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Universités et grandes écoles s'unissent pour attirer les étudiants étrangers

Laura Taillandier
Publié le
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Selon Campus France, la CPU, la CGE et la Cdefi, l'attractivité des établissements français passe aussi par un développement de la mobilité sortante des étudiants du pays. // ©  plainpicture/Millennium/Brian Law
Comment accroître l'attractivité de la France en matière d'enseignement supérieur et de recherche ? Dans une note commune publiée le 3 juillet 2017, Campus France, la CPU, la Cdefi et la CGE recensent six propositions visant à améliorer la situation française. Parmi les pistes proposées : le renforcement des bourses et une simplification des procédures administratives.

"Notre attractivité s'affaiblit." C'est le constat dressé par Campus France, la CGE (Conférence des grandes écoles), la Cdefi (Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs) et la CPU (Conférence des présidents d'université), dans une note commune dédiée au rayonnement international des établissements d'enseignement supérieur français.

Dans ce document, remis à la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation Frédérique Vidal, le 3 juillet 2017, à l'occasion des deuxièmes Rencontres de la recherche et de l'innovation organisées par Campus France, ces acteurs émettent six propositions visant à améliorer l'attractivité de la France.

Faire face à une concurrence exacerbée

"Nous n'avons pas de lacune particulière. Nous nous sommes beaucoup améliorés mais nous avons encore des nœuds à défaire progressivement", résume Thierry Valentin, directeur général adjoint de Campus France. En 2015, 235.000 étudiants internationaux étaient présents en France, dont 73 % dans les universités et 27 % dans les écoles, selon les chiffres de l'Unesco. La France est désormais à la quatrième place derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, et l'Australie, quant à l'accueil d'étudiants étrangers.

L'excellence ne suffit plus pour attirer les étudiants étrangers. Il faut une politique pour se faire connaître et améliorer notre accueil.
(J.-L. Nahel)

"Nous avons une bonne place mais la concurrence est forte", complète Jean-Luc Nahel, coordinateur des activités internationales à la CPU. "Aujourd'hui, nous comptons entre 5 et 6 millions d'étudiants en mobilité internationale. À l'horizon 2025, ils seront 20 millions. Tous les établissements se battent pour accueillir les meilleurs étudiants", détaille-t-il. "

Nous ne sommes plus dans la concurrence Europe/États-Unis. De nouveaux compétiteurs apparaissent : il y a dix ans, la Chine n'était pas encore référencée comme pays d'accueil", ajoute-t-il. Selon lui, "l'excellence ne suffit plus pour attirer les étudiants étrangers. Il faut une politique pour se faire connaître et améliorer notre accueil."

"Entrer en résonance avec l'appel du président"

Avec ces six propositions, "l'idée est de lancer une stratégie. De poser les bases d'une discussion en début de quinquennat pour avoir le temps des arbitrages et de l'action. C'est le bon moment, observe Thierry Valentin. On entre en résonance avec l'appel du président de la République qui créé une visibilité globale du pays."

Début juin, Emmanuel Macron lançait une invitation à destination des chercheurs américains menacés par la politique climatosceptique du président Donald Trump. Un site Internet, intitulé "Make our planet great again" porte l'initiative. "Que ce soit en Chine, en Inde ou au Brésil, les chercheurs ont entendu parler de cet appel alors qu'ils n'étaient pas les destinataires initiaux du message", souligne Thierry Valentin.

En ouverture des Rencontres de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal confirme le succès de l'opération : "Plus de 3.000 réponses sont en cours d'analyse. C'est un chiffre bien au-delà de nos attentes." "Mais ce programme d'accueil géré par le CNRS ne pourra pas répondre à toutes les demandes. L'Allemagne souhaite d'ores et déjà s'y joindre", expose-t-elle. Pour le directeur adjoint de Campus France, cet appel va permettre "à terme, d'amener d'excellents chercheurs étrangers aux côtés des chercheurs français. Ce sont des profils intéressants. Ces arrivées vont vivifier et internationaliser les équipes."

Simplifier les processus administratifs

"Il y a trois priorités pour améliorer l'attractivité des établissements français : mieux communiquer, renforcer les bourses et simplifier l'accueil et le séjour des étudiants", pointe Thierry Valentin. Dans leur note commune, Campus France et les trois conférences proposent en effet d'engager "une bataille de communication en développant un marketing de la destination France". "Des moyens fléchés seront nécessaires", alertent ces acteurs, qui plaident également pour une "simplification des processus de candidature" et du séjour en France des étudiants et jeunes chercheurs étrangers.

Un appel entendu par la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, qui proposera "aux autres ministères un travail pour lever les obstacles administratifs aux mobilités entrantes et sortantes". Interrogée sur cette simplification, Frédérique Vidal précise : "Il s'agit par exemple de sécuriser l'accueil dans les laboratoires des étudiants qui sont boursiers dans leur pays." "Il y a également un travail à faire sur les visas de circulation pour les docteurs, pour faciliter les allers et retours en France", renchérit Thierry Valentin.

Campus France, agence nationale de la mobilité sortante ?

Campus France, la CPU, la CGE et la Cdefi souhaitent aussi un "renforcement des bourses du gouvernement français", "divisées par deux en 12 ans". "Nous préconisons un retour des moyens à un niveau égal à celui de 2004", soit 133 millions, écrivent-ils. "Il faut travailler sur le nombre de bourses", insiste Jean-Luc Nahel. "À titre d'illustration, la France offre sept bourses en Ethiopie quand l'Allemagne en propose 500", relève-t-il.

Dans cinq ans, 60 % des étudiants français doivent avoir fait un séjour à l'étranger.
(J.-L. Nahel)

Mais cette mobilisation sur l'attractivité de la France doit aussi, selon eux, se traduire par une amélioration de la mobilité sortante des étudiants français. "Plus de 80 % des élèves en écoles d'ingénieurs connaissent cette expérience internationale contre environ 25 % des étudiants à l'université. Il faut considérablement améliorer ce pourcentage pour arriver, dans cinq ans, à 60 % d'étudiants ayant effectué un séjour à l'étranger", table Jean-Luc Nahel.

Une mobilité sortante, qui, selon Campus France, doit nécessairement se structurer. "Il n'y a pas de dispositif national pour piloter ces échanges aux côtés d'Erasmus + ou des collectivités", argumente Thierry Valentin. Une mission que Campus France souhaiterait prendre en charge.

Les six propositions pour accroître l'attractivité des établissements français
Campus France, la CPU, la CGE et la Cdefi plaident pour :

- le renforcement des bourses du gouvernement français
- une campagne de communication
- une augmentation des moyens alloués aux établissements pour l'accueil des étudiants et chercheurs étrangers
- une simplification des processus de candidature et le développement de formations innovantes
- une simplification du séjour des étudiants et jeunes chercheurs étrangers
- le développement de la mobilité sortante des étudiants français.

Laura Taillandier | Publié le

Vos commentaires (4)

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Jo.

Alors on a pas de place pour caser tous les étudiants français qui s'entassent dans des amphis mais on cherche à en attirer plus !? Faisons les choses dans l'ordre. Quant aux mobilités, cest fait pour faire beau sur la brochure de l'école mais il est clair que les obstacles administratifs sont considérables. A commencer par trouver la même formation sur laquelle certaines ecoles sont très regardantes (a croire que si on change un module ca va changer notre vie future).

Dewarg.

On s'ensure chez Educpros ... bon à savoir !

EducPros.

Bonjour, nous avons eu un bug, supprimant ainsi un certain nombre de commentaires... Nous faisons notre maximum pour les récupérer au plus vite. Bien à vous.

Dewarg.

Encore bien parti pour rigidifier le système, "l'administrer" encore plus en retirant le peu de moyens existants à ceux qui le vivent' c'est à dire les universités ... Stop à l'administration sans cesse grandissante qui coûte cher et qui étouffe l'enseignement supérieur et la recherche. Stop aux 10 années de restructuration inefficace, qui épuise les équipes, qui font chuter la recherche de nos universités, écoles ... dans les classements tous les ans...l'ESR n'a besoin que d'un peu plus de moyens.

Robert Sestructurer.

Je n'ai pas compris la dernière partie sur la mobilité sortante qui doit nécessairement "se structurer". On commence par parler % de mobilité sortante à l'université, donc on parle de masse (M ou L3), pas de quelques doctorants. Quels sont les enjeux et problèmes pour ces étudiants ? Quels sont les problèmes que Campus France veut résoudre, qui sinon sont difficiles à résoudre ? Que signifie ici "structurer" et pourquoi est-ce utile ? Sinon, on va avoir l'impression que Campus France essaie d'être au service de Campus France sur une position d'intermédiation superflue (et éventuellement rémunérée....).

Robert Sestructurer.

pourquoi un "dispositif national" pour piloter ces échanges ? Campus France devrait aider les universités à monter des échanges ? Mais on parle ici de "pilotage", pas d' "assistance". Campus France va mettre des contraintes sur les collaborations des établissements ? Va assurer un suivi "avec garanti" (prestation vendue aux universités émettrices) sur site de l'accueil des étudiants français ?