Lettres, langues, sciences humaines et sociales : des effectifs en berne

Dossier réalisé par Fabienne Guimont
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Comment les filières de lettres, langues, sciences humaines et sociales (SHS) des universités résistent-elles aux baisses d’effectifs en licence ? Mal, répondent les chiffres de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance), du ministère de l’Enseignement supérieur. Sur les six dernières années (2005-2006 à 2010-2011), alors que ces effectifs affichent une baisse de 4%, ceux de SHS tombent à 23%, ceux de lettres-langage-art à 18% et ceux de langues à 10%. Dans des disciplines comme l’histoire, les inscrits ont même reculé d’un tiers en cinq ans. Moins attractives auprès des bacheliers, ces filières souffrent de surcroît de taux d’abandons en cours de licence (entre la L1 et la L3) très élevés, autour de 50%, soit deux ou trois fois plus que dans les sciences dures.



L’enseignement n’est plus LE débouché

Débouchés traditionnels de ces filières, les concours de l’enseignement n’attirent plus autant. En toile de fond, la réforme de la formation ou masterisation a malmené les vocations. Entre 2007 et 2011, les étudiants se présentant au CAPES de lettres modernes ou d’histoire-géographie, par exemple, sont près de 56% de moins. Et, pour la première fois, en lettres modernes, les admis n’ont pas rempli le nombre de places proposées au concours de la session 2011 ! Pour le concours de professeurs des écoles, le nombre de candidats à la dernière session est inférieur de 66% à celui de 2007. Des baisses qui suivent aussi la diminution du nombre de postes mis au recrutement (–72%).


«Aujourd’hui, une minorité veulent devenir prof : il faut donc se remettre en cause et évoluer»

«On assiste à une modification du paysage depuis cinq à dix ans. Avec les grèves de 2009 et la masterisation, on constate une chute brutale et continue des inscriptions en master enseignement, regrette Marie-Geneviève Gerrer, directrice de l’UFR langues et communication de l’université de Bourgogne. Avant, 90% des étudiants de LLCE [lettres, littératures, civilisations étrangères] devenaient enseignants : on ne se posait donc pas la question de leur insertion. Aujourd’hui, une minorité veulent devenir prof : il faut donc se remettre en cause et évoluer.» Cette germaniste, qui voyait encore 10 à 15 de ses étudiants passer le CAPES d’allemand il y a quatre ou cinq ans, observe que seuls 2 ou 3 étudiants au maximum s’y présentent désormais.

Des filières mal choisies

Un constat partagé par Julien Frémont, chargé de la communication et des médias au sein de l’UFR lettres, langues et sciences humaines de l’université Paris-Est-Créteil (UPEC), qui y ajoute une autre spécificité. «La désaffection des étudiants dans ces filières depuis dix ans est nationale et internationale. Les jeunes lycéens y venaient par défaut plutôt que par vocation, faute d’avoir été acceptés dans d’autres filières et beaucoup sont des bacheliers technologiques et professionnels», explique-t-il. Une tendance qui risque de s’accentuer avec l’afflux prévisible de bacheliers professionnels à l’université suite à la réforme du bac pro en trois ans.

Sur cette désaffection, l’ingénieur d’études de l’UPEC avance ses explications : «Il y a des stéréotypes sur ces études détachées du réel, sans débouchés. Les jeunes ont une impression de déjà-vu pour des disciplines qu’ils pensent avoir étudiées au lycée.» À partir de ces constats largement partagés, certaines universités de LLSHS ont décidé de réagir pour sauver leurs filières.


Un dossier réalisé par Fabienne Guimont
Février 2012


Dossier réalisé par Fabienne Guimont | Publié le