sort qui se multiplient, amphis potentiellement bondés... Si les Staps attirent, l'inscription dans cette filière dite "en tension" est également source d'inquiétude pour les lycéens et leurs familles. Et l'obligation nouvelle de formuler des vœux groupés par académie sur APB n'est pas pour les rassurer.

Partant de ce constat, l'École des métiers du service, du commerce et de l'accueil, située à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) a ouvert, à la rentrée 2015, une prépa privée aux études de Staps. Ceux qui n'ont pas obtenu de place en Staps l'année du bac peuvent suivre une formation de neuf mois, à plus de 6.000 euros, et se "préparer correctement afin d'intégrer la fac de Staps", précise Olivia Delassus, directrice de l'école. Ensuite, s'ils le souhaitent, les préparationnaires pourront se représenter en Staps, à APB +1.

L'objectif ? "Une vraie remise à niveau, aussi bien physique que théorique", poursuit Olivia Delassus. Au programme de cette formation : entre 10 et 12 heures de sport par semaine (sports collectifs, individuels, natation, musculation, athlétisme...), 10 heures de cours théoriques (anatomie, théorie du sport, physiologie...) et au cours de l'année, deux sessions de stages de deux semaines.

Six étudiants, issus de terminale S, STMG et de bac pro, se sont inscrits pour cette formation qui semble prendre pour modèle les prépas privées aux études de médecine.

"On n'achète pas sa place en Staps !"

Doyen de l'UFR Staps à l'université de Montpellier et président des doyens de la filière, Didier Delignières a réagi à l'ouverture de cette prépa et ne décolère pas depuis : "Les études secondaires doivent donner la base nécessaire pour poursuivre ses études à l'université. De ce point de vue-là, ces prépas vendent du vent !"

Du côté de l'école, on avance que cette prépa permettrait de réduire les inégalités d'accès aux études de Staps, notamment pour les bacheliers professionnels et technologiques : "Il y a environ 70 % d'échecs en Staps, affirme Olivia Delassus. On le voit dans les statistiques, les bac S sont favorisés."

Didier Delignières tempère : "On a effectivement un problème d’échec typique pour les bacs pro. A Montpellier, nous avons 3 % de réussite en 3 ans pour les bacs pro contre 45% pour les bacs S. Mais c’est vrai pour toute l’université. Je ne pense pas qu’une prépa de quelques mois pourra rattraper le déficit d’une formation professionnelle dans son ensemble."

L'école argue aussi de possibles partenariats avec certaines universités, qui pourraient donner la priorité à ses élèves, dans une filière souvent surchargée (après des désistements par exemple). Impossible toutefois de connaître les noms des universités concernées, puisque ces accords sont donc tacites.

"Contourner APB est déontologiquement impossible, insiste Didier Delignières. On n'achète pas son entrée en UFR de Staps ! "Et de rassurer les étudiants : "à l'université de Montpellier, comme dans beaucoup d'autres universités, ces dernières années, nous avons réussi à intégrer les premiers vœux de tous les étudiants, quitte d'ailleurs à accroître nos capacités d'accueil..."

Reste à savoir si d'autres écoles privées vont juger le créneau porteur.


Sarah Masson | Publié le