Think tanks et éducation : Laurent Bigorgne et Olivier Ferrand défendent l'augmentation des droits d'inscription à l'université


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Augmenter les frais de scolarité à l’université ? Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, et Olivier Ferrand, président de Terra Nova, ont avancé leurs arguments en faveur de cette mesure lors du débat organisé le 21 novembre 2011 par l’AJE ( span class="external-link-new-window">Association des journalistes Education-Recherche).

L'un représente l'Institut Montaigne, think tank libéral, l'autre le laboratoire d'idées Terra Nova, classé à gauche. Tout deux sont sur la même ligne concernant l'augmentation des frais d'inscription : favorable. Sur le principe en tout cas.

Le système d'enseignement supérieur : Robin de bois à l'envers

"Etant donné la situation financière, il faut faire feu de tout bois", a d’abord estimé Olivier Ferrand, président de Terra Nova. L'association est à l'origine du rapport, à l'été 2011, qui préconise le triplement des frais de scolarité en licence, le quadruplement en master et doctorat. "Cette augmentation sera également un moyen de valoriser l’université auprès des étudiants", a défendu le responsable.

"Il ne faut jamais oublier le caractère très inégalitaire de l’enseignement supérieur. C’est un système régressif, à l'image de Robin des bois... à l’envers : on prend à tous [via l’impôt] pour donner aux plus favorisés [les étudiants de l’enseignement supérieur]", a-t-il dénoncé.

Augmenter les frais en master pour réinvestir en licence

Loin de s’opposer à cette proposition , Laurent Bigorgne (Institut Montaigne) a, lui, posé plusieurs conditions. L'augmentation doit tout d'abord être du ressort des établissements, et surtout pas décidée pour tous les établissements au niveau national. "La réalité n’est pas la même à l’université de Pau et de Pays de l’Adour qu’à l’UPMC ! A l’Etat ensuite d’assurer une régulation, et d'insérer des effets de péréquation", a appuyé le responsable.

Cette augmentation doit, selon lui, concerner le niveau master, de manière différenciée selon les filières. "Le tarif ne peut être le même en sociologie et en finance". Enfin, les sommes obtenues via ces frais de scolarité doivent être fléchées, sur la licence et des bourses d’établissement.

VERBATIM

Travailler pendant ses études : oui !

Laurent Bigorgne : "Il faut forcer les universités à s’adapter aux étudiants qui souhaitent travailler, dès la licence. Cela devrait même être un indice de performance de l’établissement, car l’expérience professionnelle est un atout considérable pour un étudiant. Cette question a été prise en otage par les syndicats étudiants, et c’est dramatique ! Dans les pays nordiques, entre 50 % et 70 % des étudiants travaillent en parallèle de leurs études. Je n'ai jamais entendu dire que leur diplôme était moins bon."

Arrêter le malthusianisme des grandes écoles

Olivier Ferrand : "Nous avons raté la démocratisation de l’enseignement supérieur. Il existe en France des structures mentales terribles à l’œuvre, comme le malthusianisme, sous couvert d’élitisme républicain. Il faut inverser la pyramide scolaire, arrêter de trier, sélectionner ou classer les enfants, avec pour mot d’ordre : il ne doit en rester plus qu’un ! Ou deux : le major de l’ENA, et celui de Polytechnique."

Laurent Bigorgne : "Polytechnique ne serait pas à terre s’il y avait deux fois plus de polytechniciens !"

Ecole : du qualitatif mais aussi du quantitatif

Olivier Ferrand : "Le système est en déshérence qualitative, mais aussi quantitative ! Il faut rappeler que 80.000 postes ont été supprimés sous cette mandature.  Nous sommes le seul pays à avoir désinvesti dans son éducation. Certes, il ne sert à rien d’arroser du sable - des problèmes de fond doivent être réglés - mais la France est tellement desséchée qu’il faut arroser quand même ! On peut faire toutes les réformes que l’on veut, le problème du système éducatif est aussi quantitatif."

Ecole : investir sur le primaire, laisser de côté le secondaire

Laurent Bigorgne : "Il faut avoir le courage de dire : nous ne réinjecterons plus de moyens sur le secondaire, déjà très bien doté, et investir uniquement sur le primaire pendant les cinq prochaines années. Sans oublier de faire très attention à ce que les moyens supplémentaires se tranforment bien en résultats, ce que nous n’avons jamais fait jusqu’à maintenant."


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