« Palmarès et classements : la formation et la recherche sous tension » (Michel Lussault)

Fabienne Guimont et Mathieu Oui
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La Revue internationale d’éducation de Sèvres du CIEP consacre son numéro de septembre 2010 aux palmarès et classements internationaux en éducation. Du secondaire au supérieur, les contributions d’une dizaine d’experts internationaux puisent leurs exemples en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. À l’occasion de sa sortie, nous publions en exclusivité un dossier spécial composé de synthèses sur les principaux articles et d’une interview de Jean-Marie de Ketele, consultant sur les réformes des systèmes éducatifs au Nord et au Sud. Dossier de Fabienne Guimont et Mathieu Oui 7 octobre 2010

En introduction à la somme de contributions de ce numéro spécial, Michel Lussault note que le classement ou palmarès universitaire apparaît comme « le nouveau droit canon de l’efficience » de l’enseignement secondaire ou supérieur. Quelles que soient par ailleurs les spécificités de l’évaluation de chacun des deux systèmes, « des logiques comparables sont à l’œuvre », comme le rappelle en préambule le président de l’université de Lyon, qui a coordonné l'ensemble du dossier.

Deux discours polarisants apparaissent à la lecture de ces articles. Le premier discours voit les classements comme un outil de diagnostic fiable de la fragilité d’un système face aux mutations mondiales et un instrument d’accompagnement de l’adaptation vertueuse et indispensable dudit système. Le second discours réfute cette évaluation ou tout au moins le principe de classement sur des critères quantitatifs. Deux ­discours « de vérité » selon Michel Lussault (« ils disent du vrai chacun à leur manière sur les système de formation, de recherche, sur les évaluations et leurs effets ») et qui peuvent se décliner de manière hybride.

Quand classer équivaut à qualifier

L’auteur interroge ensuite le postulat classer = qualifier. De plus en plus, un lien est établi entre performance quantifiée d’un système et qualité des actions de formation et/ou de recherche.  Mais, écrit Michel Lussault, « s’il n’est pas illégitime de penser que le bon classement est un indice de qualité, déduire l’inverse, ce qui n’est pas classé, ce qui est doté d’un faible score est médiocre, est en revanche un coup de force argumentatif qu’on doit refuser ». Une autre nécessité selon l’universitaire est de définir des voies complémentaires de mesure de qualité qui seraient par exemple d’inclure vraiment la dimension de « l’équité ou l’ouverture sociale ». Dernière ligne de force soulignée par le géographe : l’échelle variable d’évaluations qui mettent tour à tour l’accent sur une approche mondiale ou sur des spécificités locales ou régionales. Le chercheur regrette que les classements « se replient sur la fiction de l’existence d’une seule échelle de référence » et salue les tentatives d’organiser des classements à l’échelon régional qui permettraient de mieux refléter des processus de différentiation locaux et régionaux actuellement à l’œuvre.

Mathieu Oui

7 octobre 2010


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