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Baromètre 2015. Le malaise s'enracine à l'université

Camille Stromboni
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Baromètre 2015 - moral en berne
Baromètre 2015 - moral en berne // ©  Hervé Pinel

Manque de confiance en l'avenir, absence de reconnaissance, démotivation... C'est un malaise persistant que révèle la nouvelle édition du baromètre EducPros sur le moral des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, parue le 5 juin 2015. Avec, en toile de fond, un secrétariat d'État toujours vacant et de nouvelles économies à l'horizon.

Sommaire du dossier

  • Baromètre 2015. Le malaise s'enracine à l'université
  • Le nouveau secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, qui doit être nommé dans les prochains jours, aura fort à faire pour reconquérir les universitaires. Pour la seconde édition du baromètre EducPros, le moral des professionnels de l’enseignement supérieur et de la recherche est toujours aussi bas : 70% des 2.200 répondants ne sont pas enthousiastes pour l’avenir de leur établissement.

    Une inquiétude chez les enseignants, les chercheurs et les administratifs des écoles, des universités et des organismes qui s’exprime après une année ponctuée par plusieurs mobilisations pour défendre l’emploi scientifique. Tandis que l'absence de secrétaire d'État dure depuis plusieurs mois, suite au non-remplacement de Geneviève Fioraso.

    Pour Hervé Christophol, à la tête du Snesup (Syndicat national de l'enseignement supérieur), "c'est l'illustration que l'enseignement supérieur et la recherche ne sont pas une priorité du gouvernement. Il n'y a pas de secrétaire d'État pour défendre le budget des universités, qui a déjà baissé en 2015. Les personnels n'ont pas le moral car ils ont toujours moins de moyens pour faire tourner les formations et développer leurs recherches. Sans oublier l'intensification de la charge de travail et le déclassement qui se poursuit en termes de salaires".

    C'est aussi l'enchaînement permanent de réformes qui pèse sur le moral, analyse Gérard Blanchard, vice-président de la CPU (Conférence des présidents d'université). "Nous sommes constamment en train de changer les choses, au bout d'un moment, les collègues sont fatigués", reconnaît-il.

    Baromètre EducPros 2015 - Question 20

    Ces incertitudes face à l'avenir demeurent plus prégnantes dans les arts, lettres, langues (82%) et les sciences humaines et sociales (75%), tandis que les sciences et technologies (70%) et surtout les secteurs du droit et de la santé (66%) se disent plus optimistes, de même que les personnels administratifs (58%).  Les acteurs des écoles et des universités ne sont pas non plus sur la même ligne : si 75% des universitaires partagent ce manque de confiance en l’avenir, ils ne sont que 53% dans les écoles (ingénieurs, commerce, etc.).

    Nous sommes constamment en train de changer les choses, au bout d'un moment, les collègues sont fatigués.
    (G. Blanchard)

    Inquiets mais fiers

    Des craintes d'autant plus fortes qu'enseignants, chercheurs et administratifs restent fortement attachés à leurs métiers. Une très large majorité de répondants (77%) se déclare fière de travailler dans son établissement et ils sont encore plus nombreux – 80% – à trouver dans leur travail une source de satisfaction. 

    Un résultat stable par rapport aux chiffres de l’année précédente et qui se retrouve de la même manière dans les universités, les écoles et les organismes de recherche, de même que parmi les différentes disciplines dans lesquelles exercent les sondés.

    Le supérieur , le mal-aimé de la société ?

    Le manque de reconnaissance s’installe lui aussi comme un sentiment dominant chez les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche. Moins d’un tiers des répondants estiment que leur travail est reconnu à sa juste valeur dans la société. Un écart identique à celui observé en 2014.

    Plus de 20 points séparent à ce sujet les répondants issus d’un organisme de recherche ou d’une université de ceux des écoles : quand les premiers ne sont qu'un peu plus d'un quart à considérer leur travail reconnu, ils sont 46% chez les seconds. Les arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales demeurent là encore plus sensibles à cette question, avec plus d’une quinzaine de points les éloignant des personnels de droit, d'économie-gestion ou de santé.

    Enfin, plusieurs marques d’épuisement s'expriment toujours dans la moitié de la communauté, d'après cette nouvelle édition du baromètre. Le sentiment de démotivation est ainsi partagé par 47% des répondants. Une même proportion confie son impression d’être exploitée, quand 51% des sondés estiment que leur travail a un effet négatif sur leur santé. Ils sont même près de trois quarts à juger qu’ils n’ont pas le temps de mener à bien toutes leurs missions. Un ensemble d'ingrédients, propices au burn-out, préoccupants.

    Paroles de pros
    Florilège de commentaires laissés par les répondants au baromètre EducPros 2015.

    "Nos conditions de travail se dégradent en permanence. On perd notre indépendance, on perd notre temps à remplir des fichiers Excel, on perd notre temps à chercher les financements pour faire notre travail. Bref, toutes les évolutions en cours sont désastreuses. Cela dit, personnellement, j'aime beaucoup mon métier et je ne suis pas encore découragé : je fais donc de la résistance pour le défendre." (Chercheur dans un organisme de recherche - Languedoc-Roussillon)

    "Le métier d'enseignant-chercheur est en mutation vers enseignant-chercheur-administrateur sans qu'aucun aménagement ne soit prévu sur les parties enseignement et recherche" (Maître de conférences - Haute-Normandie)

    "Nous nous sommes démenés pour faire plus avec moins. Cette équation ne pourra pas durer indéfiniment. Les personnels sont inquiets et désabusés, pas tant pour leur propre avenir que pour le manque total de 'vision' nationale en matière de recherche." (Personnel des bibliothèques - Île-de-France)

    "L'enseignement supérieur et la recherche doivent énormément à des personnels qui se dévouent sans reconnaissance. La multiplication des instances de décision, les fusions mal préparées, l'absence de gouvernance, la multiplication des démarches administratives, compliquent la vie des acteurs de l'université. Je suis fier de travailler à l'université car la transmission des connaissances, le partage, sont des valeurs essentielles, mais l'université oublie tout ça." (Enseignant à l'université - Lorraine)
    Méthodologie
    2.200 professionnels de l'enseignement supérieur et de la recherche ont répondu début avril 2015 à un questionnaire en ligne. Soit 24 items sur leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de l'avenir.

    Camille Stromboni | Publié le

    Vos commentaires (2)

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    Opinion.

    On peut comprendre le malaise... Mais jamais les universités ne s'auditent elles-mêmes ou via un prestataire pour savoir quels actes administratifs pourraient être évités car sûrement inutiles. Combien de fois demande-t-on à un service de faire un tableau de suivi de ceci ou de cela, alors qu'un autre bureau ou service s'emploie à la même chose? Combien d'université gèrent la FC en composante alors qu'elle devrait être gérée en service commun? On emploi une foultitude de personnel à faire des choses pour lesquelles il n'est pas formé, qui prend du temps et fait appel à toujours plus de compétences "techniques" ou "métier", au lieu de gérer pleinement sa composante. En effet, les tâches morcelées et peu nombreuses prennent plus de temps proportionnellement que su elles étaient faites au sein d'un même service. En plus, le risque, c'est que d'un service à l'autre on ne possède pas la même source, la même maquette, la même version d'arrêté. Après plus de 6 ans en université et travaillé dans 2 universités au méthodes radicalement différentes, il est criant de voir que certains archaïsmes d'organisation du travail font perdre un temps précieux au lieu de s’occuper de l'essentiel: la recherche et la formation!

    Scrivante.

    Dans le même ordre d'idée, l'étudiant et educpro participent à me faire sentir, moi enseignant de faculté, moins bien que les homologues en école. Combien de fois parlez vous de ce qui marche dans les facultés? pourquoi parler des universités en général, et pas faculté par faculté ? pourquoi mettre en avant les directeurs d'écoles, et pas les doyens des facultés? pourquoi faire un classement des écoles et pas un classement école+facultés?

    Calire.

    Hé bien, peut-être parce que les facultés et les doyens n'existent plus depuis longtemps (1968 à ma connaissance http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/enseignement-superieur-universite/chronologie/), sauf dans les disciplines qui s'y accrochent au moins mentalement (droit, économie, médecine), avec le mandarinat qui en découle, et le décalage avec leurs collègues des autres disciplines.

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