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Alerte sur le bac 2013 : le grand flou persiste sur les nouvelles épreuves

Isabelle Dautresme
Publié le
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Une épreuve du bac // © Drivepix- Fotolia
Une épreuve du bac // © Drivepix- Fotolia

Ils étaient inquiets en décembre. Ils ne sont toujours pas rassurés en mars. Sujets zéro toujours non communiqués, consignes imprécises, manque de formation et d’information… Face au flou persistant sur les nouvelles épreuves, beaucoup d’enseignants de terminale se demandent encore comment préparer au mieux leurs élèves pour le bac 2013. Le point sur la situation, à moins de trois mois de l’épreuve de philosophie.

“Depuis septembre, on nous parle réunion de formation, on nous répète à l’envi que l’on doit être patients, que des consignes plus précises vont nous être communiquées. Nous sommes au mois de mars et toujours autant dans le flou”, déplore Cédric Perrin, enseignant d’histoire-géographie en terminales L et ES à Tours (37).

L’impatience se fait sentir chez nombre d’enseignants de terminale face à l’organisation du bac 2013. Avec la réforme du lycée, de nombreuses épreuves sont modifiées. Et les enseignants se sentent insuffisamment formés et informés.

Première source de mécontentement : l’absence de sujets zéro. “Le programme a été revu de fond en comble en terminale ES et S. Pourtant, malgré nos demandes répétées, l’Inspection générale refuse de mettre des sujets zéro à notre disposition”, déplore Éric Barbazo, président de l’APMEP (Association des professeurs de mathématiques). Or ces sujets-types sont censés permettre aux enseignants de cerner les attentes des examinateurs.

“Il ne suffit pas de dresser une liste de notions pour que tout le monde soit d’accord sur ce que l’on met derrière”, explique l’enseignant qui aurait aimé avoir au moins accès à une banque d’exercices portant plus spécifiquement sur les parties nouvelles du programme.  Résultat : à trois mois du début des épreuves, les enseignants de mathématiques sont toujours dans le flou et disent ne pas avoir les moyens de préparer correctement leurs élèves au bac.

Des épreuves mal définies en langues

Même son de cloche en langues. Si, suite à une pétition mise en ligne en octobre 2012 et à une demande d’audience accordée auprès du ministre de l’Éducation nationale, des sujets pour l’épreuve écrite ont été publiés sur Eduscol, cela n’a pas pour autant rassuré les enseignants.

En cause, la nature même des sujets mis en ligne : “Il s’agit davantage de pistes fournies aux professeurs pour l’entraînement que de sujets présentant précisément ce à quoi doit s’attendre le candidat. En atteste l’absence de questions accompagnant les textes proposés en anglais”, regrette Michel Morel, vice-président de l’APLV (Association des professeurs de langues vivantes).

Le constat est encore plus sévère du côté de la compréhension orale. “Les professeurs ont l’impression d’essuyer les plâtres. On leur demande de concevoir des sujets et d’évaluer leurs propres  élèves alors même que l’épreuve n’a été ni testée ni expérimentée”, s’insurge Michel Morel.

Depuis, le 1er février dernier, les oraux ont commencé dans les établissements, et on assiste aux premières menaces de plaintes de parents mécontents. Les motifs ? Mauvaises conditions d’écoute, très grande disparité des sujets selon les examinateurs… “Les épreuves sont conçues par les professeurs de chaque établissement qui sont également les évaluateurs, il est donc facile de contester”, témoigne Jean-Louis Breton, professeur d’anglais au lycée Racine à Paris (75).

Les professeurs ont l’impression d’essuyer les plâtres. On leur demande de concevoir des sujets et d’évaluer leurs propres élèves alors même que l’épreuve n’a  pas été testée (Michel Morel)

Des sujets types, mais des consignes trop vagues

Du côté des sciences de la vie et de la Terre, beaucoup d’attentes déçues également : “Les informations nous arrivent au compte-goutte et le pire c’est que, parfois, elles changent complètement l’optique dans laquelle nous préparons nos élèves de S depuis un an et demi” explique Christine Moreels, professeur de SVT en terminale S au lycée Jean-Perrin à Lambersart (59).

En SES, on attend toujours les barèmes et les consignes censés accompagner les sujets zéro. Ils sont d’autant plus attendus que la nouvelle épreuve, appelée épreuve composée, pose questions. Pour Erwan Le Nader, vice-président de l’APSES (Association des professeurs de SES), cette épreuve fait la part belle aux questions de cours. “Or il y a 180 notions au programme, ce qui rend la restitution des connaissances très compliquée. Il y a une grosse interrogation sur ce qui est vraiment attendu, jusqu’à quel niveau de détail on doit aller… Nous sommes encore dans l’expectative et à ce rythme-là, nous le serons jusqu’au bout !”, s’agace l’enseignant.

Un manque de formation du côté des enseignants

Les enseignants sont également nombreux à déplorer un manque d’accompagnement. “Une demi-journée de formation sur des nouveaux programmes très lourds et complexes, c’est loin d’être suffisant”, note Bernard Egger, formateur à l’IREM (Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques) d’Aix-Marseille. “Les programmes de S et ES abordent certaines notions, telles que les probabilités, que les enseignants ne maîtrisent pas toujours très bien. Ils y ont été peu formés au cours de leurs études. Ils ont l’impression de ne pas suffisamment dominer le sujet pour pouvoir l’enseigner à leurs élèves”, analyse le formateur.

Même regret en physique-chimie : “Nous n’avons pas été formés à préparer nos élèves et encore moins à évaluer des épreuves qui font appel à davantage de rédactionnel. On nous parle d’une formation en mars : un peu tard pour préparer nos élèves, non ?”, explique Michel Niederberg, professeur au lycée Blaise-Pascal à Colmar (68).

Certains enseignants ont l’impression de ne pas suffisamment dominer le sujet  pour pouvoir l’enseigner à leurs élèves (Bernard Egger)

Pas forcément de réponses aux réunions d’information

Autre objet d’insatisfaction : seulement un ou deux professeurs par lycée sont conviés aux réunions d’information proposées par les inspecteurs. Charge à eux de transmettre l’information à leurs collègues, ce qu’ils ne peuvent pas toujours faire faute de temps ou d’avoir saisi toutes les subtilités de l’information.

Quand elles ont lieu, ces réunions n’apportent pas toujours les réponses attendues. En témoigne Erwan Le Nader : “Les collègues viennent aux réunions organisées par l’inspection – parfois très tardivement – avec des questions précises auxquelles l’inspecteur a pour seule réponse : ‘Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire, ce sont les commissions d’harmonisation (1) qui trancheront’. Autrement dit, on aura la réponse aux questions que l’on se pose aujourd’hui seulement après l’épreuve.”

Pourtant, début janvier, Jean-Paul Delahaye, directeur de la DGESCO (Direction générale de l'enseignement scolaire), expliquait que "l'année [n'était] pas terminée"  et que “très vite, tout devrait rentrer dans l'ordre”. Les choses auraient-elles changé ? Contactées par EducPros, les inspections générales et la direction générale de l'enseignement scolaire n'ont pas souhaité à ce jour donner suite.

Des professeurs pragmatiques

Alors, la génération du bac 2013 sera-t-elle une génération sacrifiée ? Les enseignants se veulent rassurants. Pour Erwan Le Nader, “il ne fait aucun doute que les commissions du bac tiendront compte du contexte particulier de cette année et donneront des consignes de bienveillance”. Sylvie Martin, professeur de SES au lycée Marie-Curie de Sceaux (92), va plus loin, désabusée : “De toute façon, on nous demandera de monter les notes si elles sont trop basses.”

L’optimisme est également de rigueur sur les épreuves elles-mêmes. Selon Mickaël Gazin, professeur de mathématiques au lycée Chevalier-d’Éon à Tonnerre (89), les sujets ne devraient pas être très compliqués, d’autant “qu’ils sont conçus et testés par des enseignants qui ont des classes en responsabilité”. Bernard Egger ne dit pas autre chose : “Les inspecteurs savent qu’il faut laisser un peu de temps aux enseignants pour qu’ils s’approprient les programmes. Ils ne prendront donc pas le risque de donner des sujets ambitieux.”

(1) Réunions qui réunissent les correcteurs du bac après les épreuves pour se mettre d’accord sur ce que l’on est en droit d’attendre des élèves

Enquête à lire aussi sur letudiant.fr

Isabelle Dautresme | Publié le

Vos commentaires (3)

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Dulac MM.

J'enseigne les maths en série STD2A. Aucun livre, aucun sujet zéro : on est dans le flou le plus complet. Et pourtant l'épreuve de math est passée de 2 à 3 heures ! L'an passé, j'ai été conviée par l'IPR à une réunion concernant la réforme du bac : en introduction, elle a indiqué qu'elle parlerait de toutes les filières sauf STD2A ! ... nous voilà bien avancés. Il existe des ressources pour la classe de première sur eduscol (pas toujours exploitables) mais rien n'a été mis à jour depuis plus d'un an et il n'y a donc rien pour les terminales. En tant que prof, on est démuni car les programmes sont tellement rédigés de manière floue qu'on ne sait pas quelles exigences vont être attendues des correcteurs, et les interprétations peuvent être à géométrie variable. La bienveillance sera peut-être une consigne, mais sera-t-elle connue et acceptée par tous ???

MICHEL.

Le vrai problème en langues est l'inadéquation des programmes et des exigences avec le monde réel dans lequel nos élèves devront utiliser les langues. Alors que des modèles d'examens internationaux existent et fonctionnent bien comme ceux de Cambridge, on s'évertue en France à vouloir faire d'abord du culturel ou philosophique(voir les fameuses notions) alors que nos élèves auront d'abord besoin de pouvoir communiquer de façon pragmatique. En quoi travailler sur les mythes et héros à raison de 2h par semaine leur permettra-t-il d'être efficace dans un entretien d'embauche et plus tard dans leur vie professionnelle.Et, bien sûr, avec 2 ou 3 h par semaine nous sommes censés permettre à nos élèves d'être bilingues????Nos résultats en langues sont catastrophiques en Europe, personne ne se demande pourquoi?

maaded.

Le vrai danger est l'enseignement d'une langue strictement fonctionnelle et utilitaire pour répondre aux seuls besoins du marché. Vous prenez l'exemple de Cambridge, très mauvais exemple dont le seul intérêt est de faire de l'argent. Quant aux contenus de l'examen, je vous invite à les consulter. Absence de culture, situations caricaturales, etc. Le Ministère de l'Education Nationale est capable de proposer quelque chose de mieux que le "Cambridge". Il y avait moyen de faire beaucoup mieux que les notions à l'oral. Il n'y a eu bien sûr aucune concertation avec les premiers concernés, les professeurs. On aurait pu très simplement proposer des thèmes (plutôt que des notions) avec des documents iconographiques qui sont déclencheurs de paroles...

raphael.

'Autre objet d’insatisfaction : seulement un ou deux professeurs par lycée sont conviés aux réunions d’information proposées par les inspecteurs. Charge à eux de transmettre l’information à leurs collègues, ce qu’ils ne peuvent pas toujours faire faute de temps ou d’avoir saisi toutes les subtilités de l’information. ' Les collègues chez nous ne font *jamais* de compte-rendu. Il n'y a *jamais* de réunion. On a cruellement besoin de responsables de sections (maths, sciences, langues...) et de se rencontrer. l'ambiance anxiogène chez les profs vient de cet éclatement, cet individualisme obtus et méfiant.