Bacs pro en BTS : des méthodes différentes selon les rectorats

Isabelle Dautresme
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Lycée polyvalent Le Corbusier, Strasbourg // DR
Lycée polyvalent Le Corbusier, Strasbourg // DR
Donner la priorité aux bacheliers professionnels en STS (section de techniciens supérieurs) : c'est l'une des mesures phares de la loi ESR votée en juillet 2013. Alors que les établissements étudient actuellement les dossiers des candidats aux filières sélectives de l'enseignement supérieur, EducPros fait le point sur les consignes données par les recteurs aux proviseurs.

Volontariste. Voilà comment on peut qualifier le discours des recteurs à l'adresse des chefs d'établissement. Ces derniers sont sommés d'accueillir davantage de bacheliers professionnels à la rentrée 2014, conformément aux dispositions de la loi Fioraso de juillet 2013. Il faut dire que l'enjeu est de taille. Parmi les élèves de la voie professionnelle qui souhaitent poursuivre des études supérieures, près de 80% aimeraient le faire en STS (section de techniciens supérieurs) mais moins d'un sur deux obtient satisfaction (45%).

Au final, ils ne représentent que 26% des effectifs (rentrée 2012-2013), alors même que leurs chances d'y réussir y sont nettement plus importantes qu'à l'université : 42% obtiennent leur BTS en deux ans, tandis que seuls 2,7% décrochent leur licence en trois ans. D'où l'idée d'accorder la priorité à ces bacheliers dans les filières courtes de l'enseignement supérieur. À charge aux recteurs de fixer des objectifs aux proviseurs qui tiennent compte des spécificités de chaque filière.

Une grande disparité entre filières et établissements

Or, en matière d'ouverture aux bac pro, tous les établissements ne sont pas logés à même enseigne. Ainsi, quand certains ouvrent grand leurs portes aux bacheliers pro, d'autres, le plus souvent des lycées de centre-ville très attractifs, sont plus frileux. Jusqu'à parfois n'en accepter même aucun.

Côté secteurs, c'est, sans surprise, la production qui tient la corde : à la rentrée 2013, 35% des étudiants de ces BTS étaient issus de la voie professionnelle. Une proportion qui peut atteindre 90% dans certaines filières, peu demandées (par exemple fluides et énergies-domotique, ou après-vente automobile). Quant aux services, ils affichent un taux de recrutement de bacs pro de moins de 20%. Ce qui fait dire à Valérie Grumetz, CSAIO (chef du service académique d'information et d'orientation) de Rennes, que "c'est sur ces BTS qu'il faut le plus travailler".

Pour pallier ces différences de traitement entre établissements et filières et, au final, permettre aux bacheliers pro d'intégrer en plus grand nombre les STS, chaque rectorat a défini ses propres règles.

A la rentrée 2013, 35% des étudiants des BTS production étaient issus de la voie professionnelle, contre moins de 20% pour les services

Tous les établissements logés à la même enseigne

À Lyon, par exemple, "on a décidé que l'on devait retrouver la même proportion de bacheliers pro parmi les admis que parmi les candidats. Autrement dit, si les jeunes issus de la voie professionnelle représentent 25% des candidats à un BTS, ils doivent alors représenter 25% des admis", explique Patrick Desprez, à la tête du SAIO lyonnais.

La même règle s'applique à tous les établissements, quelle que soit la filière proposée. À l'en croire, si chaque lycée respecte cette consigne, la proportion de bacheliers pro admis en STS devrait augmenter mécaniquement, et passer de 23 à 26% au niveau académique. "D'autant que, dans certains établissements, l'écart entre le pourcentage de candidats et celui d'admis est supérieur de plusieurs dizaines de points", note Patrick Desprez.

Même méthode à Nantes, mais avec un objectif encore plus ambitieux : le pourcentage de bacheliers professionnels admis en BTS devra être supérieur de 5 points au pourcentage de candidats. "Cette règle s'applique à tous les établissements qui ont moins de 50% de bacs pro dans leurs effectifs", tient à préciser le CSAIO Xavier Vinet.

À Créteil et à Caen, on raisonne filière et non établissement. "Au nom de l'équité territoriale", lâche Martial Salvi, CSAIO du rectorat de Caen. Le principe : un pourcentage minimal est fixé par filière et s'applique à toutes les STS, quelle que soit leur localisation.

"À partir du moment où deux lycées proposent la même formation, il n'y a pas de raison pour que l'un joue le jeu en recrutant en priorité des bacheliers pro et qu'un autre se contente de n'en retenir que quelques-uns", renchérit Mehdi Cherfi, son homologue à Créteil.

Autre méthode : le sur-mesure

Les académies de Paris, Strasbourg et Versailles ont, elles, fait le choix du sur-mesure. Chaque chef d'établissement s'est vu assigner, un mois après la première phase APB (Admission postbac), un objectif en termes de recrutement de bacheliers professionnels variable selon les filières proposées et les contraintes locales (nombre de candidats, carte des formations...). "L'idée est d'ajuster au mieux les objectifs aux spécialités et particularités de chaque établissement", explique André Essautier, secrétaire général de l'académie de Versailles. Et Emmanuel Percq, CSAIO de Strasbourg, d'insister : "La réponse ne sera pas la même selon qu'il s'agit d'un problème de vivier de recrutement ou d'une politique délibérée de l'établissement peu ouverte aux bacheliers pro".

À Rennes, le recteur Michel Queré a jugé plus efficace de se focaliser sur quelques établissements avant d'imposer un pourcentage minimal à l'ensemble. Pour l'heure, 25 lycées ont été triés sur le volet. "Ce sont ceux pour qui, au regard des différents indicateurs, la marge de progression est la plus forte, explique Valérie Grumetz, CSAIO de l'académie bretonne. Tous les lycées retenus ont, en effet, en commun d'afficher un déséquilibre important entre demande et admission".

En définitive, quelle que soit la méthode, on retrouve partout la même volonté : augmenter la proportion de bacheliers professionnels en STS. Mais, de là à en conclure que toutes les académies affichent la même ambition, il y a un pas à ne pas franchir. Quand Lyon ou Paris, par exemple, visent 26% de bacs pro en STS à la rentrée 2014 et Créteil ou Strasbourg 30%, Versailles et Nantes espèrent franchir la barre des 35%. Des chiffres qui seront à mettre en regard avec les résultats définitifs d'APB. Réponse en juillet.


Source : MESR-DGESIP-DGRI SIES / Système d'information Sise

Isabelle Dautresme | Publié le

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