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U-Multirank : le classement qui n'en est pas un

Marie-Anne Nourry
Publié le
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U-Multirank : le classement qui n'en est pas un

Le classement U-Multirank initié par l'Union européenne est en ligne depuis le 13 mai 2014. Au total, 850 établissements ont été passés au crible. Critiqué avant son lancement mais néanmoins très attendu, cet outil de comparaison des universités se présente comme une alternative aux rankings internationaux.

La première mouture du classement européen des universités U-Multirank est en ligne depuis le 13 mai 2014. C'est une petite révolution dans le monde des rankings. Il n'est pas question d'un tableau unique classant les établissements du meilleur au moins bon ; mais d'un outil interactif qui permet de faire émerger les points forts de chaque institution et de les comparer entre elles, en fonction de cinq grandes familles de critères : enseignement, recherche, transfert, internationalisation et implantation régionale.

Pour cette première édition, quatre matières on été testées : génie électrique, génie mécanique, physique et études commerciales. "U-Multirank part d'une volonté de donner à nos étudiants un moyen de trouver la formation qui correspond le mieux à leur projet professionnel et à leurs centres d'intérêt, aussi pointus soient-ils", résume Francis Jouanjean, délégué général de la CGE (Conférence des grandes écoles).

850 institutions passées au crible sur 15.000

Sur 15.000 établissements d'enseignement supérieur dans le monde et 4.000 en Europe, seuls 850 ont répondu au questionnaire U-Multirank. Un chiffre encore trop faible pour établir une comparaison pertinente mais Christian Lerminiaux, président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), se montre plutôt confiant : "Pour un démarrage, ce n'est pas mal. L'an prochain, il y en aura deux ou trois fois plus, et ça va ensuite monter en puissance. Nous avons beaucoup milité pour que les écoles répondent et les plus grandes y sont."

Le principal frein à la participation est le temps car U-Multirank requiert de la part des institutions un véritable arsenal statistique. "Les écoles n'ont pas le temps de répondre, elles sont débordées par les demandes, à commencer par leur intégration dans les communautés d'établissements, argue le délégué général de la CGE. Mais leur visibilité internationale est en jeu et il faut qu'elles trouvent ce temps."

Le principal frein à la participation est le temps car U-Multirank requiert de la part des institutions un véritable arsenal statistique

Un projet trop ambitieux ?

L'outil de l'Union européenne veut permettre aux étudiants, aux politiques, aux universitaires mais aussi au monde économique d'effectuer leur propre étude de marché sur les universités mondiales. Un projet trop ambitieux pour certains. "U-Multirank vise trop de cibles différentes, avait expliqué l'ancien président de l'UPMC, Jean-Charles Pomerol, lors de la présentation de l'outil en janvier 2013. Quand on lance un système d'évaluation, il est important de savoir pour qui on évalue. Cela définit les critères à choisir et leur précision."

La fiabilité des informations recueillies par l'équipe du classement a également été pointée par des acteurs de l'enseignement supérieur. "Nous sommes sceptiques sur la qualité des données recueillies, leur vérification et leur uniformité d'un pays à l'autre" expliquait, à cette même occasion, Laura Keustermans, conseillère politique à la LERU (League of European Research Universities). Contacté le 14 mai 2014 par EducPros, Alain Beretz, nouveau président de la LERU, n'a pas souhaité commenter le classement. "Il continue de s'interroger sur le choix et la fiabilité des indicateurs", nous a-t-on confié.

Prise en main difficile

Tout en continuant d'être une référence au niveau international, le classement de Shanghai a été beaucoup critiqué pour sa simplicité. Il ne prend pas en compte la diversité des organisations, des universités et des disciplines. U-Multirank se veut plus fin, plus élégant, plus juste. Et donc plus complexe ? L’interface mériterait d'être simplifiée pour permettre aux étudiants de se servir de cet outil. Sinon, son usage pourrait être confiné au public limité qui comprend la signification du "facteur d’impact" d’une publication scientifique.

Christian Lerminiaux, pour sa part, perçoit U-Multirank comme un outil complémentaire aux rankings classiques. "Le classement de Shanghai est une liste, c'est simple et direct pour un étudiant. U-Multirank est personnalisable et par définition plus exigeant, il demande donc un peu d'investissement de leur part." Selon lui, il relève de la responsabilité des établissements de communiquer auprès des étudiants pour démystifier l'outil. À condition toutefois qu'ils trouvent le temps...

58 établissements français ont participé au classement U-Multirank (14 mai 2014)
- 27 universités
- 20 écoles d'ingénieurs
- 9 écoles de commerce
- 2 autres grandes écoles
Aller plus loin
- Consulter le site du classement U-Multirank

- Lire la biographie de Francis Jouanjean
- Lire la biographie de Christian Lerminiaux
- Lire la biographie de Jean-Charles Pomerol

- Sur le blog Histoires d'universités : U-Multirank : au panier !

Marie-Anne Nourry | Publié le

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François Garçon.

Je lis: "U-Multirank se veut plus fin, plus élégant, plus juste". Rien que ça ! Mieux vaut en rire.