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Baromètre 2015. Fusions d'universités, stress assuré !

Camille Stromboni
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Selon le baromètre EducPros 2015, 80% des universitaires jugent les regroupements en cours générateurs de stress.
Selon le baromètre EducPros 2015, 80% des universitaires jugent les regroupements en cours générateurs de stress. // ©  Hervé Pinel

Fusions, associations, Comue (Communauté d’universités et établissements)... Moins d’un tiers des répondants au baromètre EducPros 2015 sur le moral dans l'enseignement supérieur et la recherche estiment que les regroupements universitaires en cours sont une bonne chose. Pire : 80% y voient une source de stress.

Les rapprochements entre établissements en cours dans le paysage universitaire ne recueillent pas l’assentiment de la communauté, d’après le baromètre EducPros 2015 sur le moral des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche. Une réorganisation impulsée par la loi "Fioraso" de l'été 2013 décriée déjà par plusieurs syndicats et collectifs.

Pour plus des deux tiers des 2.200 répondants, cette recomposition n'est pas une bonne chose. Aux deux extrêmes : les arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales sont les plus critiques, avec seulement 18% de répondants apportant leur soutien à ce mouvement entre écoles, universités et organismes de recherche ; de l'autre, les personnels des services administratifs se déclarent pour moitié en sa faveur. Les sondés qui exercent dans les sciences et technologies ou en droit-économie-gestion sont eux dans la moyenne générale, quand la santé émarge à 47% d'opinions favorables.

15 points séparent enfin les acteurs des universités et des organismes de recherche de ceux des écoles : les premiers se déclarent à plus de 70% contre ces restructurations, contre 56% dans les écoles.

Baromètre EducPros 2015 - Question 22

Des restructurations génératrices de stress

C'est un résultat encore plus tranché qui est partagé par les sondés sur les conséquences de ces regroupements pour les personnels : 80% jugent en effet qu'ils sont générateurs de stress. Une perception très largement ressentie dans les arts, lettres, langues (93%) et les sciences humaines et sociales (84%), moins chez les acteurs de la santé (68%) ou dans le droit-économie-gestion (76%). Pas de différence en revanche entre les sondés ayant connu ou connaissant un processus de fusion et ceux qui rencontrent d'autres types de regroupements.

Parmi les répondants, 10% déclarent avoir connu un projet de fusion avorté ces quatre dernières années, 20% appartiennent à un établissement issu d’une fusion, 25% vont fusionner dans les deux prochaines années, tandis que 45% des répondants ne sont pas concernés par une fusion.

Un ensemble de réticences que le futur secrétaire d'État devra surmonter s'il souhaite réussir ce developpement des politiques de site.

Parole de pros
Florilège de commentaires laissés par les répondants au baromètre EducPros 2015.

"Les réformes et regroupements se suivent à un rythme élevé et sans concertation sur le terrain, ni visibilité pour les acteurs de terrain – ce qui fait qu'on navigue et on travaille sans arrêt dans l'urgence. Si on rajoute à cela les coupes budgétaires qui mettent les projets de recherche en péril, tout ceci est générateur de stress permanent, même si par ailleurs le travail en lui-même reste intéressant et varié, on est constamment fatigué et à la limite de la rupture." (Professeur des universités - Alsace)

"Le grossissement de nos structures ne va faire que perdre en souplesse et en réactivité." (Maître de conférences - Haute-Normandie)

"Le problème avec la réorganisation du paysage de l'ESR n'est pas tant le stress généré que le gaspillage en temps, en énergie et en argent pour mettre en place des mastodontes ingérables et anti-démocratiques." (Chercheur dans un organisme de recherche - Languedoc-Roussillon)

"L'adaptation au nouveau paysage de l'enseignement supérieur et de la recherche engendre parfois un surcroît de travail mais aussi l'espoir d'un avenir meilleur. La véritable difficulté me semble être la réticence du système lui-même à se réformer en profondeur et, pour ça, à renoncer au passé et à avancer autrement (le conservatisme dogmatique des syndicats...). Le poids et la précision de la règlementation ne sont pas tenables avec la nécessaire compétitivité de l'ESR public." (Personnel de la filière administrative - Pays de la Loire)
Méthodologie
2.200 professionnels de l'enseignement supérieur et de la recherche ont répondu début avril à un questionnaire en ligne. Soit 24 items sur leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de l'avenir.

Camille Stromboni | Publié le

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