Attali veut "libérer" l'université

MF
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Jacques Attali, le 23 janvier 2008
Jacques Attali, le 23 janvier 2008
S’il fait beaucoup parler de lui, le rapport Attali (1) ne fait souvent, en matière d’enseignement supérieur, que légitimer des positions déjà actées. La création de dix campus d’excellence se rapproche ainsi du plan Campus de Nicolas Sarkozy. La réforme du statut d’enseignant-chercheur est déjà en négociation au ministère de Valérie Pécresse. D’inspiration libérale par certaines de ses décisions, la Commission pour la libération de la croissance française ne remet néanmoins pas en cause la gratuité de l’université et son libre accès.

L’enseignement supérieur constitue, selon le rapport, le seul domaine où « une part significativement plus élevée du budget de l’État doit être dégagée afin de créer les conditions de la croissance future ». Un objectif sur lequel Nicolas Sarkozy s’est déjà engagé avec le « protocole cadre » (2) signé en novembre dernier. Outre un financement à la hauteur, la commission Attali propose de repenser la carte universitaire. « Dix universités de taille mondiale » seraient mises en avant, les autres conservant, « comme aux États-Unis, leur vocation régionale ou nationale ». À l’image des universités d’élite en Allemagne, la France ferait ainsi « émerger par appels d’offres » dix ensembles universitaires « alliant pluridisciplinarité et excellence ». Des pôles sous gouvernance unique, regroupant des universités, des grandes écoles et certaines structures de recherche. Une similitude frappante avec les PRES, ces neuf pôles de recherche et d’enseignement supérieur lancés en 2007. Ce qui les différencie ? Le financement. Il pourrait être porté par la Caisse des dépôts et consignations, des partenariats public-privé, ainsi que la création de fondations – déjà prévues par la loi LRU !

Un double discours sur l’autonomie des universités

« Malgré la réforme de l’été 2007, les universités ne sont pas encore assez autonomes ni capables de prendre les décisions les plus stratégiques pour leur avenir », souligne la commission Attali. Il faut selon elle « aller plus loin dans la réduction du nombre de membres des conseils et organiser une plus grande autonomie dans les modes de gestion financière, de recrutement et des rémunérations ». Ce constat est d’autant plus intéressant qu’il rejoint celui de certains présidents d’université. Jean- Charles Pomerol, à l’UPMC Paris Universitas (3), dénonce le double discours qui consiste à «vendre » l’autonomie tout en la limitant dans les décrets d’application – notamment celui sur les conditions d’élections aux conseils. Cette défiance à l’égard des universitaires et de leur capacité à bien gérer leurs établissements ne serait pas fondée s’il existait une réelle « évaluation de la performance » (4) des établissements. La proposition d’un classement annuel des universités européennes répond au même objectif, mais le rapport se garde d’en fournir la méthodologie.

Une « source d’inquiétudes » pour des syndicats

Si Jacques Attali se défend d’avoir présenté un rapport d’orientation libérale – « libération ne veut pas dire libérale » –, l’UNEF fustige une surenchère avec « la mise en place d’universités concurrentielles » ou « une année de stage en master qui devrait être considérée comme un emploi ». La FAGE y voit un texte « loin d’être innovant », même si elle approuve la proposition de réforme du statut des enseignants-chercheurs. Ce point devrait particulièrement agiter les syndicats des personnels, puisque, selon le rapport, tous les chercheurs seraient recrutés sur des contrats de quatre ans, dont le renouvellement serait soumis à évaluation. Les syndicats de la FSU, qui défilaient le 24 janvier pour défendre la fonction publique, dénoncent son démantèlement programmé par la commission Attali. Un sujet probable d’embarras pour Valérie Pécresse, alors que la commission Schwartz commence tout juste ses auditions pour faire évoluer le statut des personnels.

NOTES

(1) Remis à Nicolas Sarkozy le 23 janvier 2008. À consulter sur www.liberationdelacroissance.fr .

(2) Une hausse d’un milliard d’euros par an durant cinq ans.

(3) Nouveau nom de l’université scientifique Paris 6. Communiqué du 22 janvier 2008 envoyé par la présidence de l’UPMC.

(4) Trois critères retenus par le rapport : le succès des étudiants, l’ouverture du processus de recrutement des maîtres de conférences et les critères de promotion au grade de professeur.


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