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Insertion pro : ces enseignants investis… à leurs risques et périls

Sophie Blitman
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Forum Job Dating, en collaboration avec l'université d'Aix-Marseille. Rencontre entre jeunes diplomés et entreprises - 2013
Forum Job Dating, en collaboration avec l'université d'Aix-Marseille. Rencontre entre jeunes diplomés et entreprises - 2013 // ©  Romain Beurrier / R.E.A

Si veiller à l'insertion professionnelle des étudiants constitue une mission à part entière du métier d'enseignant-chercheur, cet investissement reste mal reconnu dans le monde universitaire. Certains y consacrent pourtant du temps, de l'énergie et de la passion, tout en sachant qu'ils prennent le risque de freiner leur carrière. Témoignages à l'occasion de la parution de l'enquête du ministère de l'Education nationale sur l'insertion professionnelle des étudiants des universités, mercredi 7 janvier 2015.

Sommaire du dossier

  • Insertion pro : ces enseignants investis… à leurs risques et périls
  • Certains enseignants-chercheurs parviennent à tout concilier…

    Denis Bernardeau Moreau, maître de conférences HDR en sociologie, université Paris-Est Marne-la-Vallée :

    "Il est vrai que concilier la recherche, l'enseignement et la responsabilité d'une formation n'est pas chose aisée. Mais je considère que l'insertion professionnelle de nos étudiants est une priorité de nos universités. Je partage donc mon temps de manière assez drastique. Quand je suis à la fac, je m'occupe de ma formation et reçois mes étudiants. Quand je suis chez moi, je consacre mon temps à mes articles et mes recherches."

    Jean-Luc Marcelin, maître de conférences en mécanique, université Grenoble 1 Joseph-Fourier, chargé de mission formation continue et alternance de l'UFR Phitem (physique, ingénierie, terre, environnement, mécanique) :

    "Le pilotage de formations en alternance est très prenant, mais est parfaitement reconnu par l'université Joseph-Fourier. Il donne lieu à des décharges de service importantes, ce qui permet de concilier cette activité avec une activité de recherche. De plus, les contacts suivis avec les entreprises ont des retombées positives pour la recherche, en favorisant l'obtention de contrats de recherche appliquée."

    … Mais beaucoup délaissent, avec regret, leur activité de recherche…

    Jean-Pierre Frangi, professeur, directeur de l'IUP génie de l'environnement, université Paris-Diderot - Institut de physique du globe de Paris :

    "La mission concernant l'insertion professionnelle est lourde, difficile, et finalement peu compatible avec la recherche académique pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le temps : l'animation des formations, le suivi des étudiants et les relations avec les entreprises sont très chronophages. Or, ce n'est ni de l'enseignement ni de la recherche. Résultat : il reste moins de temps pour la recherche. En outre, en général, faire du professionnel est péjoré et peu reconnu par les instances universitaires (au niveau du Conseil national des universités, par exemple), et donc peu attractif pour un jeune enseignant-chercheur qui ne sera évalué que par sa recherche." 

    Perrine Boutin, maître de conférences en cinéma et audiovisuel, université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle :

    "Je fais beaucoup d'enseignement, d'administration et de gestion de toute cette professionnalisation justement, et du coup très peu de recherche malheureusement. Il est difficile de tout conjuguer, mais j'estime que notre mission est avant tout tournée vers les étudiants, malheureusement au détriment de la recherche." 

    Je ne pourrai jamais postuler à un poste de professeur.

    … Quitte à renoncer à faire carrière

    Brigitte Prevel, maître de conférences en physique, chargée de développement "forum entreprises sciences et technologies", université Lyon 1 Claude-Bernard : 

    "Ce choix de travailler pour l'insertion professionnelle est lié à mon sens du travail collaboratif, à ma passion pour le développement de projets en faveur de la professionnalisation de l'étudiant. C'est un choix qui a des conséquences importantes : je ne peux faire une recherche de qualité et ne pourrai donc jamais postuler à un poste de professeur, je travaille 60 à 70 heures hebdomadaires pendant plus de la moitié de l'année universitaire sans aucune compensation ou heure supplémentaire."

    D'où la nécessité de mieux reconnaître l'investissement des enseignants-chercheurs

    Erwan Quesseveur, maître de conférences en géographie-géomatique, responsable du master Sigat, université Rennes 2 :

    "Il faudrait commencer par valoriser les pratiques les plus vertueuses aux yeux des enseignants-chercheurs. Aujourd'hui, l'évolution de carrière de ces personnels est strictement indexée sur l'activité de recherche, ce qui fait que cette action d'accompagnement des étudiants pour l'insertion professionnelle s'appuie uniquement sur la bonne volonté de quelques acteurs."

    "Enseignants-chercheurs à l'université, que faites-vous pour l’insertion professionnelle de vos étudiants ?

    Telle était la question adressée par EducPros aux enseignants-chercheurs au mois de novembre. Ces témoignages sont issus des réponses récoltées fin novembre 2014.

    Sophie Blitman | Publié le

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