À Troyes, les lycées partagent leurs profs avec l'université

Isabelle Dautresme
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UTT Amphi-Extérieur // ©Alban.Dumouilla
UTT Amphi-Extérieur // ©Alban.Dumouilla
Un pied à l’université et l’autre au lycée. Depuis la rentrée, cinq professeurs du secondaire sont détachés à mi-temps à l’université de technologie de Troyes. Avec ce dispositif, le rectorat de Reims et l'UTT franchissent un pas supplémentaire dans le rapprochement lycée-université. Reportage à l'occasion de la conférence EducPros du 16 octobre consacrée à l'orientation.

Rien ne distingue a priori Mohamed Benaïssa et Morgan Piezel des enseignants-chercheurs de l'UTT. Même bureau lumineux avec vue imprenable sur l'esplanade, même tableau blanc au mur, même air concentré. Pourtant, ces deux professeurs de physique-chimie, ainsi que trois autres de mathématiques, ne font pas partie du corps professoral de l'université de technologie. Depuis 2014, ces enseignants du secondaire partagent leur service à mi-temps entre leurs lycées et l'UTT. Ils peuvent être le matin avec leurs élèves et l'après-midi devant les étudiants.

Adapter les programmes

“On est parti du constat que nous avions des jeunes qui avaient bien réussi au bac, beaucoup ont même décroché une mention très bien, pourtant, ils se retrouvent en difficulté à l’UTT, y compris sur des compétences de base”, explique Yann Verchier, responsable du tronc commun de l'école d'ingénieurs. D’où l’idée de faire intervenir des professeurs de lycée qui connaissent bien les élèves et les programmes du secondaire, de façon à ajuster au mieux les contenus des formations et mettre en place des dispositifs de remise à niveau adaptés. “Dès que l’on voit un point du programme de première année susceptible de poser problème à des ex-terminales S, on le signale aux collègues et on réfléchit ensemble à la meilleure manière de l’aborder”, explique Morgan Piezel.

De retour dans leurs lycées, ces professeurs, détachés pour une période de trois ans renouvelable chaque année, “seront à même de faire profiter leurs élèves, ainsi que leurs collègues, de leur expérience”, fait valoir Pierre Louazel, proviseur du Lycée Chrestien-de-Troyes qui partage un professeur de maths avec l’UTT. “On connaît bien le fonctionnement de l'enseignement supérieur et ses attentes, on est donc mieux armés pour conseiller nos élèves sur les questions d’orientation, et les préparer à la poursuite d’études”, fait valoir Mohamed Benaïssa, qui n’hésite pas à approfondir certaines notions qu’il considère comme essentielles. Quitte à sortir un peu du programme et prendre le risque de déplaire aux inspecteurs pédagogiques !

On est mieux armés pour conseiller nos élèves sur les questions d’orientation, et les préparer à la poursuite d’études.

susciter les echanges entre enseignants

Pour que le rapprochement entre lycée et université se fasse pleinement, il faut que les professeurs du secondaire “soient intégrés à l’équipe d’enseignants-chercheurs de l’UTT et participent à l’ensemble des projets et réflexions”, explique Timothée Toury, directeur de la formation et de la pédagogie. Le fait qu’ils aient un bureau sur place multiplie les échanges informels, “souvent très riches”.

En creux, c’est aussi un moyen de faire passer le message que “les professeurs de lycée ont ont un rôle à jouer à l’université. Qu’ils ne sont pas uniquement des supplétifs des enseignants”, souligne Timothée Toury.

UTT-Amphi

sortir du cadre

Pour intégrer l’UTT à mi-temps, Mohamed Benaïssa et Morgan Piezel, dont les dossiers ont été proposés par le rectorat, ont dû convaincre les personnels en charge du dispositif à l’UTT, de leur capacité à “sortir du cadre”. “On recherchait des enseignants qui soient à même d’avoir une attitude réflexive sur leurs pratiques”, explique Timothée Toury.

Alors que les professeurs du secondaire se montrent plutôt enthousiastes à l’idée de rejoindre l’UTT, la réciproque est moins évidente. “ Ce n’est pas dans l’état d’esprit des enseignants-chercheurs d’aller dans les lycées. Et, de toute façon, ils n’ont pas la formation pédagogique pour. La question ne s’est même pas posée”, reconnaît le directeur de la formation.

une lourdeur administrative dans la mise en place

Si tout le monde s'accorde sur l’importance de rapprocher le lycée de l’enseignement supérieur, les choses n’ont pas, pour autant, été simples à mettre en place. Il a fallu obtenir le détachement, organiser les emplois du temps... bref faire face à une certaine lourdeur administrative. “La mise en cohérence de deux systèmes de recrutement n’a rien d’évident”, fait remarquer Yann Verchier. Et ce d’autant plus que “les services du rectorat n’ont pas toujours été très coopératifs”, regrette, de son côté, Timothée Toury. Mais ces difficultés de départ ont pu être surmontées grâce au volontarisme du nouveau recteur”, assure-t-il.

Pour l’heure, seules les mathématiques et la chimie sont concernées : “Deux matières, essentielles à la réussite à l’UTT mais où l’on observe le plus de difficultés”, explique le responsable du tronc commun. Quant à savoir si le dispositif sera étendu à d’autres disciplines et lycées, il est encore trop tôt pour le dire. Timothée Toury se veut optimiste : “On a fait bouger les lignes. Maintenant que la boîte de Pandore est ouverte, d’autres actions pourront être menées !”



Isabelle Dautresme | Publié le