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Écoles de commerce : les campus parisiens, une implantation capitale

Cécile Peltier
Publié le
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Edhec Paris // DR
L'Edhec a ouvert un campus parisien dès 1988 et y a implanté sa cellule de formation continue dès 2000. // ©  EDHEC
Depuis quinze ans, les business schools hexagonales se pressent à Paris. Une localisation devenue incontournable, ou presque, pour qui veut développer sa formation continue et globaliser ses activités.

Paris, un passage obligé pour les écoles de commerce ? À en croire l'actualité, la réponse est "oui". Après Skema en 2008, Audencia, GEM ou encore l'EM Normandie en 2013, Kedge en 2015, voici l'EM Lyon. L'école de management rhônalpine devrait officialiser prochainement l'inauguration, à la rentrée 2016, de son antenne parisienne.

Espaces de coworking, mobilier modulable, campus intelligent, le tout abrité dans un immeuble haussmannien de 5.000 m2 à l'angle de la rue de Bercy et du boulevard Diderot, face à la gare de Lyon... La business school n'a pas l'intention de lésiner pour mettre à ses couleurs ce nouvel espace parisien dont elle aimerait tirer 15% de son chiffre d'affaires d'ici à 2020.

Depuis le début des années 2000, une bonne quinzaine d'écoles basées en région ont posé leurs valises à Paris, sur un "campus", qui va de quelques centaines à plusieurs milliers de mètres carrés. L'ESC Troyes, qui vient également d'annoncer son emménagement en septembre 2016 à la Défense, optera, elle, pour commencer, par 150 m2

Un campus parisien représente "un investissement important", reconnaît Thomas Froehlicher, directeur général de Kedge, qui s'est dotée, il y a un an, d'un espace de 1.000 m2 à proximité de l'Opéra.  Au loyer, souvent salé dans ces quartiers d'affaires, il faut ajouter les frais d'aménagement et d'équipement, nettement plus élevés que pour des locaux académiques lorsqu'il s'agit d'accueillir les cadres de la formation continue. L'EM Lyon annonce une facture de 5 millions d'euros, rien que pour l'aménagement et l'équipement en mobilier, matériel audiovisuel et informatique de son futur campus.

se rapprocher des grandes entreprises

"Un campus parisien revient plus cher qu'un campus en région", admet Frank Bostyn, le directeur général de Neoma. L'école, née de la fusion de Reims MS et Rouen BS, débourse autour d'un million d'euros par an pour faire fonctionner son site parisien (entretien, accueil, personnels...), mais le jeu en vaut la chandelle, assure son directeur : "Le marché est sur place et, au-delà de la viabilité financière même du site, les retombées sont très positives pour toute l'école."

Même son de cloche du côté de Skema : "Nous dépensons 10 millions d'euros par an pour faire fonctionner notre campus parisien, mais nous en retirons des bénéfices énormes, qui ne se calculent pas seulement sur le plan financier", se félicite Alice Guilhon, la directrice générale de Skema, qui, comme ses consœurs, a des projets d'extension. Un investissement indispensable pour une école aujourd'hui à deux conditions, selon elle : "avoir une ambition internationale et la volonté de développer la formation continue".

Cette implantation est tout d'abord un moyen de se rapprocher des grands groupes, concentrés en Île-de-France. Dans le viseur : la taxe d'apprentissage, le placement des étudiants et, de plus en plus, l'alternance. C'est l'une des raisons qui a poussé l'EM Normandie à sauter le pas.

Nous dépensons 10 millions d'euros par an pour notre campus parisien, mais nous en retirons des bénéfices énormes, qui ne se calculent pas seulement sur le plan financier.
(A. Guilhon)


"Beaucoup d'entreprises partenaires nous disaient : 'Nous avons des postes à pourvoir à Paris, si vos étudiants sont prêts à bouger, nous sommes très preneurs'", se souvient son directeur général, Jean-Guy Bernard. À l'instar de nombreuses écoles, le campus parisien de l'ESC normande accueille plusieurs cursus en alternance : les M1 et M2 du programme grande école, mais aussi les spécialités "manager des ressources humaines" et "digital business strategy".

Une fois diplômés, une bonne partie des étudiants poursuivent leur carrière en région parisienne. Une communauté que les écoles tentent de fédérer autour de rendez-vous réguliers sur leurs sites parisiens. L'EM Lyon rêve d'en faire une "une plateforme de diplômés".

Comme Néoma ou Audencia, l'école lyonnaise envisage également la création d'un incubateur pour accueillir étudiants et alumni entrepreneurs, mais aussi d'un espace business pour les entreprises partenaires en déplacement dans la région : "Au lieu d'attendre leur train au buffet de la gare, elles pourront venir chez nous", s'amuse Bernard Belletante.

CAP SUR LA FORMATION CONTINue

Tous ces acteurs constituent de potentiels clients pour la formation continue dans laquelle beaucoup d'écoles ont spécialisé leurs antennes franciliennes. Avec pour principale cible les cadres supérieurs. "La France est un pays centralisé et l'essentiel de la demande en la matière se trouve à Paris", assure Olivier Oger, le directeur général de l'Edhec (Lille, Nice).

La France est un pays centralisé et l'essentiel de la demande en la matière se trouve à Paris.
(O. Oger)


Arrivée à Paris en 1988, cette pionnière y a implanté sa cellule executive education dès 2000. Sa spécialité ? La formation diplômante à bac + 5, tournée vers la finance, le management et la stratégie. Quinze ans plus tard, sur les 20 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel du campus parisien, la moitié provient de la formation continue, et l'ambition est de passer à deux tiers d'ici à cinq ans.

À une époque où chaque minute compte, être proche du client est un vrai atout. "Les entreprises souhaitent que leurs collaborateurs se forment, mais à condition que cela ne dégrade pas leurs missions, à eux de s'organiser, le soir, le week-end..." constate Jean-François Fiorina, le directeur général adjoint de GEM. Les écoles qui l'ont compris développent une noria de Mastères spécialisés (MS, MsC) et autres programmes à temps partiel.

LE FILON DU POSTBAC

En parallèle, les écoles développent sur ces campus parisiens de nouveaux produits en matière de formation initiale. L'Île-de-France est en effet un gros réservoir d'étudiants. Les écoles ciblent en particulier le public postbac, peu mobile. Cette année, l'EM Normandie ouvre, pour la première fois à Paris, la première année de son programme master (100 places). "Un moyen, selon Jean-Guy Bernard de répondre à la demande des parents, qui souhaitent, pour des raisons familiales et économiques, voir leurs enfants rester étudier à Paris."

Mais c'est surtout sur les Bachelors – en trois ou quatre ans – que se concentrent les efforts. "Beaucoup de très bons lycées étant situés en Île-de-France, nous nous sommes rapprochés du marché", explique Jean-François Fiorina, le DGA de GEM qui propose dans la capitale la filière anglophone de son BIB (Bachelor International Business). 

UNE AMBITION MONDIALE

Pour toutes les écoles, les campus parisiens sont aussi devenus des vecteurs de globalisation. "C'est vérifié : chaque fois que nous mettons en place à Paris des programmes internationaux, nous avons une plus grande visibilité qu'en région", affirme Alice Guilhon. À la Défense, le campus de Skema — 4.000 m2 et 70 collaborateurs – accueille 1.500 étudiants, dont 50% d'étrangers, contre 35% en moyenne au sein du groupe. Objectif d'ici à cinq ans ? Capter un millier d'internationaux supplémentaires grâce à une gamme de programmes anglophones en formations initiale et continue.

Même ambition du côté de l'EM Lyon, qui table sur 1.000 étudiants d'ici à 2020, dont une majorité d'étrangers.

L'idée à travers ces sites parisiens est aussi d'attirer de nouveaux étudiants internationaux sur les campus historiques. "Vue de l'extérieur, la France est petite, et une fois sur place, les jeunes étrangers sont très mobiles", estime Catherine Leblanc, la directrice générale de l'Essca. De la centralisation donc, mais au service des régions.

Les Parisiennes d'adoption

Une quinzaine d'écoles de management non-Parisiennes ont, au fil des années, pris leurs quartiers dans la capitale. L'Edhec et l'Essca, respectivement installées en 1988 et 1993, font en la matière figure de pionnières.

On compte aussi, parmi ces Parisiennes d'adoption, Audencia, l'EM Normandie, l'ESC Dijon, l'ESC La Rochelle, l'ESC Pau, Grenoble EM, l'Iéseg, Kedge, Neoma, Skema, ainsi que TBS. Et bientôt l'ESC Troyes et l'EM Lyon.

Toutes les écoles ou presque affichent des projets d'extension ou de déménagement. C'est le cas d'Audencia, qui vient d'officialiser le renforcement de son implantation dans le quartier de Montparnasse où elle disposera de 700 m2, soit plus du double du campus actuel.

Cécile Peltier | Publié le

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Christophe Bardy.

Ce délire participe de l'explosion des frais de scolarité des écoles. En 1988, je payait moins de 2000€ par an à Sup de Co Grenoble (frais incluant la fourniture d'un PC portable par l'école). Aujourd'hui, la même école facture plus de 11000€ par an. Dans le même temps le volume horaire des cours a été divisé par 2 et demi. Heureusement donc que les universités ne suivent pas se modèle délétère sinon, la formation en management et en marketing serait réservée à un club de happy few.

PierreC.

ça fait du bien de voir ce dynamisme des écoles de commerce ! On se demande bien pourquoi il n'en va pas de même à l'université !

Coquet.

Imaginons que les universités françaises suivent ce modèle "dynamique",le M2 parisien deviendrait bien cher et rare et la province un désert universitaire . Les universités et les écoles supérieures sont avant tout au service de leurs Régions pour un développement harmonieux de la France . Qu'elles aient une ambition internationale pour quelques unes , capables de se mesurer aux meilleures dans le monde ,très bien ,mais s'il y a beaucoup d'appelées,il y aura sans doute peu d'élues .