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Classements, attractivité… Pourquoi les universités et les écoles se regroupent

Amélie Petitdemange
Publié le
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Classements, attractivité… Pourquoi les universités et les écoles se regroupent
Le campus de Paris-Saclay, symbole des regroupements d'écoles et universités qui mobilisent l'enseignement supérieur français. // ©  UPSaclay
INFOGRAPHIE. Les regroupements entre écoles et universités se multiplient, facilités par une ordonnance du gouvernement. Une dizaine de projets seront validés au 1er janvier 2020, avec en ligne de mire la reconnaissance internationale. L’Etudiant s’est procuré la liste exhaustive de ces nouveaux établissements.

Le paysage de l’enseignement supérieur est en pleine mutation. A travers toute la France, écoles et universités se regroupent pour former une seule et même entité sous la forme "d'établissements publics expérimentaux".

L'Université Paris-Saclay regroupera ainsi trois universités et quatre grandes écoles, dont CentraleSupélec, l'ENS Paris-Saclay et AgroParisTech, ainsi que six organismes de recherche. Du côté de Grenoble, l’Université Grenoble-Alpes rassemblera la Communauté d’universités et établissements (ComUE) Grenoble-Alpes, l’Université Grenoble-Alpes (UGA), l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (ENSAG), l’Institut polytechnique de Grenoble (Grenoble INP) et Sciences Po Grenoble. Huit projets d'établissements publics expérimentaux sont ainsi en cours d'instruction, dont la plupart seront effectifs par décret au 1er janvier 2020.

Lire aussi : Les Comue, des regroupements à l'avenir incertain

Le schéma est le même avec les quatre nouvelles structures qui ont été validées en 2019, comme l’Université Côte-d’Azur qui regroupe notamment l’Université Nice-Sophia Antipolis, l’Institut de formation en masso-kinésithérapie et l’Ecole régionale d'acteurs de Cannes et Marseille (voir notre carte interactive).

Meilleure place dans les classements internationaux

Ces regroupements en cascade visent notamment à la reconnaissance internationale. "La mondialisation se fait aussi dans la formation. On ne peut pas être visibles et crédibles à l’étranger en étant dispersés", affirme Jacques Fayolle, directeur de Telecom Saint-Etienne et président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs).

La mondialisation se fait aussi dans la formation. On ne peut pas être visibles et crédibles à l'étranger en étant dispersés.
(J. Fayolle)

Ces regroupements auront notamment une incidence sur les classements internationaux : une structure qui rassemble plusieurs universités et écoles aura mathématiquement plus d’alumni, d’étudiants et de professeurs distingués par des prix ou publiés dans des revues par exemple.

Ainsi la future Université Grenoble-Alpes comptera 60.000 étudiants dont 9.000 internationaux, plus de 200 associations étudiantes, plus de 500 sportifs de haut niveau et 100 étudiants artistes de haut niveau. Elle postulera dans le top 50 mondial du classement de Shanghai 2020 pour 6 thématiques. L'Université de Paris, qui regroupe depuis mars 2019 l’université Paris-Diderot, l’université Paris-Descartes et l’Institut de physique du globe de Paris, est ainsi apparue pour la première fois cette année au classement mondial des universités de Times Higher Education, se hissant directement à la 130e place. La meilleure visibilité à l’international augmentera également l’attractivité des établissements auprès des étudiants étrangers.

"Avec ce regroupement, nous voulons attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs. Cela permet aussi de parler d’une seule voix à l’international et avec les collectivités locales", affirme Patrick Lévy, président de l'université Grenoble-Alpes.

Capacité de recherche décuplée

Les regroupements ont aussi pour objectif de mutualiser la recherche, notamment en termes de laboratoires. Certains regroupements sont d’ailleurs géographiques. Centrale Paris a ainsi déménagé sur le plateau de Saclay, à Gif-sur-Yvette, et sera rejoint par l’ENS Paris-Saclay (ex-ENS Cachan) fin 2019 et Agro Paris Tech en 2021. "Réussir un regroupement, c’est aussi réussir le rapprochement physique. L’Etat a d’ailleurs mobilisé des moyens immobiliers en ce sens avec le plan campus", souligne Pierre-Paul Zalio, président de l'ENS Paris-Saclay.

Ce plan campus, lancé en 2008 avec un budget de plus de cinq milliards d'euros, avait pour objectif de "faire émerger des campus d'excellence, vitrines de la France". Ces regroupements en cascade sont en fait le résultat d’une politique de longue date. Ils ont été impulsés dès 2010 par Nicolas Sarkozy avec les IDEX (Initiatives d’excellence) et les LABEX (Laboratoires d’excellence) pour créer des ensembles pluridisciplinaires d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial.

Réussir un regroupement, c'est aussi réussir le rapprochement physique. L'Etat a d'ailleurs mobilisé des moyens immobiliers avec le plan campus.
(P.-P. Zalio)

Une dynamique qui s’est poursuivie avec la loi ESR de 2013 permettant trois types de regroupements : la participation à des Communautés d'universités et d'établissements (ComUE), à ce jour au nombre de 19, l'association ou la fusion. Mais des points d’achoppements ont empêché certains regroupements et certaines ComUE ont été démantelées. Les grandes écoles voulaient notamment garder leur autonomie et leur image de marque.

"Garder notre personnalité morale"

Le gouvernement s’empare alors à nouveau du sujet. "En 2017, le ministère de la Recherche a demandé aux écoles de quoi elles avaient besoin pour entériner ces regroupements. Nous avons demandé de pouvoir garder notre personnalité morale", raconte Pierre-Paul Zalio.

C’est chose faite en décembre 2018 : le ministère de la Recherche publie une ordonnance qui permet "aux universités et aux grandes écoles d’expérimenter de nouvelles formes de rapprochement", avec notamment la possibilité de conserver leur personnalité morale. Les établissements deviennent des "établissements-composantes" rassemblés dans un "établissement public expérimental". L’ordonnance de 2018 a ainsi facilité ces regroupements en permettant davantage d’autonomie pour chacune des composantes, qui décideront au cas par cas des modalités.

"Chacun a dû faire des compromis"

Ces regroupements sont donc délicats et très lents à mettre en place. A Grenoble, le regroupement est en discussion depuis 2016, date de création de la ComUE Université Grenoble-Alpes. Pourtant, le décret entérinant la création de la nouvelle Université Grenoble-Alpes sera effectif au 1er janvier 2020.

Lire aussi : Les universités en quête d'autonomie réelle

"Chacun a dû faire des compromis et chaque mot des statuts de la nouvelle structure ont été savamment pesés", explique Pierre Benech, administrateur général de Grenoble INP. Les budgets seront propres à chaque école et université mais le président de la nouvelle entité pourra demander une révision du budget. Il donnera également son avis avant l’élection du directeur de chaque composante. L’université a quant à elle accepté de céder la négociation des brevets avec des partenaires extérieurs à Grenoble INP, futur pôle d’ingénierie et de management du site. Concernant les diplômes, ils seront gérés par chacune des composantes, qui restent maitres de leur accréditation, mais le président de l’université les signera également.

Grincements de dents

Les écoles qui ont une "marque" très reconnue étaient par ailleurs frileuses à l’idée d’être chapeautées par une nouvelle structure, perdant ainsi en visibilité. "Il faudra porter chaque marque et les mettre en avant, à travers le logo de la nouvelle entité par exemple", prévient Patrick Lévy, président de l'université Grenoble Alpes.

Du côté de Paris-Saclay, le regroupement est en réflexion depuis 2011. "Cela a pris du temps car ces regroupements vont dans deux sens : une logique d’établissements d’excellence et une logique de regroupement territorial. L’ordonnance de 2018 a permis d’ordonner ces deux logiques", explique le président de l’ENS Saclay, Pierre-Paul Zalio.

Il faudra porter chaque marque et les mettre en avant, à travers le logo de la nouvelle entité.
(P. Lévy)

Dans certains cas, des écoles se sont tout simplement retirées du projet. L’INSA de Lyon, qui devait faire partie du regroupement Université de Lyon aux côté des universités Lyon 1, Lyon 3, Jean Monnet et l'ENS Lyon, a ainsi abandonné le projet en juillet 2019. Le directeur de l’école, Eric Maurincomme, a annoncé sa démission et le conseil d’administration n’a pas voté le projet.

Adopter une stratégie marketing

Malgré l’ordonnance de 2018, les points d’achoppement sont encore nombreux. Dans un communiqué paru en juin dernier, la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs) et la CGE (Conférence des Grandes Ecoles) s’inquiétaient de "l'absorption des écoles d'ingénieurs à des objets universitaires". Elles dénonçaient aussi "une très forte injonction aux écoles d’ingénieurs d’abandonner la plus importante de leurs prérogatives, à savoir leur accréditation pour le diplôme d’ingénieur, ou d’accepter des contraintes qui entravent leur autonomie". Pour le président de la CDEFI, Jacques Fayolle, "les écoles doivent rester maître de leurs diplômes en les accréditant et les signant. Elles doivent aussi contrôler leurs recrutements".

S'il critique la mise en place de ces regroupements, Jacques Fayolle reconnait l’utilité de ces superstructures : "la formation est un marché concurrentiel, il faut adopter une stratégie marketing". Une petite révolution pour ces établissements, qui doivent se convertir à la culture "anglo-saxonne". En plus des établissements publics expérimentaux validés et de ceux en cours d’instruction, trois nouveaux projets pourraient d’ailleurs être déposés au ministère de l’Enseignement supérieur.

D’autres regroupements en perspective
Certains établissements opèrent des regroupements hors du cadre de l’ordonnance de 2018 qui permet de créer des établissements publics expérimentaux. Centrale Lille Institut regroupera par exemple Centrale Lille, l’IG2I, l’ITEEM et Chimie en janvier 2020. Ce nouvel ensemble aura 7 laboratoires de recherche et 50 millions d’euros de budget.


Amélie Petitdemange | Publié le

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Frida la blonde.

Rien du coté de Marseille : dommage