« Faces visibles et cachées des classements internationaux : une tentative de modélisation des tensions dans le supérieur » (Jean-Marie de Ketele)

Dossier de Fabienne Guimont et Mathieu Ou
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La Revue internationale d’éducation de Sèvres du CIEP consacre son numéro de septembre 2010 aux palmarès et classements internationaux en éducation. Du secondaire au supérieur, les contributions d’une dizaine d’experts internationaux puisent leurs exemples en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. À l’occasion de sa sortie, nous publions en exclusivité un dossier spécial composé de synthèses sur les principaux articles et d’une interview de Jean-Marie de Ketele, consultant sur les réformes des systèmes éducatifs au Nord et au Sud. Dossier de Fabienne Guimont et Mathieu Oui 7 octobre 2010

Dans cet article, l’auteur, professeur émérite de l’université catholique de Louvain et de la chaire Unesco en sciences de l’éducation de Dakar, s’attache à ­mettre en évidence autant les aspects visibles que le hors-champ (ce qu’il appelle « face cachée ») des classements internationaux. Chaque élément est donc abordé sur ce double aspect : qui classe ? (et qui ne classe pas ?), qu’est-ce qui est évalué ? (et ce qui ne l’est pas ?), etc.

Fondant sa réflexion sur quatre grands classements (Shanghai, Taiwan, le Times QS et Webometrics) qui privilégient les critères de recherche, l’universitaire met notamment en avant le fait que les autres fonctions de l’université, enseignement et services à la société, ne sont pas ou guère prises en considération. Plus précisément, l’expert montre aussi que ce n’est qu’une partie de la recherche (celle opérée avec un paradigme expérimental quantitatif classique, plus facilement « objectivable et manipulable ») qui est prise en compte. Les classements mettent donc de côté des paradigmes de recherche plus complexes ou non objectivables et qui traitent notamment de sujets humains ou de phénomènes sociaux.

Quatre logiques principales

La seconde partie de l’article porte sur une modélisation des tensions dans les systèmes d’éducation. Pour ce faire, l’auteur croise deux dimensions (mesurable vs non mesurable, global vs local) et en déduit quatre logiques principales. La plus visible est celle qu’il appelle « société de la connaissance » où la recherche occupe une place centrale. Viennent ensuite la logique des universités régionales (fonction de service qui répond aux besoins régionaux), la logique  personnelle et institutionnelle (fonction enseignement), puis la logique sociopolitique (qui privilégie la fonction de veille et d’éveil des universités). De cette modélisation des tensions, Jean-Marie Ketele envisage une grande variabilité de situations qui s’organisent entre deux extrêmes : exacerbation des tensions entre établissements d’un côté ou phénomène d’inclusion de l’autre, où les différentes fonctions de l’université seraient reconnues et valorisées.

Réactions des acteurs

Évoquant le risque de globalisation et de standardisation de l’enseignement, l’auteur conclut néanmoins par une note d’optimisme. « Face aux experts et technocrates qui gèrent les évaluations internationales des systèmes éducatifs et aux équipes de scientifiques qui établissent les classements des universités, les acteurs qui en subissent les retombées commencent à réagir avec force pour des raisons diverses qui peuvent parfois s’allier : leurs intérêts personnels ou institutionnels sont menacés, leurs systèmes de valeur sont mis à mal. »

Mathieu Oui

7 octobre 2010


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