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Dans les coulisses du recrutement des prépas d’élite

Baptiste Legout
Publié le
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Avec plus de 6.000 candidatures d’élèves de terminale à Louis-le-Grand, et entre 8.500 et 9.000 à Henri-IV, les places sont chères pour entrer en prépa dans ces lycées. Chaque établissement a développé ses méthodes de recrutement, dans le cadre d’APB, pour ne pas rater la perle rare… et ainsi ne pas faire mentir sa réputation.

Henri-IV fait des fiches sur tous les lycées

À Henri IV, une véritable machine de guerre se met en place chaque année en avril-mai et tourne pendant plus d'un mois pour dénicher les meilleurs candidats. Toutes filières confondues, c'est près de 600 élèves pour 8.500 à 9.000 candidats qui sont appelés, avec un léger surbooking pour les classes en concurrence avec Science po Paris et des universités étrangères, forcément absentes de la procédure APB.

Pour les choisir, un travail de fond est mené par de multiples commissions. Un premier tour permet d'évacuer 10% des candidatures, jugées fantaisistes. Pour les autres, le lycée établit un classement sur la base de plusieurs critères : les résultats de l'élève, son positionnement dans sa classe, le niveau de son établissement d'origine et, bien sûr, l'avis du chef d'établissement sur ses capacités à s'intégrer à la prépa demandée. Et chacune de ces recommandations est scrutée avec attention par Patrice Corre, proviseur de l'établissement, et ses équipes : "Nous possédons toutes les statistiques qui existent sur les lycées et nous avons nos propres fiches. Certains établissements nous envoient régulièrement des dossiers, nous savons reconnaître les plus fiables. À côté, d'autres lycées qui gonfleraient les dossiers et mettraient très favorable à tout le monde, feraient une grave erreur. Cela nous ferait douter de la valeur de leurs candidats, surtout si nous en avions pris les années précédentes et qui auraient peiné en cours."

Une fois ce premier classement établi, chaque candidature est passée au crible afin de dégager une liste définitive. Et à la fin, tous les dossiers terminent sur le bureau du proviseur qui les valide un à un. "Quand je trouve qu'il y a une incohérence, je reconvoque les commissions. Il y a toujours un moment où il faut trancher et c'est moi qui le fais. Je ne signe que ce que j'approuve."


Nous possédons toutes les statistiques qui existent sur les lycées et nous avons nos propres fiches.
(P. Corre)

Sainte-Geneviève à la recherche de candidats qui partagent ses valeurs

À Sainte-Geneviève, à Versailles (plus connu sous le nom de Ginette), on prend le temps de se plonger dans chaque dossier à la recherche des profils qui correspondent le plus aux valeurs de l'établissement. Ginette met en effet en œuvre une pédagogie ignatienne tournée vers l'excellence et l'humanisme.

Pierre Jacquemin, préfet des études en charge des classes scientifiques, en témoigne : "Chaque dossier est examiné par trois personnes différentes. En plus du dossier APB, nous demandons d'autres éléments comme des avis confidentiels des professeurs qui détaillent les compétences des élèves et indiquent s'ils obtiennent leurs résultats avec aisance ou non. Un autre élément clé, c'est la lettre de présentation du candidat. Ce qu'on choisit, ce sont des garçons et des filles, des hommes et des femmes, pas des classements."

L'idée sous-jacente est de dénicher les élèves les plus à même de vivre en communauté car l'internat est au centre de la pédagogie. "Tous nos élèves sont internes, même ceux qui vivent à Versailles, c'est ce qui nous permet de développer le travail solidaire. Chaque élève doit se sentir concerné par la réussite des autres, et pas uniquement par la sienne."

Le lycée Sainte-Geneviève à Versailles recherche des profils qui correspondent à ses valeurs jésuites

À Louis-le-Grand, les appréciations scrutées de près

"Nous ne jetons pas les dossiers du haut de l'escalier pour prendre ceux sur la première marche, c'est un travail très prenant avec une responsabilité terrible. À chaque fois que nous nous trompons, nous sommes malheureux, notamment pour ces élèves que nous avons retenus et qui patinent. Heureusement, il y a assez peu d'erreurs, nos résultats de passage en seconde année et aux concours l'attestent." Michel Bouchaud, proviseur de Louis-le-Grand, n'est pas peu fier de ses résultats.

Ce qu'il recherche, au-delà des têtes de classe, ce sont des jeunes aimant apprendre et se passionnant pour les matières qui leur sont enseignées. Les notes, seules, ne permettent pas de faire le tri, juge Michel Bouchaud. Il faut quelque chose de plus. "Nous ne pouvons pas classer les gens uniquement sur leurs résultats, ils sont tous très bons car joue un phénomène d'autosélection ! Nous devons aller aux appréciations. C'est là que nous allons trouver les éléments qui donnent des indications sur la capacité et l'intérêt qu'ont les élèves à étudier telle ou telle discipline mais aussi être renseignés sur leurs résistance face aux difficultés. S'ils viennent d'un lycée où ils ont 19 en maths et qu'ils obtiennent simplement 'très bon' comme appréciation, cela ne valorise guère leurs dossiers. Il faut que ces notes soient obtenues avec une relative aisance."

Parfois sous-estimées par les élèves, ces appréciations peuvent faire la différence. Le proviseur de Louis-le-Grand se rappelle avec intérêt d'un cas précis où un mot du professeur avait fait pencher la balance en faveur d'un candidat : "Nous avons accepté un jeune qui n'était pas excellent en français et en physique et qui venait d'un petit lycée de la grande banlieue parisienne. Il avait tout contre lui, le malheureux, lycée peu connu situé en ZEP, classe de niveau moyen... Mais son professeur de mathématiques nous a explicitement écrit qu'il s'intéressait déjà à des mathématiques très avancées et qu'il possédait une grande aisance dans le raisonnement abstrait. Aujourd'hui, c'est un de mes meilleurs élèves." Un rêve qui n'est cependant pas à la portée de tous...


Baptiste Legout | Publié le

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