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Universités : quel enseignement pour les sciences économiques ?

Isabelle Dautresme
Publié le
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Un enseignement de l’économie plus ouvert sur les autres sciences sociales. C’est ce que préconise Pierre-Cyrille Hautcœur dans un rapport sur “L’avenir des sciences économiques à l’université” remis le 5 juin 2014 à Geneviève Fioraso. Le président de l’EHESS propose à la secrétaire d’Etat en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche une vingtaine de mesures concrètes en réponse aux vives critiques dont cet enseignement fait l’objet.


"Alors que la recherche en économie a profondément évolué au cours des dernières décennies, il n’en a pas été de même des enseignements". Le rapport de Pierre-Cyrille Hautcœur sur "l'avenir des sciences économiques à l’université" est sévère. Mais se veut constructif : pour répondre aux critiques dont les sciences économiques font l’objet, il propose une vingtaine de mesures concrètes qui vont de la formation à la recherche, en passant par la carrière des enseignants-chercheurs.

Un enseignement pour mieux comprendre le monde contemporain

Partant du constat que "la formation en économie est trop théorique et formalisée", le rapport Hautcœur préconise de renforcer le caractère pluridisciplinaire du premier cycle de licence. "La spécialisation ne devant intervenir que progressivement".

Plus question, non plus, d’accorder une place prédominante aux approches techniques et mathématiques. "L’enseignement devra être davantage tourné vers la compréhension des faits et des institutions économiques, en accordant une place plus large à l’histoire, aux faits et au fonctionnement des institutions", peut-on lire dans le rapport. L’objectif ? Permettre aux étudiants de prendre du recul et favoriser leur insertion sur le marché du travail.  

innover dans la recherche comme dans l'enseignement

Jugeant les incitations à innover et à développer des projets de long terme insuffisantes, le rapport insiste sur la nécessité de "sortir de l’obsession des classements et de renoncer à l’idée d’une hiérarchisation unique et mono-disciplinaire  des revues et des productions scientifiques". Ce qui devrait faciliter "la prise de risque et encourager les projets d’études en prise directe avec les questions sociales et politiques."

Concernant le volet enseignants-chercheurs, le rapport recommande une revalorisation de leurs salaires ainsi que des décharges temporaires de service, "de façon à les inciter à l’innovation pédagogique".  Les professeurs devraient, en outre, être recrutés sans avoir nécessairement besoin de passer par le concours d’agrégation, à l’instar de ce qui se fait dans la majorité des disciplines.

mieux informer les jeunes

Enfin, pour pallier le manque d’informations sur les débouchés et carrières de la filière sciences économiques (très souvent associée au droit-économie-gestion), le président de l’EHESS suggère de rendre obligatoire "la publication des statistiques sur les parcours et les débouchés des étudiants et sur les carrières des enseignants-chercheurs".

Un rapport bien accueilli par les étudiants

Le rapport Hautcœur a de quoi satisfaire les tenants d’un enseignement de l’économie plus ouvert et pluraliste. Au premier rang desquels, le collectif d’étudiants Peps-économie (pour un enseignement pluraliste de l’économie dans le supérieur) qui a relayé, en France, l’appel lancé le 5 mai 2014 par 42 associations d’étudiants de 19 pays pour une économie pluraliste. "Nous avons l’impression d’avoir été entendus", se réjouit Laurène Tran, membre du Peps.

Pas question pour autant de baisser la garde : "Nous resterons vigilants sur l’application des mesures" prévient en effet la jeune femme. Or, en l’espèce, rien n’est moins sûr. En atteste le rapport de Jean Paul Fitoussi qui, il y a plus de 13 ans, faisait déjà ce même constat sans que rien ne change ! La balle est désormais dans le camp de Benoît Hamon.


Isabelle Dautresme | Publié le

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