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Une année à l'Espé : "L’adaptation aux élèves est l’une des difficultés qui survient régulièrement"

Erwin Canard
Publié le
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Le campus Molitor de l'Espé de Paris, dans le XVIe arrondissement de Paris
En janvier, les enseignants-stagiaires ont identifié leurs marges de progression et peuvent compter sur l'aide de leurs tuteurs. // ©  ESPE Paris - service communication
IMMERSION. Épisode 2. Un trimestre après la rentrée, c'est l'heure des premiers bilans. Face aux difficultés rencontrées par certains enseignants-stagiaires, l’Espé de Paris s’organise pour les épauler au mieux. Xavier Bourdenet, responsable du parcours lettres second degré du master MEEF de l’établissement, détaille cet accompagnement.

Où en sont les enseignants-stagiaires au mois de janvier ?

Xavier Bourdenet, responsable du parcours lettres de la mention second degré du master MEEF de l'Espé de Paris // © erwin canard

C'est le moment où ces derniers commencent à prendre conscience de ce que représente le rythme de travail d'un enseignant. Ils ont été confrontés à leur premier conseil de classe, donc à leur premier grand moment institutionnel au sein de l’établissement.

Ils sont également mieux intégrés à leur équipe pédagogique, plus à l'aise, osent davantage demander des conseils, connaissent mieux leurs élèves. En somme, ils sont entrés concrètement dans leur métier et identifient plus clairement leurs besoins.

Quelques mois après la rentrée, quel bilan tirez-vous de cette promotion 2018 ?

Tous les stagiaires ont été vus en classe par leurs tuteurs Espé et leurs tuteurs d'établissement. Le rectorat fait également un bilan d'étape, et tout cela permet d'avoir un regard d'ensemble sur la promotion. Actuellement, cela va plutôt bien pour eux.

Je ne dirais pas que tout est parfait, que ce sont des enseignants confirmés, mais ils se situent dans la moyenne de ce que l'on attend d'enseignants-stagiaires à ce moment-là de leur formation. Ils rencontrent des difficultés classiques d'entrée dans le métier. Quelques-uns rencontrent des problèmes allant au-delà de ceux d'un stagiaire "classique". Mais ils sont minoritaires et leurs situations sont très différentes.

Lire aussi :
– Épisode 1 : Une année à l'Espé : "Les enseignants-stagiaires veulent tout, tout de suite !"

Comment repérez-vous ces stagiaires en difficultés ?

D’une part, par le biais des tuteurs établissement. Mais aussi via les tuteurs Espé, à l'occasion de leur visite en classe. Il peut également y avoir des demandes émanant des stagiaires eux-mêmes, conscients de leurs problèmes.

Sur quoi butent-ils ?

En début d'année, beaucoup ont des soucis de gestion de classe. Mais l'une des difficultés qui survient souvent est le questionnement didactique et l'adaptation aux élèves. Ils ont généralement toutes les ressources disciplinaires, mais la difficulté réside dans la traduction en séances et en séquences de cours.

Il y a trois points principaux de cristallisation : la question du rythme de la séance (par exemple, un stagiaire qui passe trop de temps avant de donner une activité aux élèves ou qui peine à proposer des activités variées) ; la question de la clarté des consignes, il est parfois difficile de bien faire comprendre aux élèves ce que l'on attend d'eux, d'autant plus que les objectifs de la séance ne sont parfois pas clairs pour les stagiaires eux-mêmes ; et, enfin, l’articulation des activités orales et écrites.

La gestion de classe n'est pas quelque chose d'hors-sol, qui se traiterait en dehors des aspects didactiques.

Souvent, les stagiaires viennent nous voir en disant avoir des problèmes de gestion de classe. Or, la plupart du temps, ces problèmes découlent, au départ, d'une de ces difficultés-là, qui engendrent une démobilisation des élèves. La gestion de classe n'est pas quelque chose d'hors-sol, qui se traiterait en dehors des aspects didactiques.

Ces difficultés devraient pouvoir être dépassées, notamment grâce au cours de didactique. Pourtant, les stagiaires jugent souvent ce module inutile. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Les stagiaires sont constamment dans l'urgence, pris dans leurs cours du lendemain. Ils anticipent assez peu car ils n'en ont pas le temps. Mais, en janvier, justement, ils en prennent de plus en plus conscience. Les discussions avec leurs tuteurs leur permettent d'identifier leurs problèmes et de l'utilité de cours tels que la didactique qui leur donne des pistes, notamment dans la construction d'une séance.

C'est comme pour la rédaction du mémoire : ce n'est qu'une fois leur formation terminée, qu'ils se rendent compte de son intérêt, notamment dans la construction d'une posture critique, réflexive.

Comment aidez-vous les stagiaires en difficulté ?

D'abord, le tuteur Espé peut leur demander de fournir davantage de documents de préparation de cours. Ensuite, il y a souvent des échanges plus étroits entre le tuteur Espé et le tuteur établissement. Il peut également y avoir des "visites conseils" supplémentaires. Lorsque le stagiaire est vraiment en très grande difficulté, le rectorat et l'inspecteur académique peuvent proposer des stages d'observation ou des stages de formation, sur la gestion de classe, par exemple.

Sont-ils nombreux dans la promotion ?

Cette année, il y en a une quinzaine sur une promotion de 100 stagiaires. Seuls deux ou trois sont en grande difficulté, avec une titularisation incertaine. Les dix autres ont simplement besoin d'une aide supplémentaire.

Les dispositifs d'accompagnement fonctionnent-ils ?

Oui, puisque ces stagiaires sont généralement titularisés. Mais certains ne le sont pas simplement parce qu'ils ne doivent pas l'être. Il y a des personnes, rares, qui ne peuvent pas être devant des élèves.

Pour quelles raisons ces stagiaires sont-ils en difficulté : est-ce dû au système de recrutement ?

Il y a des stagiaires qui arrivent en master 2 sans jamais avoir effectué de stage en établissement, comme les agrégés. En outre, certains ont un problème de représentation du métier, très traditionnelle. La sélection, au concours, se fait essentiellement sur des questions disciplinaires et il arrive qu'il y ait des enseignants-stagiaires qui n’arrivent pas à s’adapter aux compétences professionnelles du métier.

EducPros en immersion à l'Espé

Comment l'Espé et ses formateurs accompagnent-ils les enseignants-stagiaires durant une année de M2 MEEF, réputée lourde et difficile ? Toute cette année universitaire 2017–2018, EducPros vous emmène au cœur de la promotion 2018 du M2 MEEF Lycée option Lettres modernes de l'Espé de Paris, sur le campus Molitor (XVIe arrondissement).

Lire la version l'Etudiant de l'immersion :

– Épisode 1 : "Je suis impatient d'être devant mes élèves"
– Épisode 2 : "On voit qu'on patine un peu tous"
Episode 3 : "On est débordé"


Erwin Canard | Publié le

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anaise.

Le dispositif d'accompagnement est complétement inefficace. Les cours et les formations Espe sont inutiles et il ne font que charger les stagiaires qui en réalité n'ont même pas le temps de réfléchir à leurs séquence. La non-titularisation est de moins en moins rare, elle est causée par l'excessive charge de travail inhumaine pour des débutants qui doivent construire de 0 leurs cours. Les stagiaires subissent des pressions inadmissibles, surtout à l'Espe. Biensûr l'article est écrit par un formateur, soucieux de ne pas perdre son salaire. Qui évalue l'Espe? Les évaluations ne sont pas du tout transparentes.