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Nadia Nakhili : "Certaines familles ont des stratégies de préorientation dès le collège"


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Pour Nadia Nakhili, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université Joseph-Fourier de Grenoble, les stratégies des familles commencent très tôt pour intégrer les meilleures grandes écoles et conduisent ainsi à perpétuer une hiérarchie entre établissements.

Nadia Nakhili, sociologueCinquante pour cent des entrants dans les meilleures écoles viennent toujours d'un même nombre de prépas. Qu'est-ce qui peut expliquer ces statistiques ?

L'orientation vers les très grandes écoles ne passe pas par les prépas en général, mais par certaines prépas en particulier. Les élèves sont déjà à construire leur parcours en amont de la classe prépa. On voit des étudiants qui, dès le lycée, visent les meilleures classes pour faire Polytechnique et HEC. On peut même parler d'une préorientation. Je ne pense pas que les prépas en question préparent mieux que d'autres à ces concours, mais elles regroupent les étudiants qui souhaitent en amont viser ces grandes écoles.

Pourquoi les étudiants visent-ils ces prépas en particulier ?

C'est un effet de localisme et de traditions. Tout se passe comme si on avait introduit une forme de hiérarchisation dans le paysage : il y a les prépas qui conduisent aux grandes écoles et celles qui conduisent aux autres écoles. Certaines familles ont des stratégies de préorientation dès le collège. Même si, depuis les années 2000, on a noté une grande ouverture de classes préparatoires avec le développement des filières technologiques, ce ne sont pas celles-là qu'on retrouve en tête des classements.

Le système "prépa" est-il une cause d'inégalité et de reproduction des élites ?

Même si la sélection se fait au mérite sur la base du dossier, elle reste très corrélée aux stratégies des élèves et de leurs parents pour être très favorablement reçu dans ces prépas. Ce que j'avais relevé lors de mes recherches, c'est qu'on a plus de chances de se projeter en prépa quand on est soi-même issu d'un lycée avec prépa. Dans un lycée polyvalent de province sans prépa, il y aura peu de chances que les élèves s'intéressent à ce type de formation. C'est une spécificité française d'avoir le système prépa-école d'un côté, et université de l'autre. Si on souhaite supprimer les inégalités, il faudrait homogénéiser l'offre de formation. Mais même si on supprimait ces différenciations, il y aurait toujours des moyens que les usagers utiliseraient pour établir de la hiérarchisation entre établissements.


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Vos commentaires (4)

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lerbet.

Pour poursuivre le texte, il ne regrette pas son choix. Vous lui auriez demandé 6 mois plus tôt ce qu'il souhaitait, il vous aurait dit rester avec mes parents. Nous n'avons jamais rien fait pour qu'il parte mais nous avons du nous rendre à l'évidence. C'est donc en amont , avec les proviseurs qu'il faudrait travailler et cesser de vouloir tout niveler pour tout le monde jusqu'en Terminale car cette volonté demandée par le Ministère n'est pas respectée à Paris et c'est ce qui en fait une ville "d'élites" et pousse des élèves désireux de rester dans leur lycée et leur ville à partir néanmoins.... Cela se justifie et creuse des inégalités de plus en plus importantes au fil des années. Les professeurs doivent réagir, s'investir et offrir aux jeunes des approfondissements en respectant les motivations de chacun en s'associant aux Universités et en faisant intervenir des doctorants et des universitaires bénévolement pour travailler avec les élèves les plus motivés dans les divers domaines et ce dès la seconde et même dès le collège comme cela se pratique à Orsay et Paris...

lerbet.

Bonjour, Ce que vous dites se retrouve effectivement dans certaines familles. Nous les cotoyons malheureusement dans les établissements où certains n'hésitent pas à transgresser les règles pour obtenir les meilleures classes ou juger les professeurs , jeu auxquels des proviseurs se prêtent avec bienveillance parfois, mais pas toujours .... Ceci dit , nous sommes obligés de constater que pour avoir de bonnes chances de réussite, il faut toutefois accepter certaines constations et en tenir compte. Notre dernier fils a deux ans d'avance aussi nous ne souhaitions pas voir quitter sa ville natale en province au moment de son intégration en classe préparatoire. Il a eu l'opportunité de participer à un tournoi de jeunes mathématiciens en terminale qui confrontait des jeunes venus de toute la France. Aie, ce fut la douche froide. c'est dur de constater pour des jeunes que leur concurrents disposent dans leurs villes d'ateliers attachés au collège et au lycée où des professeurs dépassent très largement les programmes, où les élèves font preuve de connaissances beaucoup plus avancées et de raisonnements beaucoup plus pointus et abstraits que ce qui est exigé en lycée et plus particulièrement en terminale... Notre fils e revu totalement ses décisions: à la suite du concours régional il a élargi ses voeux APB à d'autres villes incluant Paris et le 31 mai à minuit moins cinq (5 minutes avant l'interdiction de modifier les choix) , suite à la dernière confrontation au niveau national, il a placé les lycées parisiens pour la classe préparatoire, comme plusieurs de ses amis. Il y est admis et ne regrette pas ca

Jeantot.

Il est de bon ton de stigmatiser les classes prépa. La critique de l'élitisme est facile et récurrente. Elle est faite toujours avec les mêmes clichés extrêmes des supers prépas classes élites, alors que les CGGE sont diverses, et dans la grande majorité pas toujours aussi élitistes que cela. Il faudrait peut-être arrêter de ne regarder que Paris, polytechnique et HEC. Il n'y a pas que cela dans la vie, il y a aussi des centaines d'écoles d'ingénieurs (115 rien que pour le concours commun...). Mais il faut aussi se demander pourquoi tant de jeunes et pas toujours de milieux aussi favorisés que cela vont dans ces CPGE, alors qu'ils vont beaucoup y travailler, voir y souffrir et qu'ils le savent ? Peut-être parce que les CPGE peuvent leur offrir la possibilité d'intégrer des écoles d'ingénieurs ou de commerce plus surement qu'à l'université ? Alors plutôt que de vouloir absolument discréditer un système qui marche et l'abolir ne devrait pas un peu s'en inspirer pour tirer la formation à l'université vers le haut, plutôt que de vouloir récupérer les meilleurs élèves en détruisant la concurrence ? Je précise que je travaille à l'université, et que je trouve que nous devrions faire un peu plus preuve d'auto-critique. Reste évidemment les moyens de travailler plus dignement, mais cela n'épuise pas le débat, je pense.

DELCAMPE.

un bémol : ces choix sont concrétisés dès la maternelle, voire avant pour certains parents CSP++ cela implique le déménagement, le choix éventuel d'un école privée, parfois hors contrat; le choix du secteur est primordiale l'élite est très parisienne !