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"Syndrome postprépa" : écoles de commerce et prépas travaillent main dans la main

Cécile Peltier
Publié le
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En cinq ans, le nombre d'étudiants accueillis sur le campus américain de Skema, à  Raleigh, est passé de 200 à 900, et l'objectif est d'atteindre 1.500 d'ici à 2022.
Prépas et écoles de commerce veulent multiplier les ponts pour assurer une transition plus douce. // ©  Tom Fuldner Photograph
Une quinzaine d'écoles de management planchent avec l'association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales sur des solutions pratiques pour améliorer le continuum prépa-école.

Voilà déjà plusieurs années que les écoles de management se sont attaquées au syndrome "post-prépa", qui affecte chaque année une partie de leurs bizuts ; mais le plus souvent chacune dans leur coin, et sans mettre dans la boucle les principales intéressées : les classes prépas elles-mêmes.

Il semblerait que les choses évoluent. Un groupe de travail informel, rassemblant une quinzaine de business schools et l'APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales), planche sur des solutions concrètes pour améliorer le continuum prépa-école.

L'idée est née à l'automne 2016, à la faveur d'un déjeuner entre la directrice générale de Skema, Alice Guilhon et Alain Joyeux, fraîchement élu à la tête de l'APHEC : "La conversation avait porté sur la rupture entre les enseignements dispensés en classe préparatoire et ceux de nos écoles, ainsi que sur ce phénomène de décompensation dont se plaignaient certains étudiants. Ceux-ci ont changé : ils sont plus exigeants et davantage en quête de sens. Ils arrivent en école avec le sentiment de s'être beaucoup enrichis en prépa, mais avant l'acquisition des compétences business et management, ils ont besoin d'une transition plus douce. En parallèle, Alain Joyeux avait eu une discussion avec Frank Bournois [directeur général d'ESCP Europe] et avait établi le même constat. Il y a quelques mois, nous avons décidé de réunir tout le monde autour de la table."

En l'espace de neuf mois, la petite équipe s'est retrouvée environ cinq fois, passant de cinq à une quinzaine de membres au fil des rencontres. Une dynamique montrant que la question est loin d'être anecdotique.

Évoluer pour garantir la pérennité du modèle

Le point commun des écoles participantes ? Un fort attachement au modèle des classes prépas, qui reste, pour les plus attractives d'entre elles, le principal vivier de recrutement en première année. Et la conviction partagée qu'une mue s'impose pour assurer la pérennité du système.

"À une époque où l'internationalisation s'accroît, où le numérique bouscule les habitudes pédagogiques et où les parents sont moins classiques dans l'orientation, ce beau modèle des CPGE ne pourra pas perdurer sans évoluer. Dans la mesure où celles-ci sont au centre de notre système de sélection, notre devoir est d'évoluer ensemble", estime Frank Bournois.

Selon Alain Joyeux, c'était le moment idéal pour entamer le dialogue. Alors que les écoles ont fait des efforts pour intégrer plus de sciences humaines dans leurs programmes, les classes préparatoires misent davantage de leur côté sur l'analyse et la prise de recul : "Depuis 2013, les programmes [des classes préparatoires] sont davantage orientés vers la compréhension du monde, la hiérarchisation et la mise en perspective de l'information, que vers l'accumulation de connaissances comme cela a pu être auparavant le cas", insiste-t-il.

Des stages pour les élèves de prépa

L'objectif de cette petite équipe est désormais de multiplier les ponts. Dès la prépa, il s'agit de familiariser les élèves avec la réalité de la scolarité en business schools, ainsi qu'avec celle du monde du travail.

Parmi les premières pistes envisagées : des conférences, des témoignages de professeurs d'écoles de management ou de professionnels, ou encore des stages de quelques jours en entreprise. Des initiatives déjà expérimentées dans certaines classes prépas, en filière technologique (ECT) notamment, en pointe dans la relation avec les entreprises. "Dans le cadre de son association Alptitude, le lycée Berthollet à Annecy propose depuis plusieurs années aux élèves de première année des immersions en entreprise", détaille Alain Joyeux.

Ces solutions, présentées lors de l'assemblée générale de l'APHEC, qui s'est tenue fin mai à RSB (Rennes School of Business), ont rencontré un certain succès. "Plusieurs lycées, parmi lesquels Janson-de-Sailly ou Saint-Louis à Paris, Joffre à Montpellier, Chateaubriand à Rennes ou encore Montaigne à Bordeaux, ont décidé de faire voter par le conseil d'administration l'intégration de certaines des initiatives que nous proposons", assure le président de l'association.

Inviter des profs de prépa à donner des cours en école

Parmi les autres idées qui ont émergé de ce grand brainstorming : une série de vidéos présentant les disciplines enseignées (marketing, finance, etc.) ou les grands moments de la vie en école de commerce, réalisées par les établissements à destination des classes prépas : "Ce serait l'occasion pour les écoles d'expliquer ce qu'est le marketing, le travail en équipe ou encore l'international à travers des témoignages d'enseignants, d'étudiants ou de managers...", suggère Alain Joyeux. Un moyen pour les élèves de CPGE de se projeter dans leur future scolarité et donc de limiter les (mauvaises) surprises.

Côté écoles, "les initiatives jusqu'ici sont assez nombreuses, mais éparses et souvent limitées à des logiques régionales", déplore Alice Guilhon. La directrice de Skema propose de systématiser et d'élargir les contacts en invitant des professeurs de prépa venus de toute la France à participer aux jurys d'admission des concours, à des évènements ou même à donner des cours dans les écoles.

Ainsi, la maquette pédagogique de la première année du programme grande école de Skema, totalement refondue, comptera à partir de la rentrée 2017 plusieurs cours transversaux autour des questions de géopolitique et des problèmes contemporains, dispensés pour certains par des professeurs de classe préparatoire.

Des profs "embedded"

Alors que nombre d'écoles ont récemment intégré à leurs curricula davantage des sciences humaines et sociales, souvent sous forme d'électifs, et multiplié les doubles diplômes, Alice Guilhon veut aller plus loin, "en repensant le statut des humanités dans les programmes, à la fois dans la forme et le fond".

De son côté, Frank Bournois envisage d'accueillir des professeurs de prépa dans les écoles, avec l'idée de construire avec eux un programme d'intégration. D'autres ont imaginé une période de coaching à la fin de la première année de prépa. "Il y a des tas de formules à inventer. Ce qui compte, c'est d'avancer le plus rapidement possible, main dans la main avec l'APHEC. Les écoles doivent répondre aux besoins des classes prépas, et non l'inverse", estime le patron d'ESCP Europe.

Une communication plus lisible à l'international

Des problématiques allant au-delà des questions de formation. Cette année, Kedge BS a demandé à l'APHEC de participer à son audition Equis afin de montrer à des auditeurs étrangers, peu au fait des subtilités gauloises, "la complémentarité entre classe prépa et école", se félicite Alain Joyeux. Sur un marché de l'enseignement supérieur très concurrentiel, écoles et prépa ont compris la nécessité nationale, comme internationale, d'allier leurs forces pour peser auprès des décideurs. Il faut reconnaître, qu'"à l'étranger, communiquer sur un parcours master, est plus parlant", note Alice Guilhon.

Les quatorze business schools participant aux travaux avec l'APHEC
Burgundy school of business, Edhec, EM Normandie, ESC Pau, ESCP Europe, Essec, GEM, Inseec, ISC, Kedge, Néoma, Rennes business school, Skema et Toulouse business school.

Cécile Peltier | Publié le

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