Bacs pro en BTS : des équipes pédagogiques inquiètes

Isabelle Dautresme
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Lycée professionnel des frères Moreau, Quincy-sous-Sénart Essonne // DR
Lycée professionnel des frères Moreau, Quincy-sous-Sénart Essonne // DR
La volonté du gouvernement d'accueillir plus largement les bacheliers professionnels en STS (section de techniciens supérieurs) n'est pas toujours évidente à mettre en œuvre. Les recteurs ont demandé aux chefs d'établissement d'ouvrir davantage leurs portes aux bacs pro. Au risque, cependant, de faire grincer quelques dents au sein des équipes enseignantes

Inquiétude. Tel est le sentiment de nombreux enseignants de BTS qui ne voient pas l'arrivée des bacheliers professionnels dans leurs classes d'un très bon œil. Entre ceux qui disent ne pas apprécier qu'on leur impose des "quotas" – "on est mis devant le fait accompli", déplore Romain Mitre, professeur de biochimie et génie biologie à Paris –, et ceux qui se sentent démunis, le désarroi est palpable.

Des élèves trop faibles

En cause : le niveau des élèves. "Les bacheliers pro n'ont pas les bases pour suivre en BTS et ont tendance à se décourager très vite, donc à décrocher", prévient Romain Mitre. Professeur de français à Versailles, Xavier Till constate aussi que "les jeunes issus de la voie pro ont été tenus éloignés des enseignements conceptuels pendant trois ans. Ils ont donc besoin d'un accompagnement spécifique dont on n'a pas les clés", regrette-t-il.

Un avis largement partagé par Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale), premier syndicat des chefs d'établissement. Selon lui, "l'institution a beau jeu d'imposer des seuils minimums de bacheliers pro à l'entrée des BTS sans jamais répondre à la seule question qui vaille, à savoir celle de la réussite d'un public fragile". D'autant qu'à en croire Agnès Seval, professeur de mathématiques à Créteil, "à force d'ouvrir grand la porte des BTS aux bacheliers pro, on finit par recruter des élèves pas motivés !"

A force d'ouvrir grand la porte des BTS aux bacheliers pro, on finit par recruter des élèves pas motivés ! (A.Seval)

Des pratiques pédagogiques à renouveler

Au lycée Touchard Washington du Mans, la proviseur Claire Vial dit comprendre l'inquiétude "d'enseignants qui se retrouvent face à des classes de niveaux hétérogènes et avec des enjeux d'obtention de diplôme". Or, en BTS, les programmes sont lourds et les exigences élevées, notamment en termes de rédaction et de formalisation. Accueillir des lycéens professionnels impose aux professeurs de revoir en profondeur leurs pratiques pédagogiques, "ce qui n'a rien d'évident" pour Claire Vial.

"D'où la nécessité de travailler la liaison bac pro-BTS et de réfléchir à des dispositifs pour permettre à ces bacheliers de réussir en BTS", insiste Mehdi Cherfi, CSAIO de l'académie de Créteil, qui a mis en place des cordées bac pro-BTS sur le modèle des cordées de la réussite. "Insuffisant ! martèle cependant Philippe Tournier. En réalité, les équipes devront se débrouiller seules. L'institution fait preuve de volontarisme à l'entrée sans s'intéresser à la suite."

À la tête du SAIO de Lyon, Patrick Desprez est plus nuancé : "Mettre en place une procédure, c'est simple, mais changer le regard des enseignants sur les bacs professionnels prend du temps." Nul doute que la manière dont se déroulera sur le terrain l'année 2014-2015 aura un impact décisif sur la poursuite d'études des futures générations de bacs pro.


Isabelle Dautresme | Publié le