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Baromètre EducPros 2014. Paroles de pros

Camille Stromboni et Sophie Blitman
Publié le
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Baromètre EducPros 2014. © Hervé Pinel
Baromètre EducPros 2014. © Hervé Pinel

Lourdeur administrative, instabilité permanente, un métier qui n'est plus ce qu'il était... La communauté de l'enseignement supérieur et de la recherche qui a répondu au baromètre EducPros a partagé ses inquiétudes et ses colères. Florilège.

Moins d'un tiers des répondants au baromètre EducPros 2014 ont le sentiment de parvenir à faire entendre leur voix dans leur établissement. Les professionnels de l’enseignement supérieur se montrent en outre plutôt sceptiques vis-à-vis de leur hiérarchie : seuls 53% estiment leur équipe dirigeante compétente, tandis qu’à peine la moitié d’entre eux recommanderait à des amis de travailler dans son établissement.

Nous avons laissé la possibilité aux répondants de laisser des commentaires sur leurs conditions de travail. Souvent négatifs, les témoignages que nous avons recueillis disent l'inquiétude des personnels face à une précarité largement répandue et pointent la morosité d'un quotidien de plus en plus envahi par les tâches administratives.

Un climat général stressant

"Beaucoup de stress, peu de temps pour se consacrer à la recherche, beaucoup de tâches  administratives… Le métier d'enseignant-chercheur est propice au morcellement. Avec deux écueils : vouloir la visibilité à tout prix et courir après les meilleurs indicateurs. (…) Il y a une dichotomie croissante entre les enseignants-chercheurs qui sont véritablement des chercheurs, et les autres qui font tourner les UFR et départements ou qui s'investissent dans l'établissement, par exemple en siégeant dans les conseils."

"L'instabilité institutionnelle de ces 10 dernières années a conduit à une instabilité quotidienne dans mes missions, que ce soit dans le contenu de ces missions que dans les formes qu'elles prennent. À peine ai-je cerné une mission donnée qu'elle disparaît ou évolue radicalement. Cette instabilité est la source d'un stress généralisé qui ne peut que conduire au désengagement. Ce stress n'est pas lié aux acteurs mais est, de mon point de vue, structurel."

Baromètre EducPros 2014 - Les mots des pros de l'enseignement supérieur et de la recherche

Une politique RH peu motivante

"Pourquoi n'y a-t-il aucun entretien régulier de ressources humaines pour les enseignants-chercheurs ? Pourquoi la mobilité des enseignants-chercheurs est-elle si réduite ? Et pourquoi y a-t-il si peu d'évolutions de poste proposées ?"

"Les conditions de travail sont satisfaisantes et beaucoup en interne oublient l'avantage que procure la sécurité de l'emploi. En revanche, la carrière est exclusivement valorisée sur le critère de la recherche : ni la pédagogie ni l'implication administrative ne sont prises en compte dans les carrières et, compte tenu des multiples verrous à tout changement, ce n'est pas près de changer."

Le poids de la précarité

"J'aime ce travail mais je suis précaire et il est très dur de décrocher un poste permanent dans la recherche."

"De trop grandes inégalités entre ceux qui ont un poste à vie et ceux qui ont des contrats précaires sans certitude d'avoir un emploi à durée indéterminée dans la fonction publique."

"CDD sur CDD (6 ans et demi, ingénieur de recherche), aucune assurance de pérennité d'emploi en vue, c'est ce qui est le plus déprimant."

"Venant du secteur marchand/privé, je n'ai jamais connu, à titre personnel, une aussi grande précarité : succession de CDD, changement de "support" budgétaire conduisant à des modifications de rémunération et de droit à l'action sociale, pas de politique sociale pour les contractuels, pas d'entretiens professionnels…"

Les personnels administratifs en proie au mépris

"À l'université, les BIATSS sont ignorés, au mieux, souvent méprisés."

"Les bibliothèques et la fonction documentaire sont malmenées en ce moment : baisse des budgets, désabonnements aux revues électroniques dans de nombreux établissements. Notre métier et la qualification de ses personnels (la plupart des catégories A et B ayant entre bac+3 et bac+5) sont largement méconnus."

"Méconnaissance absolue et mépris des métiers de la communication, du management, de la gestion, de l'audiovisuel, etc."

On se demande parfois si l'administration travaille pour le chercheur ou si c'est le chercheur qui travaille pour alimenter l'administration

L'université, un univers technocrate

"Les personnels administratifs sont en sous-nombre et débordés. Du coup, les tâches administratives incombent de plus en plus systématiquement aux enseignants-chercheurs, au détriment de leur activité d'enseignement et de recherche (emplois du temps, absences – en DUT – , dossiers divers, gestion de formations, dossiers de formation continue, collecte de taxe d'apprentissage, etc.)."

"Je suis jeune maître de conférences depuis quatre ans et j'ai vu s'abattre sur moi la vague de la pesanteur administrative, qui occupe plus de 50% de mon temps de travail. Comment, dans ce système administratif fait d'illogismes constants, effectuer ses missions d'enseignement et de recherche ?"

"En tant que professeur, je suis rémunéré pour faire 80% de secrétariat et autres tâches techniques (qui ose dire après cela que l'université n'est pas riche ?). Pour pouvoir mener à bien mes réelles missions d'enseignant-chercheur, je suis obligé de travailler en moyenne 75 heures par semaine."

"Les missions confiées à l'enseignant-chercheur deviennent tellement nombreuses que le temps passé à la recherche est de plus en plus limité. Et ce temps passe beaucoup par la recherche de financements pour un travail de moins en moins fondamental."

"On se demande parfois si l'administration travaille pour le chercheur ou si c'est le chercheur qui travaille pour alimenter l'administration."

"Les lourdeurs administratives dans les activités administratives ou de recherche ont atteint un niveau inacceptable. La course aux publications et aux contrats détériore l'ambiance générale et dénature nos missions de recherche."

On passe notre temps à se battre pour faire le métier pour lequel on nous paie

Enseignant-chercheur : la passion à l'épreuve de la réalité

"Je ne quitterai pas l'université, car j'ai choisi ce métier par passion. Mais je ne garantis pas que je resterai en France…"

"J'apprécie la variété des activités de l'enseignant-chercheur, qui permet des formes variées de reconnaissance (par les étudiants, les collègues, la hiérarchie, etc.), mais il est difficile d'équilibrer ces activités passionnantes, très prenantes en temps (par manque de personnel support), avec la vie personnelle."

"Je suis découragée par l'évolution de l'enseignement supérieur et de la recherche en France en général et par ce qui se passe dans mon université. Je ne me reconnais plus dans le métier que j'avais choisi même s'il me procure encore des satisfactions intellectuelles."

"Nous sommes devenus des chercheurs de fric et non plus des chercheurs, des justificateurs de dépenses de crédits et de temps passé au lieu de nous consacrer aux expérimentations et à leur conception, nous passons notre temps à d'éternels renouvellements de quadriennaux et restructurations de maquettes d'enseignement au lieu de renouveler nos cours. Nous rêvions d'être enseignants-chercheurs et nous sommes uniquement là pour justifier l'existence de l'administration conçue pour nous soutenir mais dont nous sommes les paillassons. Tout ça pour 2.000 heures annuelles (sans aucune heure complémentaire payée), insomnies non comprises, et des fins de mois angoissantes."

"La transformation des universités en système de ventes de diplômes. Perte des valeurs humanistes que l'université se devrait de porter."

"Ce n'est plus transmettre un savoir, le vivre et le partager. Il n'y a que l'argent qui conduit et dicte nos actions."

"Devenir enseignant-chercheur est une épopée : doctorat, qualification, sélection, recrutement, pour ensuite être exploité (sous-payé : 1.950 € à bac+8 avec, dans mon cas, 800 € de frais de déplacement par mois). Les heures complémentaires (fiscalisées) sont payées avec un an de décalage. Dans mon cas, je suis également obligé de m'équiper au niveau informatique (pas de budget pour réparer l'imprimante, ou acheter un ordinateur portable)."

"Enseigner dans le supérieur, dans un IUT, en province, c'est de plus en plus de pression au titre de l'excellence sans pouvoir bénéficier des mêmes conditions d'accès à la communauté de nos collègues parisiens. C'est à Paris que se déroulent les séminaires, les colloques, les workshop.... lorsqu'il nous faut 4 ou 5 heures de train pour s'y rendre, cela veut dire deux jours au minimum. Qui paie ?"

"Plus personne ne fait le métier pour lequel on a été formé et que l'on aimait. On passe notre temps à se battre pour faire le métier pour lequel on nous paie."

"L'ESR souffre d'un déficit de reconnaissance excessivement frustrant et qui se concrétise par un niveau de rémunération très en dessous du standard international."

"Le métier d'E-C., s'il présente des contraintes, permet de s'organiser en tenant compte d'impératifs divers (familiaux, par exemple), ce que très peu de métiers permettent. Par contre, la carrière est exclusivement valorisée sur le critère de la recherche : ni la pédagogie, ni l'implication administrative ne sont pris en compte dans les carrières, et compte tenu des multiples verrous à tout changement, ce n'est pas près de changer, quoi qu'on en dise."


Camille Stromboni et Sophie Blitman | Publié le

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