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À nouveaux quartiers, nouveaux campus

Jean Chabod-Serieis
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USAGE UNIQUE - Saint-Etienne, Lyon et Nantes
À Lyon, Nantes et Saint-Étienne, d'anciens terrains laissés à l'abandon sont réinvestis par les collectivités. // ©  REA
Gare de triage abandonnée, site militaire désaffecté, ancienne prison… Sous l'impulsion de pouvoirs publics soucieux de doper le développement de leur territoire, des no man's lands urbains retrouvent un second souffle. Écoles et universités y occupent une place de choix. C'est le cas à Nantes, Lyon et Saint-Étienne.

À Nantes, les écoles investissent les chantiers navals

L'île de Nantes

Sur l'île de Nantes, là où régnaient jusque dans les années 1980 les chantiers navals, la friche industrielle reprend vie autour d'un projet commun dédié à la culture. Le nouveau quartier, devenu le "quartier de la création" en 2002 sous l'impulsion de Nantes Métropole, abrite depuis 2003 l'École nationale supérieure d'architecture de la ville. D'ici à 2018, viendront la rejoindre l'école de design Nantes Atlantique, l'école des beaux-arts et le pôle numérique de l'université de Nantes.

D'autres établissements vont arriver sur l'île, au fil des années. C'est le cas d'Audencia SciencesCom (300 étudiants), de l'école internationale d'hôtellerie et de management Vatel (600 étudiants) ou encore de HEP Campus, qui réunira 1.000 étudiants issus de sept établissements privés.

Si l'investissement public déployé pour favoriser l'installation de ces établissements devrait s'élever à 77,4 millions d'euros, entre 2014 et 2022, les écoles puisent également dans leurs fonds propres pour assumer le déménagement.

4.500 étudiants réunis

C'est le cas de l'école de design Nantes Atlantique. Actuellement, l'établissement privé dispose de 8.000 m2 pour 1.300 étudiants, sur un campus partagé avec Polytech Nantes (école d'ingénieurs interne à l'université) et l'École des mines. La construction de ses nouveaux locaux, chiffrée à 26 millions d'euros, sera financée pour un quart par l'école, le reste par la métropole, la Région et la CCI (tutelle de l'école). L'école deviendra propriétaire du bâtiment, dont l'amortissement est prévu sur au moins vingt ans. 

"Nous venons de décider une augmentation des frais de scolarité, auxquels nous n'avions pas touché depuis 2010", prévient Frédéric Degouzon, directeur stratégie et communication de l'école de design. Une hausse de 10 %, qui ne concernera que les nouveaux étudiants.

"Sur l'île, nous passerons à quelque 12.000m2 pour environ 1.500 étudiants", se satisfait Frédéric Degouzon. Ce dernier voit plusieurs intérêts à ce déménagement : "Nous pourrons augmenter la taille de nos promotions, nous serons en contact avec nos anciens (200 diplômés bac+5 par an), dont beaucoup vont inévitablement s'installer dans le quartier et le faire vivre. Enfin, l'îe de Nantes qui nous entourera sera un sujet d'étude en soi pour nos élèves."

Le quartier réunira à terme entre 4.000 et 4.500 étudiants, ce qui permettra – les promoteurs l'espèrent – de favoriser les échanges et les projets entre établissements.

À Lyon, la Catho débarque dans l'ancienne prison

Porté par la métropole du Grand Lyon, le projet vise à réhabiliter le sud de la presqu'île lyonnaise, longtemps resté à l'état de friche. 

L'université catholique de Lyon (UCLy) a, elle aussi, fait le choix de rejoindre le quartier. Situé depuis cent quarante ans place Bellecour, en plein centre-ville, l'établissement a créé en 2005 le campus Carnot, près de la gare Perrache, première étape du déménagement. 

Le 8 octobre 2015, l'UCLy a inauguré son deuxième campus, Saint-Paul, installé dans une ancienne prison du quartier Confluence. Ce qui achève le déplacement de ses 11.000 étudiants.

Contribuer à la transformation du quartier

Le projet a coûté 82 millions d'euros, achat du terrain à l'État compris. "Nous avons perçu 9 millions d'euros d'aide des collectivités pour l'équipement. Le reste, c'est la vente de notre site place Bellecour, du mécénat, des emprunts sur vingt ans et nos fonds propres (frais de scolarité, activités de recherche, formation continue, etc.)." Pour absorber une partie des coûts, les frais de scolarité devraient augmenter de 2 %.

"Nous apportons une forme de contribution dans la transformation du quartier, estime Thierry Magnin, recteur de l'université. Nous avons désormais des locaux modernes, des salles de coworking, une salle de sport. Et puis nous nous ouvrons à la métropole et au monde économique : les entreprises peuvent faire des colloques sur notre campus ; nous multiplions les contacts avec elles en étant proches du centre dans un quartier moderne, avec des équipements modernes."

À Saint-Étienne, deux écoles dans l'ancienne manufacture d'armes

La cité du design à Saint-Etienne

À Saint-Étienne, ce sont les anciennes usines d'armement Giat – à cinq minutes en tram de l'hypercentre – qui ont été réinvesties. À côté de la Cité du design, créée en 2005, se sont installées l'École supérieure d'art et de design en 2006 et l'école d'ingénieurs Télécom Saint-Étienne, interne à l'université Jean-Monnet, en 2010 (600 étudiants).

Avant d'installer les écoles sur le site, il a fallu dépolluer les sols en profondeur, après des décennies d'usage militaire. "Nous avons réhabilité 2.000m2 de bâtiments et en avons construit 7.500m2 pour un budget total de 13 millions d'euros, se souvient Jacques Fayolle, le directeur de Télécom Saint-Étienne. L'université assume 5 % du budget, le reste est porté par les pouvoirs publics."

Un écosystème tourné vers le design

Pour le directeur de l'école d'ingénieurs, il y avait trois objectifs à cette installation : agrandir les locaux, être plus visible du monde économique notamment en se rapprochant des acteurs du design et de l'innovation créative, et développer la vie étudiante. "Avant, les étudiants partaient après les cours ; aujourd'hui, par la proximité du centre-ville, on a une vie étudiante plus intégrée."

Mais six ans après, quels changements réels a apportés le déménagement ? "Difficile de vraiment savoir, juge-t-il. Cependant, si je fais un ratio de notre chiffre d'affaires 'relations entreprises et innovations' sur le nombre d'étudiants, ce ratio augmente. D'une part, parce qu'on se professionnalise, d'autre part parce qu'on est plus visible et plus attractif grâce au nouveau site." En 2010, la ville de Saint-Étienne a obtenu le label "Ville Unesco de design".

En 2018, l'université ouvrira à proximité le Centre de savoirs pour l'innovation, 5.000 m2 abritant une bibliothèque ultramoderne, un incubateur et des salles pour la faculté des sciences et techniques. Le pouvoir d'attraction des friches industrielles n'a pas fini d'agir.


Jean Chabod-Serieis | Publié le

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