Un impact direct de la précarisation de l'enseignement supérieur pour les étudiants

Amélie Petitdemange
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Un impact direct de la précarisation de l'enseignement supérieur pour les étudiants
Les collectifs d'étudiants et enseignants du supérieur s'étaient mobilisés en masse en début d'année contre la précarisation de l'enseignement supérieur. // ©  Sebastien ORTOLA/REA
Des syndicats et collectifs de l’enseignement supérieur ont alerté sur les conséquences de leur précarisation pour les étudiants, lors des "Assises de la précarité", le 20 mars à Paris. Ils dénoncent des impacts majeurs comme une baisse de la qualité des enseignements et un taux d’encadrement de plus en plus faible.

Plus de 20 organisations syndicales et collectifs ont participé aux premières "Assises de la précarité" à Paris, le 20 mars 2022. Objectif : alerter contre la précarité grandissante dans l’enseignement supérieur et la recherche, qualifiée de "systémique", et trouver des moyens d’actions collectifs et des solutions. En cause également, l'impact de la précarisation de l'enseignement supérieur sur les étudiants eux-mêmes.

Les participants regrettent que la campagne présidentielle ait trop peu abordé ce sujet, alors que la précarité est "systémique" dans l’enseignement supérieur. Pour eux, le constat est clair : l’université fonctionne "sur un système de débrouille". "L’ESR représente 40% des emplois contractuels dans toute la fonction publique, sans compter les nombreux vacataires", plante Philippe Aubry, secrétaire général adjoint du Snesup-FSU.

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"Prof payé en-dessous du seuil de pauvreté"

Une précarité qui a un impact direct sur les étudiants, avec notamment une baisse de la qualité des enseignements et un taux d’encadrement de plus en plus faible.

"Lorsque des titulaires précaires enseignent sur différents sites, ils n’ont pas le temps de préparer leurs cours. La qualité des cours et le suivi baissent alors", explique Philippe Aubry. Un constat partagé par Raphaël, doctorant et membre du Collectif des travailleuses et travailleurs précaires de l'Université Paris-Saclay : "quand le prof est payé en-dessous du seuil de pauvreté, ça ne peut pas bien se passer".

Un écart grandissant entre les universités

Un constat partagé par Hugo Prevost, étudiant en économie et secrétaire nationale de la fédération L’alternative. "Les vacataires n’ont souvent pas le temps d’écrire leurs cours eux-mêmes, ils ont moins le temps de suivre les étudiants et de répondre aux questions".

Pour lui, l’écart se creuse entre les plus grandes universités françaises, regroupées au sein de l’association Udice, et les autres. "L’université de Brest a perdu 60.000 heures de cours en deux ans. Les étudiants sont passé de 27 heures à 18 heures de cours par semaine en moyenne. A l’université du Havre, ce sont des professeurs proches de la retraite qui enchaînent les heures supplémentaires. Qui va prendre la suite ?", souligne Hugo Prevost.

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Une enquête pour mesurer l’impact et les coûts cachés de la précarisation

L’enchaînement de contrats courts au détriment de postes pérennes entraîne aussi une surcharge de travail pour les personnels. "A l’université de Montpellier, on recrute des contractuels pour gérer les contractuels. C’est absurde !", témoigne Josiane Tack, secrétaire générale du SNTRS-CGT. "On forme des collègues qui s’en vont, on crée des collectifs qui s’autodétruisent… C’est une énorme perte de temps", pointe-t-elle.

Une enquête va être menée par les syndicats pour mesurer l’impact et les coûts cachés de cette précarisation. Les syndicats et les collectifs de précaires se réunissent par ailleurs, à l’instar de ces assises, afin de mener une mobilisation commune. Ils veulent travailler ensemble à faire reconnaître les droits des non-titulaires dans les syndicats.


Amélie Petitdemange | Publié le