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Licence AES : un choix par défaut ?

Marie-Anne Nourry
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INFOGRAPHIE. Face à la baisse des inscriptions en licence AES pour l'année 2013/2014, l'ARES (Fédération nationale des associations représentatives des étudiants en sciences sociales) a interrogé les étudiants sur leurs motivations. Résultat : une minorité d'entre eux a un projet professionnel bien défini.


Marie-Anne Nourry | Publié le

Vos commentaires (4)

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guillaume.

Je n'ai pas lu le rapport mais juste les commentaires. Je fais un bref retour d'expérience car je suis diplômé de la filière AES, sorti il y a une vingtaine d'années. J'ai rejoint par la suite l'enseignement supérieur en devenant enseignant-chercheur en école de management. Je suis par ailleurs issu d'une filière technologique. J'ai de très bons souvenirs de cette filière (dans lequel j'ai enseigné quelques temps). J'ai apprécié son côté interdisciplinaire car il montrait la réalité des choses sous différentes facettes. Je pense que c'est utile dans la vie professionnelle et que cela ouvre des perspectives à des étudiants que se cherchent. Projet professionnel absent ? Cet argument n'a aucun intérêt car très peu d'étudiants en général ont un projet professionnel précis, y compris ceux arrivés en Master d'école de commerce ! Un constat qui s'applique à mon sens à 80% des étudiants, ce qui n'est pas propre à AES ! Un aspect m'a chagriné quand j'ai vu AES en tant que prof : les batailles incessantes entre juristes, gestionnaires et économistes. Le programme que j'ai connu était un vrai fourre-tout, construit de façon très opportuniste en fonction des plans de charge des enseignants et surtout en fonction des besoins en recrutement (recruter un économiste plutôt qu'un enseignant en gestion par exemple). Ce genre de fonctionnement n'est pas propre à AES. On le rencontre ailleurs mais je me rappelle que l'interdisciplinarité de la filière cristallisait les tensions. AES était plus souvent une "variable d'ajustement" plus qu'un diplôme construit "pour" l'étudiant et "pour" leurs futurs recruteurs. Je pense qu'il faut remettre les employeurs (les entreprises en particulier) au centre de la reconstruction de la filière (si cela est envisagé). On peut être dans le bricolage ou non, peu importe. Mais il faut au moins savoir ce qu'il faut enseigner pour être en phase avec les besoins des acteurs économiques. Vaste de sujet, pas simple à traiter mais filière utile me semble-t-il.

Bisiou.

Bonjour, Tout d'abord Educpro aurait pu lire la note du MESR jusqu'au bout : les nouveaux entrants en AES augmentent en 2013-2014 (+2,2%) alors qu'ils diminuent, par exemple, en Droit (-0,8%). C'est le dernier tableau de la note flash : http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2014/60/9/noteflash2_312609.pdf . La diminution des effectifs ne traduit donc pas une perte d'attractivité de la filière, mais peut s'expliquer par de nombreuses causes, dont l'échec important des étudiants en Bac pro très présents par défaut dans la filière AES. Ensuite, j'ai appris à relativiser les analyses statistiques du MESR sur les effectifs étudiants. Il faut tout de même rappeler qu'il y a 5 ans le MESR annonçait une baisse massive du nombre d'étudiants, notamment en AES et en LLA SHS, qui s'est traduite par... une augmentation massive! Enfin je ne partage pas l'analyse de Sirius (mais c'est habituel). J'ai choisi d'enseigner en AES il y a 20 ans et je m'en félicite. Nous avons, à l'université Paul Valéry de Montpellier, des parcours en développement social, en RH ou à l'international qui fonctionnent très bien et assurent parfaitement l'insertion professionnelle des étudiants. Il m'a toujours semblé complètement irrationnel de former des étudiants au droit commercial sans qu'ils maîtrisent la comptabilité, tout comme il me semble irrationnel de former des étudiants en gestion qui ne maitrisent pas un minimum le droit du travail. L'AES est une filière exigeante car il faut que l'étudiant soit bon en économie, en droit, en gestion et en sciences sociales. Mais pour peu qu'elle soit construite sur un projet pédagogique pensé avec les professionnels du secteur, l'AES est à mon sens la filière la plus adaptée aux besoins du secteur social ou des entreprises. Pour conclure: ce que souligne l'étude présentée par Educpro, ce n'est pas le problème de l'AES, c'est le problème de la réussite des Bac pros à l'université. Un problème que rencontre l'AES, mais aussi l'infoCom, la psychologie et que le MESR n'a manifestement pas envie de traiter. yann Bisiou vice-président du conseil d'administration université Paul Valéry, Montpellier maître de conférences en AES

Yann.

Ce que vous dîtes est très intéressant. Néanmoins, pensez-vous que le taux d'échec soit uniquement dû aux bacs pros pour ce qui concerne l'AES? Etant étudiant, il est vrai que c'est le groupe qui s'en sort le moins bien. Néanmoins, je crois qu'il y a un problème global vis à vis de la motivation des étudiants et du flou que peut instaurer la licence AES aux néo-étudiants. On la voit très opaque et les gens ne savent pas toujours vers quoi ça mène. La licence AES de MTP est l'une des plus réputée mais rares sont les licences AES réputées malheureusement...

Yann.

Etudiants, n’écoutez pas ce commentaire, il doit être nuancé. Tu dis que les filières professionnalisantes ont été applaudi par les juristes et gestionnaires car cela allait leur permettre de se « défausser » et qu’elle a été créée par des technocrates. La licence AES a été créée par un groupe de travail à Brest en 1971 qui réunissait professionnels, étudiants et professeurs. Les technocrates n’ont pas reçu l’idée de la licence AES par la main du Christ, ils ont mis en place cette idée qui reste révolutionnaire sauf qu’elle n’a pas été adaptée aux évolutions socio-économiques de la France. Je prends pour exemple un fait banal : la licence AES est l’une des rares à ne pas offrir de visibilité en poursuite d’étude alors même que le bac +5 est devenu une référence pour l’insertion professionnelle. Comment peut elle séduire sans ça ? De plus, le développement des DUT GEA ou des ICN ne l’ont pas aidée. Tu utilises le terme « défausser » et dit en fait que la licence AES est fourre-tout or, l’université est libre d’accès. L’AES est fourre-tout que lorsque les filières droit, économie et gestion sont contingentées ce qui est rarement le cas. De plus, nous ne pouvons pas savoir si les candidats sont moins qualifiés. Sur quoi te bases-tu pour dire ça, tu as fait une enquête également ? Je trouve ça péremptoire… et ça ne reflète pas du tout la réalité. Ou alors, je suis d’un piètre niveau… mais je ne crois pas. Si tu te bases sur le taux de réussite, n’oublie pas de prendre en compte le niveau de difficulté. Peut être que la licence AES est plus difficile, du fait de sa pluridisciplinarité, par rapport aux autres licences… Tu remets en cause le caractère pluridisciplinaire en disant que le fait de l’être ne suffisait pas à créer une qualification scientifique ou professionnelle. La licence AES n’a pas vocation à être scientifique déjà. Quant au caractère professionnel, on ne nous demande pas d’être des experts mais d’être capable d’analyser et de comprendre les différents environnements d’une entreprise car oui, la licence AES offre des débouchés sur les fonctions d’encadrement ou du support d’entreprise (RH, Finance, Compta, Marketing, etc…). Aujourd’hui, il nous faut les maîtriser et en cela, le master est très enrichissant. On en vient justement à cette filière « sans colonne vertébrale » qui n’a pas de « débouchés précis ». Moi j’évoquerais plutôt un manque de communication. La colonne vertébrale est là, c’est la pluridisciplinarité. On ne se borne pas à apprendre les théories cognitives, individuelles et comportementales pour savoir gérer les RH. On ne se borne pas non plus à apprendre que la finance pour être Directeur Administratif et Financier non. On prend en compte l’environnement complexe qui influence énormément l’entreprise. Nous sommes capables de porter un jugement sur l’environnement économique. Peut être pas aussi détaillé qu’un économiste, mais nous en sommes capables. De même, nous sommes capables de pouvoir s’interroger sur les problèmes juridiques car nous savons aussi lire un code et s’en servir. Peut être pas aussi bien que nos amis juristes, mais nous en sommes capables. Enfin, si tu interroges les économistes, juristes, mais aussi psychologues, sociologues, historiens, etc… tu te rendras compte que là aussi, beaucoup d’étudiants n’ont pas de projets professionnels précis et quand bien même, la licence AES n’est pas à frein pour les amenés aux masters en droit, éco, marketing, gestion, CCA, etc… Et je ne suis pas sur que l’on puisse dire de ces mêmes domaines que leurs licences soient très professionnalisantes, c’est un problème universitaire ça. Peu mettent en place un stage. Voilà. Etudiants, moi je vous dirais : réfléchissez et approfondissez vos choix d’orientation. AES est une licence difficile où il faut être curieux et s’accrocher pour gravir les échelons, mais elle en vaut la peine !

Sirius.

Etudiants, fuyez cette filière, qui est le résultat d'une grande hypocrisie. Les filières professionnalisantes (droit, gestion en particulier) ont applaudi des deux mains quand quelques technocrates du ministère ont inventé cette pseudo filière professionnelle. Cela leur permettait de se défausser sur elle des moins qualifiés des candidats. La filière AES a attiré des candidats avec son intitulé et son apparence "pluridisciplinaire". Comme si faire un peu de droit, un peu de sociologie, un peu d'économie, un peu de gestion, etc. suffisait à créer une qualification scientifique ou professionnelle. C'est une filière sans colonne vertébrale, ni débouchés précis. L'enquête confirme que les étudiants n'ont pas de projet professionnel et que la formation n'est pas professionnalisante.

Yannick.

Ce que tu dis doit être nuancé car péremptoire. Il y a des problématiques au sein de la filière AES. À sa création son parcours était déjà tout tracé mais ces mêmes qui ont applaudis la création s'en sont servis à mauvais escient et la réforme LMD n'a rien amélioré. Les poursuites d'études sont floues mais existent, la plupart arrivent à la fonction RH et l'idée de cette licence n'est pas d'être professionnel sur tout mais d'avoir des compétences pour analyser les différents environnements d'une entreprise (économique, juridique, etc...). Elle est utile mais doit être revue et améliorée et ça, les acteurs de l'ESR doivent l'entendre. J'espère d'ailleurs que ça réussira avec cette enquête par exemple.