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Montpellier : la responsabilité du doyen établie, la mise en cause du président passe mal

Guillaume Mollaret
Publié le
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Université de Montpellier - Faculté de droit
Université de Montpellier - Faculté de droit // ©  David Richard/Transit/Picturetank pour l'Université de Montpellier
L'IGAENR a rendu ses conclusions sur la gestion de l'évacuation violente d'un amphithéâtre de l'UFR de droit de l'université de Montpellier occupé par des étudiants opposés à la loi ORE. Les responsabilités du doyen et d'un enseignant sont engagées. Celle du président de l'établissement est pointée pour avoir accordé un amphithéâtre à des syndicats.

Un constat sans appel. Dans son rapport, rendu public lundi 28 mai 2018 après deux mois d'enquête, sur l'évacuation violente d'un amphithéâtre de l'UFR de droit et de science politique à l'université de Montpellier dans la nuit du 22 au 23 mars 2018, l'IGAENR démontre clairement les responsabilités du doyen de la faculté de Droit Philippe Pétel (dénommé M. X dans le rapport) et du professeur des universités, Jean-Luc Coronel de Boissezon, (M. Y).

Ils étaient mis en cause dans les heurts ayant conduit à l'expulsion, à coups de bâtons, d'étudiants principalement issus des rangs de l'université Montpellier 3-Paul-Valéry – l'autre établissement montpelliérain –, lors de cette soirée où se tenait une réunion d'information contre la réforme de l'entrée à l'université.

"Il ressort des auditions menées que la responsabilité de M. X, en donnant l’ordre de libérer le passage, d’ouvrir le portillon d’accès du parking et en effectuant plusieurs allées et venues entre le parking et le hall s’avère pleinement engagée dans l’intrusion du commando cagoulé. Il ressort de ces mêmes auditions que la responsabilité de M. Y est également engagée, en accueillant le commando sur le parking et en participant à l’expulsion violente des personnes, en majorité des étudiants, qui occupaient l’amphithéâtre", concluent les inspecteurs, Françoise Boutet-Weiss et Didier Lacroix, dans leur rapport.

Une clarification nécessaire

Nommés quelques jours après les faits, les inspecteurs de l'IGAENR avaient pour mission de rendre rapidement leurs conclusions, celles-ci mettant également en exergue le "caractère illégal" de l'occupation de l'université. Provoquant une vive émotion, cet épisode de violence avait conduit le président de l'établissement, Philippe Augé, à le fermer pour quelques jours.

La semaine suivante, des cars de CRS ont été positionnés aux abords de la faculté de droit. Les entrées étant filtrées par une société de sécurité, étudiants, enseignants et personnels administratifs devaient montrer leur carte professionnelle et carte d'étudiant pour pénétrer l'établissement, concourant à un climat de tension autour de cette université de centre-ville.

"Nous avons vécu une situation profondément déstabilisante. Le rapport a le mérite de clarifier les choses. J'ai tout de même du mal à admettre que le doyen ait pu se mettre dans une telle situation. C'est d'une incroyable imprudence… Pour un professionnel du droit, c'est extrêmement regrettable", avance un cadre administratif sous couvert d'anonymat.

Un doyen suspendu par la ministre, ce n'est pas rien. Les équipes ont été choquées.
(Un membre du personnel administratif de l'université de Montpellier)

"C'est un homme influençable, il s'est sans doute laissé griser par la situation et elle lui a échappé", glisse, acerbe, un enseignant-chercheur, qui se dit "désespéré par l'image désastreuse donnée à l'extérieur par l'université." D'un point de vue opérationnel, les équipes administratives de droit auraient également été affectées.

"Un doyen suspendu par la ministre, ce n'est pas rien. Les équipes ont été choquées… Malgré tout, il a bien fallu préparer les examens de fin d'année et la rentrée prochaine", lance une autre membre du personnel administratif de l'université.

Côté syndicat étudiant, le président de l'UNI de Montpellier, Baptiste Vangrevelynghe, étudiant en L3 de science politique, déclare : "Le rapport confirme que le doyen a mal géré cette crise. Il aurait dû empêcher des individus extérieurs de pénétrer dans la fac. Nous notons aussi que la responsabilité de certains syndicats est pointée… Ceux-ci auraient dû assurer la sécurité de leur manifestation, qui a débordé sur les horaires initialement autorisés."

La mise en cause du président passe mal

De son côté, un enseignant "trouve fort de café" que Philippe Augé soit mis en cause pour avoir donné accès à un amphithéâtre aux syndicats FSU et Solidaires étudiant-e-s. "On pointe la responsabilité du doyen et d'un enseignant, puis on la dilue en leur accordant des circonstances atténuantes parce que le président aurait accordé une salle, enfin, on accuse les syndicats de faire déraper une réunion d'information en AG… En lisant certains passages, on en viendrait presque à plaindre le pauvre doyen Pétel", ironise-t-il.

Des lignes du rapport qui font également vivement réagir Sandrine Michel, responsable Snesup-FSU à l'université de Montpellier pour la faculté de droit et d'économie : "Nous n'avons rien à reprocher à l'attitude du président dans cette affaire. C'est parfaitement loufoque. Si Philippe Augé nous avait refusé la salle, nous aurions attaqué sa décision au tribunal administratif et il aurait perdu. Cela aurait constitué une violation du droit syndical. En ce qui concerne ces réunions et leurs participants, elles sont ouvertes et n'ont pas vocation à faire l'objet d'un filtrage. D'autre part, si nous apprécions que la responsabilité du doyen soit clairement établie, elle demeure, dans ce rapport, entourée de précautions douteuses."

Si Philippe Augé nous avait refusé la salle, cela aurait constitué une violation du droit syndical.
(S. Michel)

Et la représentante syndicale d'enfoncer le clou : "Par ailleurs, il transpire de certains passages une forme d'adhésion à cette idée que les syndicats sont une organisation dangereuse."

Philippe Augé aurait-il fait preuve de "permissivité" ? Le président s'en défend : "Ce type de demandes est courant au sein des universités. Rien ne me permettait de refuser des demandes d'occupation de salles émanant d'organisations syndicales de personnels, au risque de me voir alors accuser d'entrave à la liberté syndicale. Jusqu'alors, aucune de ces réunions n'avait connu de débordement."

Sur le plan judiciaire, Philippe Pétel demeure, depuis le 29 mars 2018, mis en examen pour "pour complicité d’intrusion" tandis que Jean-Luc Coronel de Boissezon est poursuivi "pour complicité d’intrusion et violence en récidive".


Guillaume Mollaret | Publié le

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