Universités : de nouvelles baisses dans les budgets ?

Camille Stromboni
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Amphithéâtre de licence - université du Havre - ©C.Stromboni mai2011
Amphithéâtre de licence - université du Havre - ©C.Stromboni mai2011 // ©  Camille Stromboni
Geneviève Fioraso préfère que les choses soient claires. Les déclarations de certaines “organisations” affirmant que des économies supplémentaires ont été demandées aux établissements d'enseignement supérieur sont “mensongères”. Une version que les présidents d'université nuancent.

“Différentes organisations font aujourd’hui état d’économies supplémentaires qui seraient demandées aux universités et aux autres établissements d’enseignement supérieur”, écrit Geneviève Fioraso dans un communiqué en date du 19 mars 2013.

La ministre fait notamment référence à l'UNEF, qui dénonçait le même jour une diminution des dotations, de “5 à 7 %”, découverte par les établissements début mars 2013, avec la réception du détail de leur budget, dont la somme globale avait été annoncée en décembre. “C’est la première fois depuis le début du mandat du président de la République que le gouvernement exige une contribution aux universités”, s'insurgeait le syndicat étudiant.

La ministre se défend d'avoir demandé des économies supplémentaires

Des déclarations “mensongères”, affirme la ministre, avant de dérouler sa démonstration. La masse salariale et le fonctionnement courant – qui constituent 99 % du budget d'un établissement – leur ont été notifiés fin décembre 2012, avec pour tous une augmentation comprise entre 1,5 % et 3 %, rappelle-t-elle d'abord dans son communiqué.

Elle reconnaît que cette augmentation a surtout permis aux établissements de s'acquitter de la hausse du taux de cotisation retraite, soit un supplément dont les établissements n'ont pu profiter concrètement. Mais “dans d'autres ministères, cette hausse de cotisations a dû être compensée par une réduction d'emplois”, insiste la ministre.

Une baisse de fonctionnement de 4 %... pas vraiment prévue

Seconde partie du développement : Geneviève Fioraso convient d'une baisse de la partie “fonctionnement” de 4 % en moyenne, au titre des économies exigées dans tous les ministères. “Au lieu du taux de 7 % appliqué dans toutes les administrations”, appuie-t-elle. “Ces chiffres sont connus de tous les acteurs depuis trois mois, affirme enfin la ministre, la CPU ayant même souligné la qualité et la transparence des documents remis.”

Une version quelque peu contredite par les universités. “Nous avons établi nos budgets fin 2012, et ils ont été votés sur une base où il n'y avait pas cette baisse de 4 %”, décrit Yvon Berland, à la tête de l'université d'Aix-Marseille.

Le président a reçu début mars une lettre lui notifiant cette ligne d'économie, au titre de la participation aux “efforts de redressement du pays”. Pour son université, cela représente environ 2,2 millions d'euros de moins sur la ligne de fonctionnement 2013, par rapport à 2012 [sur un budget de moins de 55 millions d'euros]. Le PU-PH, inquiet pour l'année à venir, soutient tout de même la démarche globale de “transparence” de la ministre.

“Il y a ceux qui peuvent encore faire des économies, les autres vont devoir réduire leurs activités”

Les 4 % de baisse de fonctionnement représentent dans l'ensemble des établissements environ 50 millions d'euros, évalue le président de la CPU (Conférence des présidents d'université), Jean-Loup Salzmann. “Nous sommes bien conscients que les temps sont durs, et que notre ministère s'en sort mieux que les autres. Nous aurions espéré un peu mieux”, relate le responsable, qui voit des injonctions contradictoires entre les ambitions fortes pour la réussite étudiante, l'enseignement supérieur, et le manque de moyens.

“Il faut sanctuariser le budget de l'enseignement supérieur et la recherche. Nous espérons que le gouvernement va se rendre compte qu'il faut vraiment investir pour l'avenir”, escompte-t-il, tout en soulignant que la non-compensation du GVT (Glissement-vieillesse-technicité) représente 50 millions d'euros également pour 2013.

Quelles conséquences ? “Il y a ceux qui peuvent encore faire des économies, les autres vont devoir réduire leurs activités, en fermant des formations à petits effectifs, ou même, quand cela n'est plus possible, en instaurant des capacités d'accueil limitées dans certaines premières années de licence... Cela ne correspond pas à notre mission de service public”, déplore-t-il.

“Nous stoppons l'appauvrissement des universités, dû à la loi LRU”

Quant aux 1.000 postes supplémentaires destinés à la réussite en licence et dont la ministre a rappelé l'importance, leur concrétisation immédiate est partie pour être limitée, étant donné les difficultés des universités et les nombreux gels de postes. “Si une université crée ces nouveaux postes réellement, elle se mettrait en très grande difficulté”, confie Vincent Jolys, DGS (directeur général des services) de l'université de Limoges.

“Nous stoppons d'abord la dégradation et l'appauvrissement des universités”, a reconnu la ministre en conférence de presse lundi 18 mars, appauvrissement qu'elle impute à la loi LRU et à sa mise en œuvre. “On ne peut pas résoudre tout d'un coup, mais peu à peu, nous aidons les universités à mieux gérer la situation.”

Dernier démenti qu'elle a tenu à apporter dans son argumentaire : le surgel appliqué sur les crédits du budget de l'État fin janvier “n'a affecté, en aucune manière, les dotations aux établissements d’enseignement supérieur, pas plus que les organismes de recherche, qui toucheront en 2013 l’intégralité des crédits qui leur ont été notifiés”. De la transparence faute de moyens…


Camille Stromboni | Publié le

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deuxtel.

Et je précise qu'il n'y a pas eu de retrait d'emploi en parallèle (au contraire)..; Alors ??

deuxtel.

Il est faux de dire que la LRU a dégradé la situation. Car pour ceux qui passaient aux compétences élargies il y avait 250 000 euros à la clef et par ailleurs les budgets de fonctionnement ont augmenté en moyenne de 27% pour toutes les universités entre 2008 et 2012. Alors qui ment?