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Un site participatif pour diffuser l'innovation pédagogique

Sophie Blitman
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Visuel du site Innovation pédagogique.
Visuel du site Innovation pédagogique. // ©  Creative Commons
Montrer, valoriser et partager les bonnes pratiques : tel est l'objectif du site participatif innovation-pedagogique.fr. Pilotée par Télécom Bretagne, l'initiative ne demande qu'à s'élargir à l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur.

L'intitulé du site est on ne peut plus clair : innovation-pedagogique.fr. Le principe, quant à lui, est un peu plus atypique dans le monde de l'enseignement supérieur, puisqu'il s'agit d'inciter les enseignants et conseillers pédagogiques à décrire concrètement la manière d'organiser une classe inversée, de mettre en place l'évaluation d'un enseignement par les élèves ou encore de développer des approches agiles. Et ce, dans une démarche résolument coopérative.

Car Michel Briand, le fondateur du site, en est convaincu : "Le XXIe siècle est celui de l'open innovation." Cet ancien adjoint au maire de Brest chargé du numérique et de la démocratie locale a mis son expérience d'élu au service de l'enseignement supérieur. Après avoir initié une dizaine de sites contributifs dans sa ville (sur le multimédia, l'action sociale, l'égalité femme-homme…), le directeur adjoint à la formation de Télécom Bretagne a reproduit cette logique dans le domaine de l'innovation pédagogique.

une culture collaborative 

Le projet démarre en 2011. Michel Briand et le conseiller pédagogique de l'époque André Guyomar s'attachent à collecter les bonnes pratiques de l'école d'ingénieurs où, rappelle le premier, "la formation par projets et la pédagogie active existent depuis quinze ans". Une trentaine d'innovations sont répertoriées et font l'objet de fiches descriptives et retours d'expériences progressivement mis en ligne à partir du premier semestre 2013. 

"Quand on voit qu'un article sur Python a rassemblé près de 12.000 lecteurs, on se dit qu'il y a du potentiel !", commente Michel Briand, qui entend "valoriser et donner à voir les innovations pédagogiques, de Télécom Bretagne mais plus largement des écoles et universités françaises". Cependant, reconnaît-il, "partager son expérience n'est pas dans les habitudes universitaires, cela demande un changement de culture qui n'est pas simple".

Petit à petit, le projet se développe néanmoins. Des liens sont noués avec des sites référents dont innovation-pedagogique.fr réutilise les contenus, sous licence creative commons. Aujourd'hui, le site compte 300 articles, 550 abonnés à la newsletter et 600 visiteurs uniques par jour. L'objectif étant d'atteindre un millier d'abonnés à la rentrée 2016. 

Pour cela, Michel Briand et Gilles Jacovetti, l'ingénieur pédagogique de l'école, s'attachent depuis le mois de janvier à "donner un coup d'accélérateur". "Nous publions désormais un article par jour et gagnons dans le même temps trois nouveaux abonnés", se réjouit le fondateur.

C'est de l'innovation frugale, mais qui peut contribuer à profondément transformer notre façon d'enseigner.
(M. Briand)

Au-delà de la diffusion de l'innovation, l'idée est de "favoriser les échanges, la formation par les pairs et le travail en réseau", explique Michel Briand, qui insiste sur le faible coût du projet : "3.000 euros au départ pour le paramétrage du site et le graphisme. L'investissement est surtout important en temps. C'est de l'innovation frugale, mais qui peut contribuer à profondément transformer notre façon d'enseigner." 

Et de calculer que si les écoles et universités, voire le ministère, se rallient au projet, ce sont plusieurs milliers d'innovations qui pourront être partagés. Avis aux amateurs !


Sophie Blitman | Publié le

Vos commentaires (2)

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Olivier Ridoux.

Ce qui manque souvent à ces exposés de "bonnes pratiques", c'est l'exposé des circonstances des mises en œuvre qu'on montre en exemple, et l'exposé de pourquoi la "bonne pratique" est adaptée à ces circonstances. Il faut que le lecteur puisse se dire « Je suis dans telles circonstances, je rencontre telles difficultés, quelles pratiques pourraient y remédier ? ». Si on ne fait pas ça on tombe très rapidement dans le cliché, ex. « La classe inversée c'est mettre à disposition des élèves une vidéo du cours (réellement entendu) », et des interprétations perverses, ex. « La classe inversée est un moyen de diminuer le temps présentiel des étudiants (réellement entendu dans un exposé d'un directeur d'école d'ingénieurs) ». Cette interprétation perverse est tellement présente que la CTI a dû y mettre le holà dans ses Références et Orientations. Alors oui à des référentiels de bonnes pratiques, mais des référentiels raisonnés !

Eddy Sebahi.

Bonsoir, Et moi qui croyais qu'il n'y avait pas de "bonnes pratiques" ! On nous aurait donc menti ? Combien de temps allons-nous encore entendre que innovation = numérique ? Soyons sérieux ! Ce n'est pas Merci de lire cet excellent article de Christian Puren, qui remet un peu de "rationalité" dans ce lyrisme trop souvent débridé. http://www.christianpuren.com/2016/01/31/a-propos-de-la-classe-inversée-dans-l-enseignement-secondaire-des-langues/ Quant à Bruno Devauchelle, il développait dans le Café Pédagogique du 14 novembre 2014, qu'il n'y a pas a priori d'équation "classe inversée/innovation" : "Redisons-le d'abord simplement. Ce n'est pas parce que je remplace mon cours magistral par une vidéo que je change de modèle pédagogique. Ce n'est pas parce que les exercices se font en classe au lieu de se faire à la maison (ce qui est partiellement faux dans les faits) que cela change le modèle pédagogique basé sur l'alternance apport/entraînement. La classe inversée a d'abord ce mérite d'avoir amené l'enseignant à se rendre compte qu'apprendre est plus compliqué qu'enseigner et que la principale compétence de l'enseignant c'est "l'ajustement" cognitif et métacognitif. En d'autres termes, quand on dit que l'enseignant ne peut être remplacé par la machine (à préciser), c'est parce que apprendre est un acte complexe qui est fait d'ajustements successifs (conflits cognitifs et sociocognitifs) et que c'est dans l'interaction humaine (et non l'interactivité machinique) qu'ils peuvent le mieux s'effectuer (Lev Vigotsky). La classe inversée n'est pas en soi une innovation pédagogique, elle est surtout une prise de conscience professionnelle." De quoi équilibrer un peu les arguments de ceux qui ont fait de l'informatique (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit) leur fond de commerce. Les moyens techniques sont une chose, les choix didactiques en sont une autre. Peut-être la technique sera-t-elle mise au service de l'enseignement apprentissage, mais assurons-nous que ce ne sera pas l'inverse...