Vincent Berger (rapporteur des Assises) : "La correction de la loi LRU devra être une priorité dans la rédaction du texte à venir"

Propos recueillis par Camille Stromboni
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Vincent Berger (rapporteur des Assises)
Vincent Berger (rapporteur des Assises)
Vincent Berger, rapporteur du comité de pilotage des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, a remis son rapport final au président de la République lundi 17 décembre 2012. Il donne son point de vue sur les priorités de la future loi d'orientation.

En quoi ce texte se différencie-t-il des 121 propositions initiales des Assises nationales ?

Finalement, les 121 propositions constituaient une forme de brouillon sur lequel nous avons fait réagir la communauté, souvent avec plusieurs scenarii proposés. Cela nous a permis d'affiner, de préciser et de clarifier nos propositions, en les rendant plus matures.

Ce rapport représente six mois de travail, avec plus de 13.000 contributions, 20.000 participants, ou encore 100 auditions. Il s'agit d'une caisse de résonance de ce que pense l'ensemble des acteurs concernés par l'enseignement supérieur et la recherche. C'est pourquoi il est fort et légitime.

Vous avez rendu 135 propositions au président. Quelle devra-t-être la priorité de la future loi d'orientation de l'enseignement supérieur et de la recherche ?

La correction de la loi LRU devra être une priorité dans la rédaction du texte à venir. En assurant les principes de collégialité et de démocratie dans les universités. C'est un sujet très attendu par la communauté universitaire. La question des grandes universités, avec la transformation des PRES et des IDEX, est également centrale.

Le budget n'apparaît pas forcément comme une priorité dans le rapport… Vos propositions sont-elles réalisables en cette période de contraintes budgétaires ?

Le budget est évidemment une question cruciale. Nous n'avons cessé d'affirmer l'importance des moyens des universités et des organismes. L'enseignement supérieur et la recherche sont des investissements pour l'avenir de la Nation.

Concernant la "soutenabilité" financière du rapport : elle dépendra évidemment de la situation économique du pays, et de la part investie dans notre secteur. Nous n'ignorons pas non plus les difficultés des autres secteurs du service public. Il faut néanmoins préciser qu'il s'agit d'un programme pour l'enseignement supérieur et la recherche pour les années qui viennent. Il ne pourra donc être immédiatement applicable, et tout ne sera pas dans la loi.

Sujet controversé, le rôle de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) ne figure pas dans les propositions…

Concernant l'AERES, la communauté reste en effet très divisée, et notre rôle est de transmettre l'opinion des acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche. L'évaluation est un sujet difficile, d'autant plus à propos de la recherche, qui constitue la pointe de la connaissance, et donc que très peu de personnes, à chaque fois, peuvent juger.

Nous nous engageons en tout cas sur le constat que le système actuel d'évaluation ne convient pas et qu'il faut le réformer. Nous affirmons également de manière volontariste qu'il faut évaluer l'enseignement, et non plus seulement la recherche comme c'est le cas aujourd'hui dans la carrière d'un enseignant-chercheur.

Concernant les propositions sur la gouvernance des universités, on peut voir une certaine défiance envers le pouvoir des présidents…

L'impeachment (proposition n°94) ou la place importante des vice-présidents CS (conseil scientifique) et CEVU (conseil des études et de la vie étudiante) que nous proposons constituent des mécanismes qui existent dans les grandes démocraties.

Le problème ne réside pas dans le fait que les présidents d'université auraient abusé de leurs pouvoirs, mais plutôt au coeur de la loi LRU, qui contient la possibilité de tels abus. Il n'y a donc pas défiance envers les présidents actuels, mais cela ne convient pas au fonctionnement universitaire.

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