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Une étude démontre la stabilité du pouvoir d'achat des enseignants

Grégory Danel
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Une étude démontre la stabilité du pouvoir d'achat des enseignants
Depuis 1990, les enseignants n'ont pas perdu de pouvoir d'achat et n'ont pas subi de déclassement salarial. Telle est la conclusion d'une étude de deux chercheurs (EHESS/ENS). Utilisée dans les travaux de la commission Pochard, l'enquête bouscule pas mal d'idées reçues.

Une étude d’Eric Maurin, directeur d’étude à l’EHESS et de Dominique Goux, professeur associé d’économétrie à l’ENS bat en brèche la vulgate sur la baisse du pouvoir d’achat des enseignants. « Les enseignants sont (…) l’un des groupes sociaux dont les rémunérations nettes ont en moyenne le mieux résisté au cours des 25 dernières années », affirme cette étude commandée par Marcel Pochard à l’occasion du livre vert sur la condition étudiante remis à Xavier Darcos, le 4 février 2008.  

Le travail des deux chercheurs contredit notamment l’étude controversée de Robert Gary-Bobo : « Les traitements des enseignants français 1960-2004 : la voie de la démoralisation ». Dans cette dernière, l’économiste de Paris 1 affirmait que le pouvoir d’achat des salaires nets des enseignants du secondaire et du supérieur a baissé d’environ 20% en 25 ans, de 1981 à 2004, pendant que les effectifs s’accroissaient à peu près dans les mêmes proportions.  

Un pouvoir d'achat qui ne baisse pas

Dominique Goux et Eric Maurin, par ailleurs membre de la commission Pochard ont travaillé, eux, sur les fichiers de paye de la fonction publique et sur les enquêtes emploi de l’Insee. Que constatent-ils ? Tout d’abord, les rémunérations nettes versées aux enseignants du primaire comme du secondaire ont augmenté en moyenne d’environ 1,9% par an entre 1990 et 2005, « soit à peu près exactement le rythme d’évolution annuel des prix à la consommation (+1,88%) ». Pour les deux chercheurs : « le pouvoir d’achat des rémunérations nettes versées aux enseignants est ainsi resté à peu près stable au long de ces quinze dernières années », soit depuis la grande revalorisation décidée par Lionel Jospin en 1989.  

Comparant l’évolution des rémunérations nettes enseignantes avec celle des autres professions intermédiaires de la fonction publique et des autres cadres de l’Etat (personnels administratifs de catégorie A, officiers, etc.), l’étude démontre des augmentations équivalentes, sauf pour les milieux de carrière (40-50 ans) : +1,7% contre +2,5%.  

Une politique indemnitaire qui stagne

Comment expliquer « ce décrochage salarial » ? Selon Maurin et Goux, « le déficit salarial croissant des enseignants est avant tout la conséquence d’une politique de rémunérations complémentaires (primes et indemnités) moins dynamiques pour eux que pour les autres cadres A ». En 2005, « les enseignants du secondaire ont finalement des niveaux de traitements bruts assez similaires à ceux des autres cadres A de la fonction publique, mais ils gagnent en net près de 50% de moins, du fait d’indemnités et de primes considérablement plus faibles ».

A la lumière de cette étude, les propositions du rapport Pochard pour une nouvelle politique indemnitaire deviennent intelligibles. Elles illustrent également un constat partagé sur la rétribution des nouvelles missions enseignantes entre la commission, les économistes, les syndicats et le ministère de l’Education nationale.  

Déclassement salarial: pas chez les profs mais dans le privé

Reste que si un « décrochage » existe avec les cadres supérieurs de l’Etat, il n’en est pas de même avec les cadres du privé. « Globalement la situation salariale des enseignants et des autres cadres du public s’est rapproché de celle des cadres du privé et s’est éloignée de celle des professions intermédiaires du privé », observent Eric Maurin et Dominique Goux. D’après leurs travaux, les cadres et professions intermédiaires du privé ont vu leur rémunération relative s’effriter au cours de 25 dernières années. Ils ont perdu 6% par rapport aux ouvriers et employés et 12% par rapport aux enseignants du secondaire.  

Bref, l’étude constate qu’il n’y a eu « ni véritable déclassement, ni reclassement des enseignants » : « si forme de déclassement salarial il y a dans la société française, il n’est pas spécialement à chercher du côté des enseignants, mais du côté d’un certain salariat qualifié du privé ».

Interrogé par Educpros, Thierry Cadart, le secrétaire général du SGEN-CFDT semble partager les conclusions de l’étude : « Je n’ai pas l’impression qu’on assiste à une paupérisation de la profession : il faut raison garder ».            


Grégory Danel | Publié le

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