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Université : une communauté investie mais découragée

Camille Stromboni
Publié le
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Baromètre EducPros 2016 - Moral des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche
69 % des répondants au baromètre 2016 sur le moral dans l'enseignement supérieur et la recherche ne sont pas enthousiastes pour l'avenir de leur établissement. // ©  Julien Revenu
BAROMÈTRE 2016. Épuisement, découragement, inquiétude pour l’avenir. Les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche n’ont toujours pas le moral, d’après la troisième édition du baromètre EducPros. Malgré un attachement au secteur qui demeure intact.

Les années passent, mais le regain de confiance ne vient pas. Plus des deux tiers des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche ne sont pas enthousiastes pour l’avenir de leur établissement, d’après la troisième édition du baromètre EducPros, publiée le 14 juin 2016. La moitié des 1.600 répondants se dit toujours démotivée. La même proportion de sondés juge que son travail a un effet négatif sur la santé.

Une vie professionnelle épuisante mais… stimulante

Des chiffres témoignant de l’inquiétude d’une communauté qui restent plus élevés chez les universitaires (72 % confient leur absence d’enthousiasme pour l’avenir) que dans les écoles (56 %), et particulièrement forts dans les sciences humaines et sociales (81 %).

Pour définir leur vie professionnelle, les deux adjectifs qui arrivent en tête, chez l’ensemble des personnels, sont explicites : "épuisante" (41 % l’ont choisi) et "décourageante" (37 %).

En revanche, l’attachement au secteur demeure intact. Une écrasante majorité des personnels se dit fière de travailler dans son établissement (74 %) et trouve dans le travail une source de satisfaction (77 %). Avec tout de même une légère diminution sur ces deux indicateurs, par rapport à 2015 (– 3 points). Quant au terme "stimulante", il occupe la troisième place du podium des termes plébiscités par les sondés pour définir leur vie professionnelle.

"Ces variables caractérisant le moral sont quasi identiques depuis trois ans, relate François Sarfati, chercheur au Centre d’études de l’emploi, associé à la réalisation du baromètre EducPros depuis sa création, en 2014. On peut désormais considérer ce double sentiment comme une tendance lourde dans la communauté universitaire."

J’aime mon métier, mais c’est de plus en plus difficile de le faire.
(J.-R. Bourge)

Des moyens restreints et toujours plus d’étudiants

"J’aime mon métier, mais c’est de plus en plus difficile de le faire, confie Jean-Raphaël Bourge, chargé de cours à l’université Paris 8, engagé dans le mouvement contre la loi Travail. Cela vaut autant pour les précaires, comme moi, que pour les titulaires, qui sont de plus en plus submergés par les tâches administratives."

"On ne travaille pas dans ce secteur par hasard, c’est pour beaucoup une vocation et les personnels sont toujours très investis dans leurs missions. Mais le moral est dans les chaussettes, confirme Franck Loureiro, secrétaire du Sgen-CFDT en charge de l’enseignement supérieur. Cela s’explique avant tout par le manque de visibilité sur l’investissement de l’État dans l’université, alors que nous allons encore avoir 30.000 étudiants de plus par an… jusqu’en 2022 ! Si le budget ne suit pas, nous allons à la catastrophe. Et ce, dès la rentrée qui arrive."

Voilà la seule représentation de notre futur que l'on peut se faire : 'moins'.

"Aujourd'hui, autour de moi, on ne parle plus beaucoup de pédagogie, ni de vision d'avenir. Le seul mot qui résonne est 'réduction budgétaire', confie un enseignant d’une école d’ingénieurs, dans les commentaires libres du baromètre EducPros. On valorise celles et ceux qui prétendent faire la même chose avec moins d'heures. Voilà la seule représentation de notre futur que l'on peut se faire : 'moins'. Des dizaines de postes sont supprimés ; les départs à la retraite ou en mutation ne sont pas remplacés ; on tremble à l'annonce d'un congé maternité... Le moral des troupes se dégrade, et surtout, la qualité de l'enseignement. Mais qui s'en préoccupe ?"

"Les moyens baissant constamment, la possibilité et le temps requis pour mener des projets ambitieux à moyen ou long terme deviennent quasiment inexistants, renchérit un chercheur en sciences et technologie dans un organisme de recherche. Il en résulte un mal-être, des burn-out à répétition dans mon environnement."

Un moral faible qui pèse lourd au moment de juger le quinquennat Hollande.

Un équilibre entre 'vie pro' et 'vie perso' plus dur à trouver
La tendance s’aggrave légèrement. 53 % des répondants au baromètre EducPros 2016 sur le moral dans l’enseignement supérieur et la recherche estiment qu’au quotidien, leur travail ne leur permet pas de garder un équilibre satisfaisant entre vie professionnelle et vie privée. Soit un chiffre en progression de près de 4 points par rapport à 2015.

Un sentiment particulièrement aigu chez les enseignants, les enseignants-chercheurs et les chercheurs (64 %), ainsi que chez les doctorants (69 %), tandis que les personnels administratifs, bibliothécaires, ingénieurs et techniciens ressentent moins cette insatisfaction (36 %).

L’écart homme/femme est quant à lui de cinq points. Et ce sont les femmes qui estiment s’en sortir le mieux dans cet équilibre complexe à trouver (elles en sont satisfaites à 49 %, contre 44 % des hommes).
Méthodologie1.600 personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche ont répondu, entre le 15 avril et le 17 mai 2016, à un questionnaire en ligne. Ce questionnaire comprenait une vingtaine de questions sur leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la politique menée dans le secteur sous le mandat du président François Hollande.

Il a été réalisé avec la collaboration de Romain Pierronnet, chercheur en Gestion des ressources humaines et François Sarfati, chercheur au Centre d’études de l’emploi.

Aller plus loin sur le baromètre EducPros 2016- Les résultats en diaporama
- Le profil des répondants en infographie

Lire aussi- Les résultats du baromètre EducPros 2015

Camille Stromboni | Publié le

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Nathan.

Encore une fois, les postdocs sont les grand oubliés de ces études. Nous sommes les précaires, les petites mains, mais les plus dévalorisés, et tout le temps en train de devoir changer de labo, de ville, voire de pays, et là, l'impact sur la vie personnelle est plus que conséquent.

retourna michel.

On dénombre environ 100 000 enseignants dans l'enseignement supérieur dont seulement 1 600 ont répondu à votre questionnaire. Malgré tout vous le considérez comme significatif et en faites de gros titres.Est-ce bien raisonnable? Qu'en pensent le 98 400 enseignants qui n'ont pas répondu? bien à vous

CHARLERY.

Ils pensent la même chose

Dom.

Quand les sondages nationaux sont basés sur environ 1000 répondants pour 60Millions de personnes. Celui ci s'en tire bien avec 1600 réponces d'autre part c'est la tendance par rapport au même sondage l'année dernière qui est l'information la plus intéressante. Donc oui c'est malheureusement un indicateur raisonnable. Amicalement