Rodolphe Durand (HEC) : “J’ai toujours transmis mon savoir-faire aux doctorants”

Baptiste Legout
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À HEC, la règle est simple : les chercheurs qui ne publient pas dans les revues de rang 1 ne sont pas titularisés. Loin de s’en plaindre, Rodolphe Durand excelle dans l’exercice.

Rodolphe Durand - HECRodolphe Durand, professeur de stratégie à HEC

“La caractéristique de mon parcours est qu’il est ancré dans une éducation très française, dans ce qu’elle a de meilleur”, témoigne Rodolphe Durand, professeur de stratégie à HEC, quand on l’interroge sur son expérience. Avec une vingtaine d’articles rang 1 ou 1* en 15 ans, Rodolphe Durand a participé à l’explosion de la recherche de son établissement. Docteur de la grande école en management et diplômé de la Sorbonne en philosophie, le chercheur a commencé sa carrière aux États-Unis à des postes d’assistant avant de rentrer en France et d’être recruté par l’établissement qui l’avait formé.

Fort de son expérience américaine, il a vécu sans heurts la transition entre un monde qui accordait peu d’importance aux publications internationales et celui, plus actuel, qui leur réserve une place centrale. “Aujourd’hui, je dois être le deuxième plus ancien du département”, assure-t-il, avant de rebondir sur sa manière de travailler. “Malgré les enjeux en matière de production d’articles, j’ai toujours gardé un grand intérêt pour une approche humaniste de l’orgologie.”

L’orgologie, terme dont le chercheur est à l’origine, se définit comme une science des organisations, dont l’application directe serait le management. “Dans mon cas, j’essaie de mieux comprendre les sources d’avantages concurrentiels des organisations. J’étudie souvent des industries où les normes de comportement sont assez fortes, notamment les industries culturelles, la gastronomie, le cinéma ou récemment les orchestres symphoniques.”

Mon parcours est ancré dans une éducation très française.

Et si Rodolphe Durand gagne très bien sa vie – l’école a mis en place un système d’incitation à la publication permettant d’obtenir des salaires proches de ce qui est pratiqué au niveau international, de l’ordre de 100.000 à 200.000 € –, sa plus grande motivation reste la formation des jeunes chercheurs. “J’ai toujours transmis mon savoir-faire à mes doctorants. Participer à leur formation et les envoyer dans les meilleures universités du monde est ce qui m’intéresse dans le projet d’HEC.”

Pierre Dussauge - HECPierre Dussauge, doyen de la Faculté et de la Recherche d'HEC

“C'est un petit monde, on se voit aux conférences et aux colloques. Le retour de Rodolphe Durand à HEC après y avoir réalisé son doctorat est une idée qui a mûri progressivement.” Quand Pierre Dussauge, directeur de la recherche de son établissement depuis 2011, parle du recrutement de Rodolphe Durand, c'est de toute la stratégie de formation des chercheurs par HEC dont il est en fait question.

Après leur doctorat, les jeunes professeurs sont invités à faire leurs gammes dans des établissements prestigieux tels le MIT ou Harvard. Le directeur de la recherche est catégorique : “On ne recrute pas nos propres docteurs à la sortie du diplôme.” Même s'il arrive que certains, comme Rodolphe Durand, reviennent à la maison après avoir fait carrière ailleurs.

Une personne n'ayant pas publié assez dans les sept premières années ne reste pas.

Mais enseigner à HEC n'en reste pas moins réservé à une élite. L'école ne prend en compte dans ses évaluations que des articles de rang 1 ou 1*. Et pour être titularisé, il faut atteindre un certain volume d'articles, détaille sévèrement le doyen de la faculté : “Une personne n'ayant pas publié assez dans les sept premières années ne reste pas.”

Si l'école assume sa volonté d'être reconnue par ses pairs et dans la profession au plus haut niveau, elle sait aussi se donner les moyens de ses ambitions, comme nous l'explique son doyen : “HEC est une des écoles avec les obligations en heures de cours les plus faibles, entre 100 et 150 heures pour un profil normal. Le gros des moyens en matière de recherche, c'est d'avoir accepté d'y consacrer une part importante du temps des professeurs.” Une stratégie qui paie dans les rankings.


Baptiste Legout | Publié le