Tableaux blancs interactifs : les questions à se poser avant d’acheter

Fabienne Guimont
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Les TBI, un marché en croissance
Les TBI, un marché en croissance
La tournée des grandes marques de TBI (tableaux blancs interactifs) a sonné pour Jean-François Lampin, proviseur au lycée Henri Parriat à Montceau-les-Mines (71) et son « conseiller » en la matière, Denis Gardes. Reportage à leurs côtés sur les stands du salon Educatec, le 27 novembre 2008, à la porte de Versailles de Paris. Un objectif en tête: choisir le meilleur TBI pour un cours de mathématiques, en se laissant convaincre (ou pas) par les arguments commerciaux des démonstrateurs.

Monsieur le proviseur cherche à acheter un troisième TBI pour son lycée d’enseignement général et technologique qui soit dédié aux mathématiques – voire un quatrième -, sur fonds propres. Les deux premiers déjà dans l’établissement ont été achetés par le rectorat. L’un est peu utilisé, l’autre sous-utilisé. Jean-François Lampin en est convaincu : il faut y mettre non seulement le prix mais procéder à quelques vérifications techniques préalables avant de réinvestir.

La chasse à l’ombre portée

Première exigence : la facilité d’utilisation. « Il faut que ces moyens technologiques nous apportent une plus value pédagogique sans apporter de contraintes ou de désagréments supplémentaires», synthétise Jean-François Lampin. Pas question de prendre un TBI avec un vidéoprojecteur installé au milieu de la classe : l’ombre portée du professeur sur le tableau obère une grande partie de ce qu’il peut y écrire... La démonstration en cours répond à cet impératif, le vidéoprojecteur est porté par un bras fixé au mur au-dessus du tableau blanc où une démonstratrice de 3M, stylet en main déplace des points et des droites, formule une équation sur le tableau...

De l’avantage du stylet

Appel du rectorat. Le proviseur laisse son « expert » entrer en scène pour les questions techniques. Le diable se cache parfois dans les détails, qui en l’occurrence n’en sont pas ! D’abord, la maniabilité du stylet et sa précision pour saisir les points et les déplacer. On se soucie des futurs difficultés de l’élève devant le TBI... Et le stylet séduit plutôt le proviseur qui ne veut plus d’écrans tactiles, jugés trop fragiles. Un stylet à remplacer ne coûte que 100 euros, bien moins qu’un écran tactile !

Des cours à la maison

« Combien d’images par seconde pour enregistrer la séquence ? », interroge ingénument le professeur de mathématiques ? Denis Gardes n’a pas été choisi au hasard par le proviseur pour faire ses emplettes. Versé dans les nouvelles technologies, il est aussi formateur à l’IUFM, investi à l’INRP (institut national de recherche pédagogique) et à l’IREM (institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques). Sa question a tout son sens... pédagogique : le proviseur tient à ce que ces cours soient mis en ligne pour que les élèves puissent les visionner à nouveau de chez eux.

Tous les détails comptent. Voit-on le geste de l’enseignant dans l’enregistrement ? Le téléchargement est-il rapide et dans un format lisible par tous ? Quelle est la précision du logiciel de reconnaissance d’écriture ? Quelle est la dimension du TBI ? Les scientifiques ont de ce point de vue des exigences pédagogiques particulières. « En histoire-géographie, on projette des cartes. En lettres, on maîtrise le traitement de texte. C’est plus standardisé qu’en géométrie, où il faut des fonctions très précises du TBI si on ne veut pas dénaturer la discipline », analyse le proviseur.

Tout n’est pas affaire de technologie

Une fois le TBI dans la classe, la formation et la motivation des enseignants sont essentielles pour ne pas l’utiliser comme un vidéoprojecteur amélioré. « Sur 100 profs, 10 % pourront utiliser le TBI tout de suite. Mais il faut compter cinq ans d’investissement pour refondre l’ensemble de ses cours en intégrant un TBI », estime Jean-François Lampin, en recommandant de repenser en priorité les séquences pour lesquelles les fonctionnalités du TBI donnent une vraie valeur ajoutée. Aux formations rectorales, lui préfère du sur-mesure avec une alternance entre formation – d’une journée maximum – et retour dans la pratique. Les heures supplémentaires de projet d’établissement lui permettent de payer ces formations indispensables. 

La démonstration s’achève sur le prix. Pour 2600 euros, le vidéoprojecteur avec le logiciel de maths associé ont convaincu Denis Gardes sur l’aspect maniabilité. En revanche, le poids de l’enregistrement est trop important. « Beaucoup d’enseignants utilisent le TBI comme un tableau ! Ce qui m’intéresse pédagogiquement, c’est de conserver les séquences de cours, et d’une fois sur l’autre repasser le film, revenir en arrière... », explique-t-il.

Touchez, vous êtes filmés !

Autre stand, autre argumentaire commercial, cette fois celui de Hitachi. Le démonstrateur écrit avec son index sur une partie de l’écran et pianote sur une autre pour accéder aux fonctionnalités du logiciel. Agrandissements, réductions des données, multifenestrage permettant de diviser le tableau en deux... pour deux élèves par exemple. L’auditoire admire la rapidité d’exécution des gestes et/ou du logiciel Cabrigéomètre sur ce dispositif, avec des règles, des compas qui se déplacent aisément et calculent instantanément angles, distances... Pas un écran tactile comme ce que pensait à première vue le proviseur mais un tableau dans le cadre duquel se cachent des caméras qui filment les effleurements des doigts sur l’écran.

Denis Gardes vérifie les paramètres fondamentaux : poids d’enregistrement, nombre d’images par seconde. OK. En revanche, le film ne prend pas la continuité du geste de la main mais juste le moment où le doigt se pose sur l’écran. Mauvais point d’un côté, bon point de l’autre : le TBI est fixé au mur avec une rampe coulissante permettant de le régler en hauteur. « C’est bien pour les élèves à mobilité réduite et la potence d’accroche du vidéoprojecteur paraît plus solide que la précédente», note le proviseur. Prix du jouet ? 3700 euros, avant les réductions commerciales.

Un jouet ?

«Ca prend un temps fou mais si le prof a travaillé derrière pour en tirer le maximum de potentialités, le TBI peut être un outil extra car il fait partie de l’environnement naturel des élèves. Cela peut permettre d’en tirer 80 % du côté de la réussite. Pour eux, le trait n’a pas la même existence si on utilise un crayon et une gomme », estime Jean-François Lampin. Quelles matières sont estimées dans les starting-blocks pour utiliser ces TBI ? En mathématiques, en géographie, le proviseur peut compter sur des équipes motivées. En SES ? Wait and see : il attend de voir comment la réforme du lycée va tourner. Son problème du moment ? Si les suppressions de postes font perdre à son établissement les derniers arrivés parmi les certifiés – GRH à l’ancienneté oblige -, ce pourrait aussi être les enseignants les plus motivés par les TICE ! Quand on vous dit que le diable se niche parfois dans les détails.


Fabienne Guimont | Publié le