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Rattrapage en licence : clap de fin pour le contrôle continu intégral ?

Morgane Taquet
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Université de Bordeaux, bibliothèque du site de la Victoire
L'université de Bordeaux fait partie des cinq institutions qui devaient expérimenter le contrôle continu intégral dès la rentrée 2016. // ©  Camille Stromboni
Les expérimentations du contrôle continu intégral dans cinq universités pilotes ne devraient pas avoir lieu à la rentrée 2016. Un revirement du ministère, alors que le dossier cristallise les tensions dans la communauté universitaire depuis plusieurs mois.

C'est un énième rebondissement. L'expérimentation du contrôle continu intégral dans cinq universités (Bordeaux, Strasbourg, Avignon, Brest et Lyon 3) ne devrait pas avoir lieu à la rentrée 2016 comme prévu. Le projet d'arrêté permettant l'organisation d'une telle expérimentation n'est pas inscrit à l'ordre du jour du prochain Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche), le 11 juillet 2016. Un coup d'arrêt décrié par le comité de suivi de la licence (CSL), dans une motion adoptée le 30 juin.

"À l'issue de ce travail intense de plus d'un mois, et tandis que les universités avaient fait voter [à leur conseil d'administration] un cadre d'expérimentation, le ministère se relance dans un jeu de stop-and-go et met les universités volontaires et la communauté universitaire au pied du mur, condamne le CSL. [...] Il est inacceptable de découvrir à la veille de la période estivale que les équipes pédagogiques devraient être amenées à revoir l'ensemble du travail qu'elles ont effectué pour la mise en œuvre de ce dispositif afin d'assurer une rentrée dans de bonnes conditions".

Le contrôle continu intégral fait depuis plusieurs mois l'objet de tergiversations de la part du ministère. Notamment parce qu'il bute sur la question de la suppression des rattrapages, opposant les présidents d'université et l'Unef.

Priorité donnée au master

"Plus que l'interdiction de l'expérimentation du contrôle continu intégral dans cinq universités, ce que condamne cette décision aussi violente qu'inattendue du ministère, c'est la reconnaissance même de la légitimité d'innovation pédagogique des communautés universitaires, de leur capacité d'agir sans tout attendre de la tutelle, de l'État", écrit la Fage, qui demande à la ministre Najat Vallaud-Belkacem de "laisser faire" la communauté universitaire.

Le président de l'organisation étudiante, Alexandre Leroy, regrette une décision politique. "On nous a expliqué que ce dossier n'était pas une priorité politique, contrairement au dossier master et que cela pouvait donc attendre 2017", précise-t-il en indiquant que la Fage boycottera les réunions du comité master, en signe de mécontentement.

L'Unef, en revanche, se dit satisfaite. "Cette annonce est une bonne nouvelle, chaque étudiant aura accès aux rattrapages à la prochaine rentrée, se félicite Lilâ Le Bas, déléguée générale de l'Unef. Nous sommes favorables à la mise en place d'un contrôle continu permettant d'évaluer les étudiants au fil du temps, mais les deux dispositifs doivent se compléter et non s'opposer." 

Des présidents en colère

Dans un tweet daté du 30 juin, Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg s'est dit écœuré par ce revirement. L'université de Strasbourg, qui avait fait valider le principe de l'expérimentation, devra revoir son calendrier et les modalités de contrôle des connaissances.

Tweet Alain Beretz 30 juin 2016

À Brest, où l'expérimentation ne devait pas être mise en place avant 2017, Matthieu Gallou, président de l'université de Bretagne occidentale, se dit très surpris, et indique ne pas avoir été prévenu. "Notre conseil s'était prononcé en faveur de ce processus, et nous avions fait remonter, à la demande du ministère, mi-juin, le recensement des mentions de licence concernées par cette expérimentation", explique le président. "Feu rouge puis feu vert puis à nouveau feu rouge... Je comprends qu'il puisse y avoir des arbitrages politiques mais un tel niveau d'atermoiement est désolant et très décourageant pour les équipes pédagogiques mobilisées", regrette-t-il.

"Scandalisé par un refus d'innover"

Du côté d'Avignon, l'ensemble des licences et masters figurent déjà dans un dispositif de contrôle continu intégral depuis 2009. "Chez nous, cela ne créé aucune polémique", assure le président, Philippe Ellerkamp. D'ailleurs, "le vote du conseil d'administration, fin juin, sur le principe de l'expérimentation a recueilli l'unanimité, moins un contre", pointe-t-il. "Plus personne, notamment les étudiants, ne veut revenir en arrière, ni en réintroduisant un examen final, ni même sous une quelconque forme hybride."

Pour l'instant, Philippe Ellerkamp affirme que les modalités de contrôle des connaissances ne seront pas modifiées. "Nous continuons sur le modèle du contrôle continu intégral. Ça passe ou ça casse, et si ça casse, tant pis !" s'indigne le président, qui se dit "scandalisé par un tel refus d'innover". "Si nous sommes attaqués en justice, ou si l'État nous demande de revenir en arrière, nous le ferons. Mais nous arrêterons complètement le contrôle continu. Nous n'avons pas les moyens d'avoir les deux dispositifs, et puis nous ne sommes pas des esclaves de la correction !"

Le dossier, sur le bureau du premier ministre

Le comité de suivi de la licence demande au ministère de remettre cet arrêté à l'ordre du jour du prochain Cneser, prévu lundi 11 juillet. Du côté de la Rue Descartes, on joue la carte de la prudence. "Le dossier est remonté au niveau du Premier ministre et nous sommes en attente d'un ultime arbitrage", indique à EducPros le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, Thierry Mandon. Un nouveau rebondissement n'est donc pas à exclure.

Un dossier qui joue l'Arlésienne
La CPU défend depuis plusieurs mois la possibilité de supprimer la deuxième session d'examens en cas de mise en place d'un système d'évaluation continue intégrale. Arguant de l'impossibilité, en termes de moyens, de porter les deux dispositifs, mais aussi de l'incohérence pédagogique d'une session "couperet".

Une position à laquelle s'oppose l'Unef, qui défend le maintien de ce droit à la seconde chance pour tous. En juin 2015, l'université de Strasbourg avait d'ailleurs été condamnée par le tribunal administratif à maintenir les rattrapages, malgré la mise en place d'un contrôle continu intégral, dans une procédure entamée par l'organisation étudiante. Finalement, en novembre 2015, le ministère avait lancé des "expérimentations" dans les universités volontaires, avant d'annuler les groupes de travail prévus, et de botter en touche sur la suppression des rattrapages.

Puis, fin avril, le secrétaire d'État Thierry Mandon avait remis cette question sur la table en annonçant la préparation d'un arrêté qui devait prévoir une situation dérogatoire de suppression des rattrapages pour les étudiants participant au contrôle continu intégral dans les universités pilotes. Un arrêté qui ne devrait donc pas être présenté au Cneser le 11 juillet prochain.

Morgane Taquet | Publié le

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Frank.

Quand par démagogie l'Unef dévalorise toute la voie universitaire, en proclamant "défendre" les intérêts des étudiants... Et on s'étonne encore que les étudiants de l'Université aient plus de mal à se faire embaucher que les étudiants des écoles, d'ingénieurs ou autres...

Fabien.

Thierry Mandon, au lieu de disserter sur la suppression du 49.3, ferait mieux de s'occuper de son poste à l'enseignement supérieur... Se rappelle-t-il encore que son rôle est aussi de préserver l'enseignement supérieur Français PUBLIC, aka les Universités en premier lieu ?... L'UNEF est à côté de la plaque ce n'est pas la seconde chance mais la 4e ! Il suffit de comptabiliser la compensation des semestres...

Thierry.

C’est encore mieux que cela : il y a aussi la compensation entre les notes des modules de chaque semestre...