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Wise : la vitrine "éducation" du Qatar

Marie-Anne Nourry
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WISE (World innovation summit for education) 2014
WISE (World innovation summit for education) 2014 // ©  Marie-Anne Nourry

La sixième édition du Wise (World innovation summit for education) vient de s’achever à Doha. Des spécialistes de l’éducation étaient venus du monde entier pour débattre autour du thème de la créativité, du 4 au 6 novembre 2014. Retour sur un événement qui a réussi, malgré des zones d'ombre, à s’imposer comme une référence dans le domaine de l’éducation.

À Doha, on débarque dans un monde en construction. Les routes sont bordées de chantiers et des grues obstruent le ciel. Il faut s’armer de patience pour rejoindre le lieu qui abrite le Wise (World innovation summit for education), du 4 au 6 novembre 2014, car la circulation est constamment saturée. C’est l’occasion pour les participants de nouer les premiers contacts.

La température extérieure dépasse les 35 degrés mais l’air est glacial dans le spectaculaire centre de convention du Qatar, où même l’araignée géante de Louise Bourgeois a posé ses pattes. Dans le théâtre, si grand que les 1.500 personnes présentes peinent à le remplir, le sommet s’ouvre sous l'altier patronage de Sheikha Moza bint Nasser, initiatrice de l’événement. La vidéo de présentation donne le ton. On y voit une palette de personnalités définir la créativité, grande thématique de cette nouvelle édition, de Ken Robinson à la colombienne Vicky Colbert, gagnante du prix Wise en 2013.

 La créativité, un enjeu mondial

Durant les trois jours, seront ainsi abordés pêle-mêle la pensée critique, la capacité à travailler ensemble, à entreprendre ou encore le rôle de l’enseignant. Le tout décrypté par des experts de l’éducation venus du monde entier, avec une forte représentation des États-Unis et du Royaume-Uni.  A contrario, la France qui comptait 17 représentants parmi les intervenants en 2011, n’en a qu’un cette année : Jack Lang, "speaker" pour la cérémonie de clôture, en sa qualité d'ancien ministre de l'Éducation et d'actuel président de l'Institut du monde arabe. Étonnant quand on sait que l'événement est organisé par une agence française, Auditoire, filiale de TBWA.

Wise 2014 - M-A Nourry"Ce qui est important, ce n’est pas ce que vous savez, mais ce que vous pouvez faire de ce que vous savez, scande Tony Wagner, expert en innovation à Harvard. Dans le temps, on ne pouvait pas être recruté par Google si on ne venait pas des meilleures écoles, mais aujourd’hui ce sont des jeunes faisant preuve de créativité face à des problématiques compliquées qui sont recherchés." Cet Américain est l’auteur à succès de "Creating innovators".

Tout aussi charismatique, l’anglais Paul Collard, à la tête de l’organisation internationale "Creativy, culture and education", arpente la scène du théâtre : "Pour remotiver les élèves, il faut que l’éducation soit une expérience intéressante intrinsèquement, pas juste qu’elle vise à trouver un travail." Les problématiques soulevées ici ont été maintes fois étudiées, mais force est de constater qu’elles font aussi écho aux préoccupations des éducateurs asiatiques ou africains. "Le respect pour l’enseignant que les élèves avaient à l’époque de mon père s’est perdu", témoigne ainsi un universitaire saoudien.

En parallèle des conférences et des débats, le laboratoire créatif accueille les participants qui peuvent discuter de manière informelle autour d'un atelier Légo ou lors d'une initiation à la programmation. Car en vérité, le réseau est pour beaucoup la raison d'un déplacement souvent long et épuisant, comme en témoigne cette quinquagénaire sud-Africaine venue spécialement pour faire connaître son action, qui consiste à apprendre aux enfants à gérer leurs émotions en jouant aux échecs. "J'ai dormi deux heures cette nuit mais c'est une occasion en or de faire des rencontres", confie-t-elle.

Wise, un outil d'influence

Wise 2014 - M-A Nourry

Wise est un outil assumé de soft-power pour le Qatar. L’éducation constitue un axe stratégique pour ce petit pays qui veut assurer sa pérennité en devenant un jour indépendant de la rente pétrolière, et passer ainsi de l'économie des hydrocarbures à l'économie de la connaissance.

Si le budget de cette fastueuse opération reste un secret bien gardé - "de l'ordre de plusieurs millions d'euros" sait-on seulement -, la richissime Qatar Foundation semble ne pas compter pour organiser le sommet. Elle a ainsi entièrement financé le déplacement de 400 personnes "qui n’auraient pas pu venir autrement". Se faire une place au soleil de la connaissance n'a pas de prix... 

Une Education City en construction
La formation de cadres est un enjeu pour le petit État, dont une grande partie de l'économie est dirigée par des cadres étrangers. Dans cette perspective, la Qatar Foundation a créé Education City, un campus regroupant huit universités "partenaires", choisies stratégiquement pour répondre au mieux à tous les besoins de formation.

HEC a ainsi été sélectionnée pour la formation des cadres, aux côtés de Cornell, Georgetown ou encore de University College London. La Qatar Foundation s’est fixé comme objectif d’accueillir à terme 10.000 étudiants sur ce campus. Pour l’instant, ils sont 2.500, dont environ 40 % de qataris, à se partager des locaux démesurés et très loin d’être achevés... ce qui pourrait décevoir les étudiants étrangers que le pays espère séduire.
Le prix Wise décerné à Ann Cotton
C’est de nouveau une femme qui a remporté le prix Wise pour l’éducation. La britannique Ann Cotton a reçu la dotation de 500.000 dollars pour l’ONG Camfed (Campaign for Female Education), qu’elle a fondée en 1993. Son but est de permettre à des jeunes filles en Afrique subsaharienne de bénéficier de programmes éducatifs, en leur apportant un soutien financier et social, de l’école jusqu’à l’âge adulte.

Cinq personnalités composent le jury 2014 : Monique Canto-Sperber, anciennement présidente de Paris Sciences et Lettres et directrice de l’École normale supérieure, y siège aux côtés de Julia Gillard (ancienne Première ministre d’Australie), de Michèle Pierre-Louis (ancienne Première ministre d’Haïti), d’Androulla Vassiliou (commissaire européenne chargée de l’éducation) et de Zhou Qifeng (ancien président de l’université de Pékin).

Marie-Anne Nourry | Publié le

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