Comment mesurer la réussite en licence ?

M.Oui
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Le campus de Lyon 1 // © Université Claude Bernard - Lyon 1
Le campus de Lyon 1 // © Université Claude Bernard - Lyon 1 // ©  Université Claude Bernard - Lyon 1
Derrière les critiques récurrentes sur le plan "réussite en licence", se pose la difficulté de trouver les bons critères d’évaluation et la nécessaire prise en compte de l’évolution des profils de bacheliers arrivant à la fac.

Septembre 2012, conférence de presse de rentrée au ministère de l'Enseignement supérieur. Geneviève Fioraso dresse un bilan négatif et sans appel du plan réussite en licence, lancé par Valérie Pécresse en 2007 et destiné à réduire l'échec en première année de licence. Non seulement le plan n'a pas eu d'effets, insiste la ministre, mais les résultats ont même régressé avec un recul de cinq points du taux d'obtention de la licence en trois ans, entre 2006 et 2011 (passée de 38,7% à 33,8%).

Bilan mitigé du plan...

Ce bilan mitigé du plan Réussite en licence n'est pas vraiment une révélation. Plusieurs analyses avaient déjà dressé ce constat, notamment, le bilan de l'IGAENR (octobre 2010)  ou plus récemment, le rapport annuel de la Cour des comptes (février 2012). Les critiques sont connues : grande diversité des mesures prises par les universités et de leur application, manque de pilotage ministériel et de suivi des établissements... Surtout, l'absence de critères d'évaluation précis fixés dès le départ par le plan expliquerait ainsi la difficulté d'en dresser un véritable bilan.

... ou critères peu adaptés

Selon Nicole Nicolas, chargée de mission à la CPU, retenir pour seul critère, le taux de réussite en licence, pose problème. "Les jeunes qui quittent l'université en cours ou en fin de L1 pour rejoindre une autre formation comme un BTS ne sont forcément pas en échec" mais pourtant comptabilisés comme tels dans les taux de réussite en licence. La prise en compte de ces décrocheurs de l'université, ayant néanmoins rebondi dans le supérieur, serait nécessaire pour une évaluation plus fine des dispositifs du plan. Comme le note les auteurs du rapport de la cour des comptes, "la mesure de 'l'évaporation' des étudiants en première année de licence reste encore approximative, et ne prend pas bien en compte le fait qu'elle n'est pas obligatoirement synonyme d'échec." Autre critique pour Stéphanie Grayot-Dirx, vice-présidente de l'université de Bourgogne, "l'étude des taux bruts de réussite n'est pas satisfaisante ; il faut tenir compte des modifications touchant la structure de la population étudiante ces dernières années."

De plus en plus de bacheliers technologiques en L1

De fait, avec la réforme du bac professionnel, la part des bacs pros inscrits à l'université est en progression, passant de 5,7 % à 7,8 % entre 2007 et 2011 (Repères et références statistiques 2008-2012). Dans le même temps, la part des bacs technologiques a également progressé : de 20 à 22% (pour les STG), de 6,7 à 8,5% pour les STI, quand celles des bacheliers généraux recule de 55,6% à 52,1%. Certains voient dans cette évolution une difficulté de plus à prendre en compte dans la mesure de la réussite. Pour Sophie Morlaix, chercheuse à l'IREDU (université de Bourgogne), le plan aurait eu le mérite de limiter la casse. "Compte-tenu de l'évolution de la population étudiante, et de l'accroissement de bacheliers non généraux aux résultats plus médiocres, ces résultats auraient pu être pires" estimait t-elle dans une interview à Educpros.fr.

Les jeunes qui quittent l'université en cours ou en fin de L1 pour rejoindre une autre formation comme un BTS ne sont forcément pas en échec

Décrochage limité mais pas de miracle

Les dispositifs qui fonctionnent existent, c'est le cas des parcours aménagés à destination de bacs technologiques proposés par Lille 1 (cf article 2) ou la formule Transver'sup mis en place par l'université d'Angers (cf. article 3). Le principe est un accompagnement personnalisé d'un petit groupe d'étudiants, une sorte de formule transitoire entre le lycée et l'université qui profitent souvent plus aux filles qu'aux garçons. Ceci-dit, si ces formules adoucissent le passage entre le secondaire et le supérieur, elles ne font pas de miracle. "On constate moins d'ajournement ou de défaillance" observe Stéphanie Grayot-Dirx, vice-présidente de l'université de Bourgogne. "Si le décrochage diminue, les résultats de ces étudiants restent problématiques" poursuit Stéphanie Grayot-Dirx. Le même constat est observé par exemple à l'université de Lille, à travers les étudiants du parcours aménagé, souvent des solutions de réorientation en dehors de l'université sont à envisager. Des formules adaptées à de petits effectifs qui posent en outre la question de leur généralisation...

L'inconnue des moyens
Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, le plan a coûté 730 M€ sur cinq ans. Plusieurs rapports dont celui de l'IGAENR ont souligné la difficulté à identifier précisément l'utilisation des crédits, une partie ayant même été utilisée pour des actions sans rapport direct avec la "réussite en licence".

Au final, et comme le constatait l'IGAENR dès juillet 2010, "la traçabilité des crédits du PRL présente de graves lacunes". Avec la fin du financement en 2012, pour les universités, la question est désormais posée de la pérennité des actions mises en place. Question problématique dans un contexte budgétaire tendu et alourdie par le nouvel arrêté licence du 1er aout 2011 qui fixe à 1.500 heures le volume des nouvelles maquettes.

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