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À Montpellier, le centre spatial universitaire met en orbite étudiants et entreprises

Guillaume Mollaret
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Centre spatial européen, étudiant devant satellite 3D
Dans le Centre universitaire spatial de Montpellier-Nîmes, jusqu'à 50 étudiants-stagiaires s'activent dans les salles de travail. // ©  Guillaume Mollaret
Inauguré en 2013, le premier centre spatial universitaire est porté par l'université de Montpellier. Cette plate-forme technologique accueille étudiants et entreprises, qui imaginent ensemble les nanosatellites de demain. Visite des lieux, à l'occasion du Salon international du Bourget, qui se tient jusqu'au 25 juin 2017.

C'est un cube de trois fois dix centimètres à peine, pesant tout au plus 1,3 kilo. Tenant dans une main, ce nanosatellite va s'envoler, vendredi 23 juin à 5 h 50, heure française, depuis le pas de tir de Satish Dhawan, en Inde. Conçu par des étudiants du CSU (centre spatial universitaire) de Montpellier-Nîmes, ce satellite baptisé Robusta 1-B servira, le temps de sa durée de vie estimée à deux ans, à effectuer des mesures sur la dégradation des composants électroniques dans l'espace.

"C'est le deuxième satellite que nous envoyons sur orbite après Robusta 1-A, le premier satellite étudiant de France, qui avait été embarqué en 2013 sur le lancement inaugural de la fusée Vega à Kourou", décrit Nicolas Roche, directeur technique du Centre.

Situé dans des locaux dédiés, le CSU de Montpellier-Nîmes, plate-forme technologique universitaire dédiée aux nanosatellites, se trouve sur le campus de Saint-Priest, au nord de la ville. Le bâtiment flambant neuf de trois étages, financé par le conseil région Occitanie (ex-Languedoc-Roussillon), n'abrite pas seulement le centre : il accueille également des entreprises.

"Un échange de matière grise"

"Le développement technologique que nous entreprenons est uniquement mené avec le concours d'étudiants stagiaires, dont le niveau d'études va du DUT au doctorat, en passant par les cursus ingénieurs. Leurs compétences peuvent être mises au service d'industriels, de laboratoires de recherches et d'organismes tels que l'ESA (agence spatiale européenne) ou le CNES(centre national d'études spatiales)", précise Nicolas Roche, dont la plupart des collègues se trouvent au Salon aéronautique du Bourget.

Riche de six ingénieurs, un professeur des universités et un post-doctorant, le Centre universitaire spatial de Montpellier-Nîmes s'appuie sur le soutien financier et matériel de la fondation Van Allen. La structure, créée en 2012 pour soutenir le développement de la filière, compte parmi ses membres fondateurs l'université héraultaise, mais aussi Airbus Defense & Space, 3D Plus, Zodiac Data Systems, une filiale de Latécoère, et Intespace. "Il s'agit d'un échange de matière grise et d'un accès aux technologies des uns et des autres", poursuit l'ingénieur.

Il s'agit d'un échange de matière grise et d'un accès aux technologies des uns et des autres.
(N. Roche)

L'aménagement des espaces illustre à merveille ce partenariat. Dans les étages, les salles de travail où s'activent jusqu'à 50 étudiants-stagiaires, jouxtent les bureaux d'entreprises spécialisées, et au rez-de-chaussée, la salle blanche du CSU n'est séparée que par une porte de celle de la société Intespace, filiale d'Airbus Defense & Space et Thales. "Nous utilisons chez eux une salle qui nous permet de tester nos appareils en les soumettant à des tests de vide et de pression thermique, comme dans l'espace", détaille Nicolas Roche.

À la recherche des nouveaux talents

Davantage renommé pour l'excellence de sa filière santé que pour son activité aéronautique où Toulouse et Bordeaux sont autrement plus réputées, le bassin montpelliérain a su profiter d'un interstice pour s'emparer de la filière nanosatellite, qui n'avait été développée jusqu'ici par aucune université.

Dans le cas présent, la vision et la passion d'un enseignant ont été déterminantes. En 2006, quelques années avant la création de la fondation Van Allen, le professeur Laurent Dusseau avait initié la conception du premier satellite étudiant, en répondant à un appel à projet lancé par le CNES et en y associant tant des étudiants d'IUT que des doctorants. À l'époque, Laurent Dusseau, aujourd'hui directeur du CSU, présentait simplement ce projet comme "un moyen d'attirer les jeunes vers les carrières scientifiques, aujourd'hui délaissées dans certaines filières, comme le génie électrique (GEII)."

L'ambition est désormais toute autre ! Des entreprises sont venues s'installer dans les bâtiments du CSU, précisément pour se rapprocher des talents de demain. "Beaucoup de nos anciens étudiants, aujourd'hui en entreprises, sont à l'origine de partenariats avec la fondation Van Allen", confirme Nicolas Roche, 34 ans, qui a lui-même travaillé en tant que doctorant sur le premier satellite montpelliérain envoyé dans l'espace.

Un lancement depuis l'ISS

Longue, la conception d'un satellite s'inscrit dans une logique de projets pour les étudiants qui suivent parfois l'évolution tout au long de leur cursus jusqu'au master ingénierie des systèmes spatiaux, créé pour absorber le succès de la filière. 

Notre satisfaction ? Avoir fait venir des entreprises à Montpellier, en comblant un besoin sans rien enlever à personne dans d'autres territoires.
(F. Pierrot)

"Notre satisfaction, c'est notamment d'avoir fait venir des entreprises à Montpellier, en comblant un besoin sans rien enlever à personne dans d'autres territoires", se réjouit François Pierrot, vice-président de l'université de Montpellier, chargé des relations avec les entreprises. Ce dernier loue par ailleurs l'implication des membres de la fondation Van Allen, qui a levé quelque 3 millions d'euros depuis sa création. "Son président, Michel Courtois, [ancien directeur technique de l'ESA] nous ouvre énormément de portes en France comme à l'étranger", ajoute le vice-président montpelliérain.

Le mois dernier, les étudiants de Montpellier ont remporté un concours européen organisé par l'ESA, donnant le droit à l'un de leurs satellites d'être lancé depuis la station spatiale internationale ISS, dont revient Thomas Pesquet.

Baptiste, étudiant en master 1 ingénierie mécanique à l'université et stagiaire au CSU, suit justement ce projet. Devant son écran, sur un logiciel 3D, il travaille sur des modèles de résistances des matériaux dans les conditions extrêmes du décollage. "C'est un projet sur lequel j'aurai rêvé travailler en entreprise, dit-il. Je n'aurais jamais pensé que ce soit possible pendant mes études."

Toulouse et Grenoble disposent aussi de leur CSU
En septembre 2016, l'Université fédérale Toulouse-Midi-Pyrénées, l'ISAE-Supaéro, le CNRS, l'Enac, l’université Toulouse 3-Paul-Sabatier, l'Onéra, l'Insa Toulouse et l'INP Toulouse ont annoncé la création du Centre spatial universitaire de Toulouse, avec le soutien du CNES. Ce GIS (groupement d’intérêt scientifique) aura pour mission de promouvoir et fédérer les actions de recherche et de formation pluridisciplinaires dans le domaine des nanosystèmes spatiaux.

Un autre CSU a été créé à Grenoble en 2015, par l'université Grenoble-Alpes, Grenoble INP et le CNRS. CSUG est soutenu par la fondation Université Grenoble-Alpes.

Guillaume Mollaret | Publié le

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