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UNEF-MET : le face-à-face sur les retraites et les réformes de l’enseignement supérieur

Propos recueillis par Mathieu Oui, avec Emmanuel Vaillant
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UNEF-MET : le face-à-face sur les retraites et les réformes de l’enseignement supérieur
Réforme des retraites, insertion professionnelle, Plan licence, classement et autonomie des universités... Annabelle Janodet, vice-présidente de l’UNEF, et Rémi Martial, président du MET (branche étudiante de l’UNI), répondent aux grandes questions d’actualité qui touchent l’enseignement supérieur. Un échange courtois, où les vues des deux syndicats étudiants ne sont pas toujours si opposées...

Êtes-vous d’accord pour dire que la réforme des retraites concerne les jeunes et qu’ils doivent participer au débat d’une manière ou d’une autre ?

Rémi Martial. Bien sûr que cela concerne les jeunes et qu’ils doivent y participer. En revanche, les manifestations ou les blocages de fac n’en constituent pas les bonnes formes. C’est davantage une opposition politique au gouvernement et à Nicolas Sarkozy qui n’est pas forcément constructive. On peut aussi discuter directement avec les élus. Au MET, nous avons pris une position favorable à la réforme. C’est important de réformer le système et de relever à la fois l’âge légal de départ à la retraite, comme c’est le cas dans tous les pays européens y compris socialistes. On a un peu de mal à comprendre ceux qui manifestent aujourd’hui : ils se tirent une balle dans le pied. Le débat actuel n’est même pas de savoir comment on va financer notre ­propre système, mais celui de ceux qui vont partir ces prochaines années.

Annabelle Janodet. Dans ce combat contre la réforme des retraites, c’est tout un projet de société que l’on défend. Comment s’organise-t-on pour que les richesses produites dans le pays soient réparties équitablement ? Nous avons cherché à dialoguer avec le gouvernement. En juin, l’UNEF et des syndicats lycéens ont demandé à être reçus par Éric Woerth pour avancer des propositions, des éléments de dialogue, de concertation et de négociation. Nous avons eu une fin de non-recevoir. Quand le dialogue est bloqué, les jeunes n’ont pas d’autres moyens que de manifester et de bloquer leur établissement. Ils ont compris que cette réforme allait avoir des conséquences à très court terme sur l’emploi. Maintenir les seniors en emploi deux ans de plus, alors qu’un quart des jeunes est au chômage : où est la logique ?

RM. Cet argument ne tient pas économiquement une seule seconde. Un emploi que laisse un senior à 60 ans n’est pas un emploi qui tombe dans l’escarcelle de quelqu’un qui entre sur le marché du travail. La question de l’emploi en général se règle plus par la croissance que par des aspects de partage du travail qui sont de culture marxiste et qui témoignent de l’idéologie de l’UNEF. Sur la mobilisation des jeunes, il y a une vérité à rétablir : c’est une toute petite partie des jeunes qui se sont mobilisés. L’UNEF et ses partenaires n’ont pas réussi à les mobiliser.

AJ. Les sondages montrent que 73 % des jeunes sont opposés à la réforme. À la fin de la semaine dernière, on comptait 37 universités mobilisées avec des AG qui ont voté la grève, ce n’est pas rien. Beaucoup d’universités de province étaient en vacances fin octobre, ce qui explique la plus faible motivation.
Une récente enquête pilotée par le ministère sur l’insertion des masters pro montre à nouveau que les diplômés des filières lettres et sciences humaines sont plus que les autres touchés par le chômage et la déqualification. Quelles sont, selon vous, les mesures prioritaires à prendre ou à généraliser pour faciliter leur insertion ?

RM. Il faut renforcer les liens entre le monde universitaire et le monde professionnel pour casser les mauvaises images qui existent des deux côtés et qui sont parfois caricaturales. Il faut multiplier les projets du type Phénix et avoir un discours positif envers ces étudiants comme dans les pays anglo-saxons où les diplômés de ces filières ont des postes à responsabilités, notamment dans les ressources humaines. Il faut rendre obligatoire le stage dans toutes les licences et faire en sorte que les universités utilisent les outils mis à leur disposition comme les bureaux d’aide à l’insertion professionnelle [BAIP] et les UE de professionnalisation.

AJ. Il faut d’abord sortir des filières tubulaires. Je rejoins d’ailleurs Rémi sur la question des stages en licence et des éléments professionnalisants dans tous les diplômes. Chaque diplôme doit pouvoir offrir une sortie qualifiante. La pluridisciplinarité est fondamentale, c’est d’ailleurs l’atout des grandes écoles et de Sciences po. Les universités doivent un peu sortir de leur logique disciplinaire et mandarinale. Il y a aussi un problème de financement et d’encadrement dans ces filières. Un étudiant en sciences à Jussieu reçoit trente-cinq heures de cours par semaine, contre vingt heures maximum pour un étudiant de lettres à Nanterre. Ce différentiel d’investissement de l’État pèse sur l’insertion. Il faut aussi agir sur le marché du travail en reconnaissant chaque diplôme dans le cadre des conventions collectives : à tel diplôme correspond tel type de poste et de salaire pour éviter les déqualifications.

Sur cette question de l’insertion, vous ne semblez pas trop en désaccord...

AJ. Il y a quelques points d’accord et quelques nuances. Par exemple, l’enquête du ministère sur l’insertion met les universités en concurrence, alors qu’elles ne disposent pas des mêmes moyens. Il y a aussi des inégalités suivant les territoires et leur ­bassin d’emploi.

RM. Pour nous, la concurrence qui existe depuis la loi LRU est un élément d’émulation. Elle permet de tirer les établissements vers le haut et d’appliquer les expérimentations positives. L’université Paris 13, située dans un département très difficile, a mis beaucoup d’outils d’insertion en place et notamment des accords avec le monde professionnel. Mais l’UNEF a une logique de contraintes. Reconnaître les diplômes par la convention collective revient à dire que votre vie est faite à 25 ans, alors que la vie professionnelle doit évoluer, même si l’on n’a pas de diplôme. Et puis, cela peut faire peur aux PME qui n’ont pas des mêmes moyens que les grandes entreprises. Il faut au contraire une plus grande souplesse du marché du travail pour y faciliter l’entrée des jeunes. C’est d’ailleurs pour cela que nous avions soutenu le CPE [contrat première embauche] à l’époque.

Le dernier rapport de l’IGAENR fait un bilan critique du plan Réussite en licence. Qu’en pensez-vous ?

AJ. La promesse de 50 % d’une classe d’âge au niveau licence n’a pas été atteinte, notamment parce qu’il n’y a pas eu de création de postes. À l’époque, Valérie Pécresse annonçait qu’il y aurait vingt-cinq heures de cours minimum dans toutes les filières et rien n’a évolué. Pareil pour la suppression des amphis en première année. Le bilan est donc nul sur la réussite.

RM. Il n’y a pas eu d’effets perceptibles sur ce plan, c’est vrai, mais il faut rappeler que les moyens attribués aux universités sont historiques. Le budget global de l’enseignement supérieur est passé en cinq ans de 21 à 25 milliards. Et si l’UNEF veut plus de moyens, ses ­responsables pourraient interpeller les régions dont l’implication est très variable.


On constate l’existence de nombreux classements des universités, le dernier en date étant celui du ministère sur l’insertion des masters professionnels . Il y a également un projet européen d’évaluation des universités sous forme de mapping. Êtes-vous favorables à ce type de classements et pensez-vous qu’ils soient utiles pour les étudiants ?

AJ. Nous y sommes clairement opposés. La concurrence entraîne forcément gagnants et perdants, mais nous voulons l’excellence pour tout le monde. Depuis son arrivée, Valérie Pécresse a concentré ses moyens sur quelques grands pôles d’excellence et laisse la plupart des universités à l’abandon. L’UNEF a calculé cette année le différentiel d’investissement par université et par étudiant, qui varie de un à quatre selon les établissements. Cette logique de mise en concurrence qui ne donne pas les mêmes moyens n’est pas acceptable.

RM. La concurrence est une réalité, qu’elle soit entre universités, avec les grandes écoles ou avec les universités étrangères. Nous sommes favorables aux classements, mais il faut rester vigilant sur les critères . Quant aux moyens accordés aux universités, les crédits publics ont augmenté en moyenne de 18 % depuis trois ans. L’enseignement supérieur est devenu une priorité et c’est une très bonne chose. Nous sommes favorables aux pôles d’excellence avec un système mixte. D’un côté des pôles internationaux attirant les meilleurs chercheurs et étudiants, et de l’autre des pôles de proximité dans de petites universités qui pourront être à la pointe dans un domaine précis.

La loi sur les libertés et responsabilités de l’université (août 2007), dite loi LRU, donne une plus grande autonomie aux établissements, notamment en matière budgétaire et de recrutement. Quels sont les effets de cette loi pour les étudiants ?

AJ. Concernant le Plan campus, rien n’est encore sorti de terre. Les universités ont les mains libres pour faire ce qu’elles veulent. À Nancy-Metz, elles se transforment en grand établissement, ce qui va à l’encontre des droits des étudiants : augmenter les frais de scolarité et durcir la sélection.

RM. Les effets de la loi LRU, qui est une réforme socle, ne sont pas perceptibles dans l’immédiat. En 2007, nous étions la seule organisation étudiante à l’avoir soutenue car elle va permettre aux universités de se développer sur le moyen terme. Le bilan est globalement positif car le monde universitaire a bougé. Le développement des fondations universitaires est une conséquence concrète et très positive pour recueillir des fonds supplémentaires. Strasbourg a levé 20 millions d’euros, et celle de Dauphine 35 millions.

Seriez-vous favorables à une réforme en profondeur du premier cycle ? Quelle forme pourrait-il prendre ? Celui d’un collège universitaire unique ?

RM. Nous sommes d’accord pour de vraies passerelles entre les établissements. En faisant attention à ne pas casser ce qui fonctionne bien. On pourrait créer des pôles de proximité sur des petits sites de villes moyennes entre les STS, les IUT et les premiers cycles. Il s’agirait de rassembler les coopérations entre les établissements sans les fusionner. Et pourquoi pas intégrer les classes prépas aux universités pour décloisonner le système ?

AJ. Sur la licence, nos propositions portent sur l’existence de 25 heures par semaine pour tous jusqu’en L3, sur la suppression des amphis en première année, sur l’augmentation du contrôle continu et de l’encadrement. Il faudrait également plus de pluridisciplinarité en première année et une spécialisation progressive. Il faut des moyens suffisants. Avec l’autonomie, il est difficile d’imposer aux universités un certain nombre de cadrages. Nous ne sommes pas pour un seul modèle d’université, mais il faut un peu de pilotage. À Bordeaux 4 et Paris 2, les fonds du Plan licence ont servi à créer des filières d’excellence. Et la ministre n’a rien pu faire en raison de l’autonomie. Il y aussi des logiques pluridisciplinaires très fortes qui font obstacle au changement. Quant aux classes prépas, nous sommes favorables à l’intégration des prépas et des grandes écoles dans le cadre universitaire, ce qui faciliterait les échanges.

* Vice-présidente de l’UNEF depuis septembre 2010, en master 2 de sciences politiques à Créteil, 25 ans.
** Président du MET depuis sa création en janvier 2010 après avoir dirigé la branche étudiante de l’UNI. Inscrit en mastère spécialisé en finances à l’ESLSCA, il a débuté ses études à l’université d’Orléans, a travaillé à l’étranger avant de revenir en France pour préparer un master à Assas.


Propos recueillis par Mathieu Oui, avec Emmanuel Vaillant | Publié le

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