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Coupes budgétaires à l'université : les étudiants de Clermont montent au front

Camille Stromboni
Publié le
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Etudiants de l'université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) - Manifestation contre l'austérité - 16 octobre 2014
Etudiants de l'université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) - Manifestation contre l'austérité - 16 octobre 2014 // ©  Remi Dugne / La Montagne / PhotoPQR / MaxPPP

Les étudiants clermontois appellent à un nouveau rassemblement le 17 novembre, contre les restrictions budgétaires à l’université Blaise-Pascal. Depuis plusieurs mois, ils dénoncent la cure d'austérité mise en place dans l'établissement, en grande difficulté financière.

Si les étudiants toulousains ont voté le blocage de l’université du Mirail pour le 20 novembre, ceux de Clermont-Ferrand se mobilisent déjà depuis plusieurs mois contre l'austérité. Quatre assemblées générales, des manifestations et des "journées d’occupation culturelle" ponctuent le quotidien de l’établissement depuis la rentrée. Avec entre 500 et 800 étudiants présents, d'après l'Unef, mais aussi une partie des personnels. Et ce n’est pas l’annonce d’une "non-amputation" des crédits des universités cette année qui suffit à les rassurer.

Un nouvel appel au rassemblement est lancé pour le 17 novembre 2014 devant le rectorat, qui réunit un conseil académique dont l'ordre du jour est la situation financière de l'université.

"Depuis plus d’un an, les mesures d’économies se multiplient à l'université Blaise-Pascal, de plus en plus sévères pour les étudiants, entre les suppressions de postes d’enseignant et les filières de formation menacées", décrit Aliaume Couchard, élu Unef, qui pointe la dégradation des conditions d'études.

Le jeune homme dénonce également une sélection camouflée à l’entrée de certaines licences, avec le refus d'inscrire désormais les retardataires. "Ces conséquences de la rigueur sont dramatiques, insiste-t-il. C’est aussi tout un ensemble de choses au quotidien : les bâtiments sont en ruine, certains profs demandent aux étudiants quelques euros en début d’année pour pouvoir leur fournir des polycopiés, des cours d’italien se déroulent dans la salle d’informatique faute de mieux…"

Le fonds de roulement en voie de disparition

L’université est en effet dans une situation budgétaire critique, pas loin du précédent de l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), qui a frôlé la cessation de paiement l’an dernier. En effet, l’établissement auvergnat ne dispose plus que de 4 jours de fonds de roulement [2 millions d’euros], soit l’un des matelas de sécurité les plus faibles chez les universités, tandis qu'un minimum de quinze jours est la règle.

L’établissement ne fait pourtant pas partie des universités en déficit à plusieurs reprises : elle s’est retrouvée au pied du mur en mars dernier, lorsqu’il a fallu piocher dans son bas de laine près de 5 millions d’euros pour pallier aux dépassements de l’année 2013 [pour un budget global de plus de 130 M€].

"Nous avons eu un déficit bien plus important en raison de la progression de la masse salariale non compensée par l’État, tandis que nos investissements, principalement des mises en sécurité, sont eux aussi moins subventionnés que prévus par le ministère", décrit le président Mathias Bernard.

Le casse-tête immobilier

L’universitaire se défend d’une quelconque mauvaise gestion ou autre gabegie : "l’inspection générale elle-même reconnaît que nous sommes bien gérés dans ses diagnostics", rappelle-t-il.

La fac du Puy-de-Dôme possède en outre un talon d'achille de taille : "un parc immobilier qui date des années 1960, plus de 200.000 mètres carrés (bâtis), pas de soutien sur ce volet via le CPER (contrat de projets État-Région) ni de plan Campus", résume le président. Un cocktail explosif qui plombe ses finances depuis plusieurs années. "Et pourtant, nous sommes considérés par le ministère comme sur-dotée !", grince le responsable.

La plupart des chantiers sont désormais à l’arrêt, "seules les mesures indispensables ont été prises, mais il reste des bâtiments 'sous avis défavorable' en termes de sécurité", reconnaît le président.

Coupes, coupes, coupes

Un ensemble d'économies drastiques a également été acté dès le printemps 2014 : les dépenses de fonctionnement ont été diminuées de 20 % tandis que 70 emplois de contractuels ont été supprimés immédiatement [administratifs, enseignants, contrat doctoraux, ATER]. Les volumes horaires des formations ont été revus à la baisse et le matériel pédagogique n'a plus été renouvelé.

À ces premières mesures de "refroidissement de la dépense" s’ajoute un plan de redressement pour les trois prochaines années, voté à l’été. Résultat : pour la première fois, l’université vit une année blanche en termes de recrutement, avec 22 emplois titulaires gelés, c’est-à-dire des personnels non remplacés.

"Au total, il y a une centaine d’emplois en moins dans l'université", décrit le président, qui assure ainsi que sa fac sera en équilibre en 2014.

L'appel à l'État

"Mais il nous reste une grande inconnue pour 2015 : notre dotation sera-t-elle à la hauteur ?", s’inquiète-t-il. "Nous pouvons tourner encore peut-être un an ou deux de cette manière, mais pas plus. J’alerte une fois encore l’État sur les graves conséquences de son désengagement financier. Nous faisons le maximum en interne, avec le plus de rigueur possible pour être crédible. Maintenant les économies sont faites, il n’y a plus de marges", conclut le président. Sur la même longueur d'ondes que ses étudiants.


Camille Stromboni | Publié le

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