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Sélection en master, budget, sécurité, Idex... Les chantiers de Thierry Mandon

Aurore Abdoul-Maninroudine
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Thierry Mandon va devoir gérer plusieurs dossiers complexes au cours des prochains mois, le tout, sur fond d'élection présidentielle.
Thierry Mandon va devoir gérer plusieurs dossiers complexes au cours des prochains mois, le tout, sur fond d'élection présidentielle. // ©  Hamilton / R.E.A
Dernière rentrée du quinquennat pour le gouvernement. À huit mois de l'élection présidentielle, le temps est désormais compté pour Thierry Mandon, s'il veut mener à bien les nombreux chantiers en cours.

sélection à l'université : une loi en novembre 2016

C'est le sujet du moment, celui qui cristallise toutes les tensions : la sélection en master. Malgré la mise en place du système LMD (licence-master-doctorat) en 2002, les universités ont continué à sélectionner les étudiants au milieu du cycle master, comme elles le faisaient auparavant entre la maîtrise et le DEA/DESS. 

Cette incohérence, dénoncée aussi bien par les syndicats, les organisations étudiantes que par la CPU (Conférence des présidents d'université), a été jugée illégale par le Conseil d'État en février 2016. Pour "sécuriser" la rentrée, un décret a été publié en mai listant les 1.300 masters 2 encore autorisés à sélectionner. Cette solution, jugée provisoire par Najat Vallaud-Belkacem elle-même, n'a pas empêché les recours devant les tribunaux administratifs de se multiplier, les tribunaux donnant gain de cause aux étudiants éconduits.

Pour remettre à plat le système, la ministre a annoncé le 11 septembre une réforme du master pour la rentrée 2017. Et donc, une loi avant la fin du quinquennat. Les délais semblent toutefois difficiles à tenir avec un début de la procédure législative prévu pour novembre prochain. D'autant plus que le bras de fer entre l'Unef et la CPU – qui a quitté la table des négociations – semble empêcher toute avancée. 

À cet égard, le dépôt par le sénateur Jean-Léonce Dupont d'une proposition de loi reprenant précisément la position des présidents d'université est révélatrice de la portée politique du dossier.

De son côté, le ministère souhaite atteindre un compromis conciliant les principes suivants : d'une part, le droit des étudiants à poursuivre leurs études en master, droit défendu notamment par l'Unef et la Fage, et d'autre part, le droit des universités à "recruter" à l'entrée du M1.

Dans ce cadre, la question des critères d'affectation des étudiants est au cœur des discussions : quelles licences donneront accès à quels masters ? Les universités devront-elles proposer à l'étudiant au moins une formation au sein de l'établissement, au sein de la Comue ou au sein de l'académie ? La mise en place de ce nouveau système ira-t-elle de pair avec une suppression totale de la sélection à l'entrée du M2 ? Autant d'éléments à arbitrer dans les prochaines semaines...

une enveloppe pour accueillir les 40.000 nouveaux étudiants

Avec 40.000 étudiants supplémentaires accueillis par les universités à la rentrée 2016, et 180.000 depuis 2009, le budget est comme de coutume l'autre dossier sensible en cette rentrée. En juillet dernier, dans le cadre du débat d'orientation sur les finances publiques, une augmentation du budget pour l'enseignement supérieur et la recherche de 850 millions d'euros a été annoncée. Sur cette somme, 100 millions sont destinés à faire face à l'arrivée massive des nouveaux étudiants. 

Les millions restants seront utilisés pour compenser le gel du ticket de restauration universitaire et celui de la cotisation de Sécurité sociale, le dégel du point d'indice et la revalorisation prévue dans le cadre du PPCR (parcours professionnels carrières et rémunérations).

Cette annonce concrétise une promesse de François Hollande. Interpellé en avril dernier par la CPU sur l'augmentation du nombre d'étudiants absorbée à moyens constants par les établissements, le président de la République s'était engagé à des "réajustements budgétaires".

Si cette augmentation a suscité la satisfaction des acteurs du secteur, ces derniers ont très rapidement émis des craintes et des inquiétudes quant à l'insuffisance de l'enveloppe débloquée. "Pour être fidèle aux ambitions de la Stranes [Stratégie nationale de l'enseignement supérieur], il aurait fallu augmenter le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche de 3,5 milliards d'euros", plaide Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup. "850 millions, c'est un début, qui compense largement la non-augmentation des droits d'inscription", analyse pour sa part Jean-Loup Salzmann, président de la CPU. Car, cette année encore, les universités ne pourront pas compter sur une augmentation des droits de scolarité pour renflouer les caisses, ces derniers ayant été gelés par le ministère.

Enfin, les questions budgétaires se poseront également dans le cadre de l'agenda social. Des premières mesures ont été annoncées début juillet, concernant notamment la mobilité des enseignants-chercheurs. Mais les discussions autour de la revalorisation salariale des personnels doivent se tenir à l'automne.

Sécurité : 30 Millions d'euros, est-ce assez ?

Dans ce contexte budgétaire complexe, les universités doivent également faire face à de nouvelles contraintes liées au risque attentat. Dès lors, comment financer les mesures destinées à renforcer la sécurité des campus ? Sur ce sujet délicat, le ministère a souhaité faire un geste en faveur des universités : 30 millions d'euros leur ont été réaffectés

Or, cet argent aurait dû normalement être versé au FIPHFP (Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique). La manœuvre budgétaire, pleinement assumée par la ministre, a suscité un vent de polémique.

Qui plus est, ces 30 millions suffiront-ils à mettre en place des mesures efficaces ? Sylvie Retailleau, présidente de l'université Paris-Sud, a fait le calcul. Selon les plans effectués par son service d'hygiène et de sécurité, assurer la sécurité des cinq sites de son université coûterait au minimum 800.000 euros par an. "Un campus comme celui d'Orsay est extrêmement ouvert. Il possède cinq entrées différentes, ce qui nécessite autant de vigiles...", détaille-t-elle.

Idex : dernier tour avant le PIA 3

Dernier chantier en cours, les Idex, la grande série à suspense de l'enseignement supérieur. Si le CGI (Commissariat général à l'investissement) est à la manoeuvre sur ce sujet, Thierry Mandon n'en est pas pour autant aux abonnés absents, à l'image de son intervention auprès des universités lilloises après leur échec à l'Idex.Lancés en 2009 avec le Programme des investissements d'avenir (PIA), ces appels à projets ont pour but de faire émerger, en France, une dizaine d'universités de rayonnement mondial.

Au fil des vagues successives de labellisation, les Idex ont été sujets de satisfaction et de fierté chez certains, mais aussi de tensions chez d'autres. En effet, la question du modèle universitaire privilégié par le jury international continue de faire débat, notamment du côté des partisans des structures "confédérales" et non fusionnées. Plusieurs fois attaqué, le jury, présidé par Jean-Marc Rapp, a toujours obtenu le soutien du commissaire général à l'investissement, Louis Schweitzer.

Conséquence directe des résultats Idex ? Des regroupements, à l'image de l'Université Paris-Sorbonne-Cité, réfléchissent de nouveau de façon active à la fusion de leurs universités. Recalée fin avril 2016 durant sa période probatoire, la Comue parisienne repart sur le front de la fusion avec pour objectif janvier 2019. En toile de fond : l'espoir d'une nouvelle labellisation Idex... 

Les prochaines échéances seront donc scrutées de près, d'autant plus que le PIA 3, annoncé en juin 2016, ne comporte pas pour le moment de volet Idex ou Isite. Les présélectionnées de la vague 2 du PIA 2 (universités de Lyon, Pau, Rennes, Nantes et Cergy-Pontoise auxquelles s'ajoutent Montpellier, Lille, Clermont-Auvergne et Paris-Est), ont jusqu'au mois de novembre pour déposer leur dossier. La sélection finale interviendra quant à elle en février 2017


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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