Bacs pro en BTS : une mise en pratique qui ne va pas de soi

Isabelle Dautresme
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Lycée professionnel des Frères-Moreau, Quincy-sous-Sénart, Essonne
Lycée professionnel des Frères-Moreau, Quincy-sous-Sénart, Essonne // ©  Lycée professionnel des Frères-Moreau
Conformément aux préconisations de la loi ESR de juillet 2013, les recteurs ont demandé aux proviseurs d'ouvrir davantage les portes des STS (section de techniciens supérieurs) aux bacheliers professionnels. Mais, sur le terrain, les freins au recrutement sont nombreux.

"Augmenter la proportion de bacheliers professionnels dans une filière, ça ne peut fonctionner que s'il existe une demande. Ce qui n'est pas toujours le cas." CSAIO (chef du service académique d'information et d'orientation) de Rennes, Valérie Grumetz constate que les candidats ne sont pas toujours au rendez-vous. Soit parce que la filière est peu attractive, soit parce qu'il n'existe pas de bacs pro correspondant aux spécialités proposées sur le territoire.

Situation géographique et autocensure

"Or, il ne faut pas sous-estimer l'importance de la proximité géographique dans les choix d'orientation des élèves, particulièrement professionnels", pointe Éric Blum, proviseur du lycée Les Frères Moreau à Quincy-sous-Sénart (Essonne).

La sociologue Géraldine André partage cette analyse. Dans L'Orientation scolaire, héritages sociaux et enjeux professoraux, publié aux PUF, elle montre que "les jeunes de la voie professionnelle ne choisissent pas un établissement parce qu'il répond au mieux à leur projet personnel, mais parce qu'il est proche".

Aziz Jellab, professeur en sociologie à l'université Lille 3, avance une autre explication. Selon lui, si certains BTS peinent à recruter des candidats issus de la voie professionnelle, c'est aussi parce que ces derniers ont tendance à s'autocensurer : "Les lycéens professionnels, qui ont été très souvent en échec au collège, manquent de confiance en leurs capacités, ce qui pèse sur leurs ambitions scolaires."

D'où la nécessité de "les sensibiliser très tôt à la poursuite d'études en BTS", insiste le CSAIO de Nantes Xavier Vinet. Dans cette perspective, l'académie a mis en ligne un forum ouvert aux élèves de première, intitulé "Du bac pro aux BTS" .

Pas de continuité dans les programmes

Autre argument allant à l'encontre de la mise en place d'une politique de "quotas" pure et simple : la non-concordance des référentiels entre les bacs professionnels et les programmes de nombreux BTS. "Imposer à toutes les STS d'accueillir un pourcentage minimal de bacheliers pro n'a pas de sens. Qu'irait faire, par exemple, un jeune issu de la voie pro en BTS communication, arts visuels, commerce international ou même assurance ?", s'insurge ce chef d'établissement d'un lycée parisien qui souhaite rester anonyme.

Conscients que de nombreux bacs, particulièrement dans les filières de services, n'ont pas de prolongement évident en STS, des académies ont adressé aux chefs d'établissement un tableau de correspondances indicatif entre BTS et bacs pro. Au final, "seule une petite dizaine de BTS ne sont pas 'associés' à des bacs pro", constate Xavier Vinet à Nantes, en insistant bien sur le fait que ce document a pour vocation d'aider les chefs d'établissement à accueillir davantage de bacheliers pro, "surtout pas à les exclure".

De nombreux bacs, particulièrement dans les filières de services, n'ont pas de prolongement évident en STS

L'ordre des vœux sur APB inconnu des lycées

Le portail APB (Admission postbac) est également incriminé dans les difficultés à mettre en œuvre les directives ministérielles. Les STS recrutent des candidats sans connaître le rang auquel ils ont classé leur formation sur APB. Résultat : certains lycées peuvent avoir sélectionné 30% de bacheliers pro mais n'en comptabiliser, à la rentrée suivante, que 20% dans leurs effectifs car, parmi les bacheliers retenus, certains avaient placé le BTS en troisième ou quatrième vœu.

"Pour éviter ce biais, les chefs d'établissement doivent impérativement classer un maximum de candidats", insiste Valérie Grumetz, CSAIO de Rennes. Et éviter ainsi de se retrouver avec des places vacantes.


Isabelle Dautresme | Publié le