Recherche : pourquoi le développement durable investit les chaires

Ioana Doklean
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Les Mines ParisTech // DR
Les Mines ParisTech // DR
Utiles pour le budget en période de crise, les chaires en partenariat avec les entreprises se multiplient au sein des grandes écoles et des universités. Beaucoup d'entre elles portent sur le DD ou la RSE. Greenwashing ? Effet de mode ? Ou réel intérêt pour ces thématiques ?

Avec dix-neuf chaires au compteur – la première datant de 1985 —, l’ESSEC mène la politique partenariale la plus développée et la plus ancienne. Quatre d’entre elles sont clairement identifiées comme relevant du développement durable (DD) ou de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). «Si ce n’est plus», puisque d’autres peuvent aborder ces sujets de façon plus ou moins directe, estime Jean-Pierre Choulet, directeur général adjoint en charge des relations extérieures à l’ESSEC.

Pour les entreprises, le premier avantage des chaires est fiscal, car le régime du mécénat auquel elles sont soumises leur permet de défiscaliser 60% de leur don. En revanche, les entreprises n’ont pas toujours la propriété intellectuelle des résultats de recherche. Ce qui explique pourquoi une chaire peut sembler «peu adaptée sur des matières techniques, mais le devient vraiment pour les thématiques environnementales et sociales : elle permet de défricher des sujets nouveaux», avance Benoît Legait, président de la fondation Mines ParisTech et ancien directeur de l'école d'ingénieurs. Mais il ne faut pas négliger «l’aspect affichage», selon lui. L’école d’ingénieurs parisienne possède seize chaires, dont neuf DD. Les partenaires ? Areva, ArcelorMittal, Lafarge, Total, etc.

Une demande des entreprises


Pour le directeur général adjoint de l'ESSEC, si effectivement il fut un temps où le développement durable était un élément de communication, les entreprises ont aujourd’hui compris que cela devenait un facteur de compétitivité et «l’ont placé au cœur de leur business model». «Les chaires sont des passerelles entre le management et les préoccupations des entreprises», affirme-t-il.

La chaire «Immobilier» de l'école de commerce, créée au début des années 2000, a ainsi évolué il y a trois ans vers «Immobilier et développement durable», parce que le Grenelle de l'environnement a posé de nouvelles exigences sur le bâti et que les entreprises ne peuvent les ignorer, explique Ingrid Nappi-Choulet, professeur titulaire de cette chaire.

Les entreprises deviendraient même proactives... «Depuis six-sept mois, de plus en plus de sociétés nous ont demandé comment nous pouvions les aider à densifier la présence de la responsabilité sociale dans leur modèle d'entreprise», se réjouit Jean-Pierre Choulet, sans pour autant dévoiler le nom de ces entreprises car «le processus de création d'une chaire est très long».

S’affirmer sur un sujet


Du point de vue des grandes écoles, une chaire est en effet un moyen de «susciter un travail académique et de s'affirmer sur un sujet donné avec des moyens importants», rappelle l'ancien directeur des Mines ParisTech. Une chaire peut rapporter en moyenne 300.000 € par an pendant cinq ans.

Les universités suivent aussi le mouvement. Dauphine a par exemple monté sa première chaire en 2006. «Sur seize chaires, cinq sont liées au développement durable, avec des profils assez différents et complémentaires», indique Françoise Quairel, chargée de mission DD à l'université. 


Ioana Doklean | Publié le