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Bretagne : ces universités qui donnent des cours aux lycéens

Camille Stromboni
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UBO - université de Bretagne occidentale - Brest - Dispositif "Sciences passion mer"
UBO - université de Bretagne occidentale - Brest - Dispositif "Sciences passion mer"

Suivre des cours à l'université... dès le lycée ? Le principe a été développé, à petite échelle, dans deux universités bretonnes : Brest et Rennes 1. Bilan de ces dispositifs qui permettent aux lycéens d'obtenir des crédits ECTS, tout en découvrant la fac, au moment où le "continuum lycée-université" est affiché comme une priorité de la ministre Geneviève Fioraso.

Une immersion longue durée. L'université de Bretagne-Occidentale-Brest (UBO) et celle de Rennes 1 comptent, parmi leurs étudiants, des lycéens. Les deux établissements bretons ont, chacun à leur manière, développé cette initiative de rapprochement avec le lycée.

Les lycéens rennais mélés aux étudiants

À Rennes 1, ce sont 16 lycéens de terminale scientifique qui ont suivi une unité d'enseignement "culture générale" en 2012-2013, dans le cadre du dispositif "À la fac avant ton bac". Avec au choix : astronomie et astrophysique, communication animale et humaine, "Comment gérer la planète", ou encore archéosciences. Pendant un semestre, ces lycéens ont suivi une fois par semaine un cours à l'université, mélangés aux étudiants de licence 1 de sciences, aux horaires prévus pour leurs heures d'accompagnement personnalisé au lycée.

"La première semaine, nous les avons tout de même encadrés un peu plus que les autres, reconnaît Cécile Lecomte, chargée de mission pour la liaison lycée/université et la réussite étudiante à l'université Rennes 1. En allant les chercher aux arrêts de bus pour les emmener aux amphis. Mais après, ils se sont débrouillés seuls, en toute autonomie."

recherche et expérimentation au programme à l'UBO

À Brest en revanche, le dispositif "Sciences Passion mer", plus ancien, ouvre une porte un peu particulière aux lycéens. Depuis trois ans, une quarantaine de première et terminale S du lycée partenaire (Kerichen) suivent un cours bâti spécifiquement pour eux, autour d'une question : "Pourquoi les poissons respirent-ils sous l'eau ?"
"Ce n'est pas seulement de la théorie et de la science pure, précise Catherine Archieri, vice-présidente Continuum lycée-université de l'UBO. Ces élèves passent aussi des niveaux de plongée, se déplacent dans les aquariums, font des sorties en mer… Ils sont mis dans une vraie démarche de chercheur."

L'objectif à Brest est clair : promouvoir les études longues en sciences auprès des lycéens finistériens – ces derniers ont justement les meilleurs résultats de France au bac, mais un faible taux de poursuite d'études. "Nous ne recrutons pas forcément les meilleurs, souligne la vice-présidente. Le critère est avant tout la motivation." Le choix des élèves participant au dispositif se fait au niveau du lycée.

À la clé : des crédits universitaires

Résultat à l'issue de l'année : les lycéens de terminale obtiennent 3 crédits ECTS délivrés par l'université de Brest, sur le principe d'une unité d'enseignement libre. Ils ne passent pas de partiels traditionnels mais valident leur cours de facto, à partir du moment où ils sont allés au bout du parcours. "C'est un aménagement similaire à celui consacré aux sportifs de haut niveau. Nous reconnaissons qu'ils ont acquis les compétences visées. À la fin de l'année, ils présentent aussi leurs recherches lors d'un colloque", explique la vice-présidente Catherine Archieri.

Universite - Rennes 1 - laboratoire - ©V.Bertereau

À Rennes 1, en revanche, les lycéens passent les mêmes examens que les étudiants (contrôle continu ou partiel). Avec, pour cette première année d'existence du dispositif, 7 lycéens (sur 16) qui ont validé les 3 ECTS. "Dont 1 avec la note de 20/20 !", se réjouit la chargée de mission Cécile Lecomte.

Quel bilan ?

Côté poursuite d'études, la responsable a repéré pour l'instant à la rentrée 2013 quatre lycéens inscrits en biologie, ce qui correspond aux matières étudiées dans le dispositif, d'autres à l'université Rennes 2 en STAPS par exemple, un étudiant en IUT GEA ou encore en carrières sociales.

"Dans la première 'promo' de lycéens qui rejoignent cette année l'enseignement supérieur, certains sont allés en médecine, certains en prépas, et d'autres effectivement en biologie [qui correspond au sujet abordé dans le dispositif], ajoute la vice-présidente de Brest. S'ils viennent chez nous tant mieux, mais l'idée n'est pas de faire du prosélytisme. L'enjeu, c'est de leur apporter un petit plus, en leur donnant le gout des études longues."

L'idée n'est pas de faire du prosélytisme, mais de leur donner le gout des études longues

Changer l'image de l'université auprès des lycéens et des enseignants

À quel coût ? Pour l'université Rennes 1, "cela ne coûte rien, hormis mon travail, sourit la vice-présidente. Cela ajoute quelques étudiants dans les amphis, ainsi que leurs copies à corriger pour les enseignants."

La facture est en revanche un peu plus salée à Brest. "C'est assez élevé, note Catherine Archieri. Le coût est réparti entre le lycée partenaire et nous. Cela représente une centaine d'heures d'enseignements, avec deux enseignants-chercheurs de biologie mobilisés et deux professeurs de plongée. Également un investissement sur les activités pratiques, comme la location d'un bateau, du matériel de plongée..." Les enseignants du lycée accompagnent en outre leurs lycéens aux cours de l'université. "Cela permet d'avoir un taux d'encadrement exceptionnel", se félicite la vice-présidente.

Et de participer à un autre objectif de ces dispositifs : changer l'image de l'université, aux yeux des lycéens, mais surtout des enseignants du secondaire, prescripteurs dans l'orientation des élèves. "16 lycéens, c'est peu, admet la vice-présidente rennaise. Mais cela permet de montrer la réalité de l'université, d'essaimer dans un lycée en faisant bouger un peu les lignes. Les lycéens ont par exemple exposé, pendant deux pauses déjeuner, leur expérience à l'ensemble des lycéens scientifiques : l'amphi en question était plein !"

Des dispositifs difficilement généralisables

Réalisés à petite échelle, ces dispositifs n'ont d'ailleurs pas forcément vocation à être généralisés, "sous peine de perdre en qualité, indique Catherine Archieri. L'objectif pour nous est d'abord de le pérenniser".

À Rennes 1, l'idée est tout de même d'élargir quelque peu le public lycéen. "Nous espérons ouvrir cette année une unité d'enseignement "Initiation au droit" et une autre en chimie. Et, désormais, quatre classes de terminale S peuvent y participer. Car la difficulté, c'est d'abord l'organisation du côté du lycée, qui doit adapter ses emplois du temps à l'université. Enfin, l'an prochain, nous prévoyons de développer ce partenariat avec un autre lycée. Il s'agit de monter en puissance, mais doucement, en maîtrisant les flux", décrit Cécile Lecomte.

L'université a en effet également ses limites, en termes de locaux ou de temps de travail des professeurs pour corriger les copies supplémentaires, d'autant plus en période de difficultés financières.


Camille Stromboni | Publié le

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