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Taxe d'apprentissage : les stratégies gagnant-gagnant

Céline Authemayou / Crédit Photo : V. Bertereau
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La finale des olympiades des métiers 2011
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Certains établissements d'enseignement supérieur ne manquent pas d'idées pour attirer vers eux la taxe d'apprentissage. En face, certaines sociétés ont su tirer parti du versement de cet impôt. Trucs et méthodes pour mettre en place des stratégies payantes des deux côtés. A l'occasion du lancement d'Interface, la nouvelle lettre spécialisée sur les relations écoles - universités -entreprises, EducPros vous propose de télécharger gratuitement le premier numéro.

Pour une entreprise, verser sa taxe d'apprentissage (TA) à une école ou à une université relève souvent de la formalité administrative, effectuée sans objectif précis. En face, de nombreux établissements d'enseignement supérieur, toujours à la recherche de financements, ne savent pas comment capter l'attention des entreprises donatrices.

Cette situation se double d'un environnement plutôt défavorable aux établissements. Avec la crise, le montant de la taxe, versée par les entreprises en fonction de leur masse salariale, a eu tendance à diminuer. Par ailleurs, suite à une évolution de la législation, la part « hors quota » de cette taxe, qui n'est pas destinée à financer spécifiquement l'apprentissage et intéresse vivement les établissements, doit progressivement se réduire. Ce segment, qui représente 47% de la taxe, devrait se fixer à 41% en 2015.

"Afficher des grands noms comme partenaires contribue à l'attractivité de l'école auprès de nos futurs étudiants" N. Burckel - ESSEC

En outre, les conseils régionaux, qui disposent des manettes pour orienter la partie «quota» (voir encadré), flèchent de plus en plus cette somme au profit de formations de niveau IV ou V (CAP, bac pro) au détriment des cursus bac+3 ou bac+5. Ce resserrement s'accompagne d'un autre phénomène : pour prendre en charge la formation de leurs apprentis, les entreprises piochent de plus en plus dans le hors-quota, réduisant ainsi l'enveloppe destinée aux autres projets des établissements.

Toutes ces raisons créent une tension vive sur la récolte de cet impôt, accentuée par une concurrence frontale entre les grandes écoles et les universités, désormais autonomes et responsables de leurs budgets. Dans ce contexte, rien d'étonnant à ce que ces établissements affinent leurs tactiques pour collecter des fonds. Une aubaine pour les entreprises, qui peuvent ainsi mieux profiter du versement de cet impôt.

Objectif des entreprises : anticiper des recrutements


Côté établissement, les stratégies de prospection les plus efficaces sont tout d'abord celles qui prennent en compte les besoins de recrutement des entreprises. En effet, pour une société, le premier intérêt de la taxe est de financer un cursus qui formera ses futurs collaborateurs. Le versement de la taxe est alors pour elle un moyen de gagner en visibilité auprès d'étudiants cibles.

À partir de là, établissements et entreprises peuvent tirer profit de cette situation. L'ESSEC, grosse collectrice de TA en France (20% de son budget, voir encadré), a mis en place un «club des partenaires entreprises» pour ses 3.000 entreprises donatrices. Elles bénéficient de bonus, tels qu'une CVthèque des étudiants, une newsletter et des invitations aux événements de l'école. «Avec ce programme, les entreprises disposent d'un véritable vivier de talents pour leurs embauches, affirme Nicolas Burckel, directeur des partenariats et du développement de l'école. Quant à nous, afficher ces grands noms comme partenaires contribue à l'attractivité de l'école auprès de nos futurs étudiants.»

Grâce aux versements de la taxe, certaines entreprises obtiennent de la part de l'établissement une série d'engagements – engagements de principe, car la loi interdit tout avantage pécuniaire. À l'ESSCA, les entreprises peuvent par exemple participer aux tables rondes, aux conférences, aux forums ou encore aux jobdates organisés durant toute l'année par l'établissement. Les partenaires gagnent ainsi en visibilité. Un «retour sur investissement» concret, qui place l'entreprise au cœur de l'école.

Attirer les donateurs avec des projets concrets


Autre impératif des partenariats réussis : évoquer concrètement l'utilisation de cette taxe, avec des projets tangibles. C'est la clé pour susciter l'envie de donner et fidéliser une entreprise. Ainsi, sur les sites Internet des écoles et des universités, les pages dédiées à la taxe d'apprentissage communiquent sur les formations ouvertes, les professeurs recrutés ou les bourses financées grâce à la taxe.

«Remercier et communiquer sur les initiatives menées grâce à la taxe est essentiel» L. Ecobichon - LaSalle Beauvais

À l'école d'ingénieurs Lasalle Beauvais, les versements de la taxe sont fléchés vers des projets pédagogiques précis. Et les résultats sont là : l'école a un budget «taxe d'apprentissage» stable (600.000 €), lorsque les membres de la FESIC – réseau de 27 écoles auquel appartient l'école – ont vu le versement diminuer en moyenne de 5% en deux ans.

La société Spontex a ainsi financé deux projets très concrets de Lasalle. Parmi eux, l'évaluation et la mise en place d'un plan de gestion de la biodiversité du campus, auquel participent quatre étudiants.

«Service après-vente» auprès des donateurs


Le groupe Total, également partenaire de l'école, a été séduit par cette approche. «Plutôt que de soutenir de nombreux petits projets, nous nous concentrons sur quelques dossiers qui nous semblent intéressants d'un point de vue pédagogique, mais aussi sociétal ou technologique», explique Adrien Béchonnet, responsable des relations avec l'enseignement supérieur chez Total.

À la fin des financements, les écoles viennent chez Total dresser un bilan des actions accomplies, de quoi apprendre aux deux parties à mieux se connaître. Côté établissements, ce type de «service après-vente» permet de créer une relation de confiance. «Remercier et communiquer sur les initiatives menées grâce à la taxe est essentiel», insiste Laurence Ecobichon, directrice marketing de Lasalle Beauvais.

À l'université, des démarches «bottom up»


Autre technique gagnant-gagnant : pour aider les entreprises à cibler les formations qui les intéressent le plus, les établissements ont tout intérêt à favoriser au maximum la flexibilité et à «décentraliser» les démarches. À l'université Bordeaux 3, où la taxe d'apprentissage représente 1% du budget (soit 436.000 €), les entreprises peuvent choisir la formation qui recevra leur taxe : tel master, telle licence pro, tel DUT. Cette pratique repose sur le carnet d'adresses d'enseignants-chercheurs mobilisés pour la campagne de collecte. «Les plus dynamiques obtiennent de bons retours», observe Céline Sire, en charge du dossier à Bordeaux 3.

Mobiliser les enseignants pour rechercher des fonds


Mobiliser les enseignants, c'est également la démarche privilégiée par l'INSA de Lyon. L'école d'ingénieurs encourage ses dix départements à solliciter directement leurs entreprises partenaires – celles qui sont les plus en phase avec les spécialités de chaque cursus. «Nous tenons à ce fonctionnement, explique Alexis Méténier, directeur des relations avec les entreprises, car il permet d'aller plus loin que le simple apport financier. Les départements mènent tous des politiques de partenariat, qui débouchent sur des stages ou encore des parrainages de promotion.» En 2011, l'INSA a reçu, au titre de la taxe, un peu plus de 3 millions d'euros, soit 2% de son budget. Une somme qui se maintient... au prix de démarches de plus en plus nombreuses, reconnaît Alexis Méténier.

Le risque de ces démarches bottom up, c'est l'éparpillement de la taxe dans une multitude de directions. C'est pourquoi, à Bordeaux 3, la présidence de l'université garde la main sur la politique d'ensemble. «Auparavant, chaque entité gérait son propre dossier, rapporte Céline Sire. Il y avait un manque de visibilité pour les entreprises. Aujourd'hui, si les démarches passent toujours par les enseignants, l'université homogénéise la communication.»


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Ces grandes écoles championnes de la levée de taxe
Top 5 des écoles récoltant le plus de taxe d'apprentissage

• ÉCOLES DE COMMERCE
1. ESSEC : 5 543 K€
2. EM Lyon : 5 548 K€
3. ESCP Europe: 5 361 K€
4. EDHEC : 4 390 K€
5. HEC : 4 350 K€

• ÉCOLES D'INGÉNIEURS
1. ICAM (Lille, Nantes, Toulouse) : 5 648 K€
2. Arts et Métiers ParisTech : 4 108 K€
3. Supélec : 3 356 K€
4. INSA Lyon : 3 134 K€
5. Centrale Paris : 2 615 K€

Montant du barème de taxe d'apprentissage («hors quota») versé à l'école par les entreprises. Moyenne annuelle sur les années 2009 et 2010. Source : classement 2011 des grandes écoles de l'Etudiant.

La taxe, mode d'emploi

En 2010, la taxe d'apprentissage a permis de collecter plus de 2 milliards d'euros, dédiés au financement des formations initiales technologiques et professionnelles. Calculé sur la base de la masse salariale (0,5%), cet impôt, obligatoire mais libre, permet aux entreprises d'attribuer une partie de la somme due aux établissements de leur choix. Une partie seulement, car la taxe se divise en deux : le quota (53%), qui finance l'apprentissage (avec obligation pour les entreprises de verser 31% de cette somme aux établissements formant leurs apprentis), et le hors-quota (47%), ou barème, que les entreprises peuvent affecter librement, même à des écoles qui ne proposent pas de formations en apprentissage.


Céline Authemayou / Crédit Photo : V. Bertereau | Publié le

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Christine LEQUIEN.

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