Développement durable et enseignement supérieur en Afrique : 2ie, une école d’ingénieurs en phase avec son environnement


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L’école 2ie (Institut interrégional d’ingénierie de l’eau et de l’environnement) à Ouagadougou, au Burkina Faso, a fait du développement durable son axe de développement. Reconnue par la Commission des titres d’ingénieur (CTI) en 2009, elle recrute ses étudiants dans toute l’Afrique. Un MBA devrait ouvrir à la rentrée 2012 avec Dauphine.

«En 2005, quand nous avons dû opérer des choix stratégiques de recherche pour refonder l’école à partir des enjeux pour l’Afrique du futur, le développement durable s’est imposé. D’autant que les deux établissements dont elle est issue faisaient du développement rural – équipement et hydraulique – qui posait déjà les fondamentaux du développement durable.» Artisan de cette métamorphose de l’école dont le titre d’ingénieur est reconnu par la CTI, Paul Ginies, le directeur de la fondation 2ie, ne s’arrête pas au concept du développement durable. Ce dernier imprègne les cinq métiers préparés dans les secteurs de l’eau, de l’environnement, du génie civil, des mines et de l’énergie. Ses deux centres de recherche – eau-climat et énergie-habitat durable – sont aussi directement concernés par le sujet.

Des chambres étudiantes en briques de terre compressée


Au-delà de l’image positive, comme ailleurs, du développement durable, l’école fait de ses améliorations environnementales de réels supports pédagogiques. «Nous avons mis au point un traitement des eaux par les plantes dans les chambres des étudiants. Cela leur montre l’efficacité du traitement en termes de développement durable», illustre Paul Ginies. La dizaine de chambres d’étudiants sont construites en briques de terre compressée, mises au point dans un des laboratoires de l’école et composées de moins de 10% de ciment. L’objectif est d’en construire un millier dans les deux ans.

L’école accompagne par ailleurs une commune, à 150 km de Ouagadougou, dans son traitement des déchets, en impliquant la population. «On développe des solutions qui ne viennent pas du Nord, avec des professeurs à 80% africains, et en associant les étudiants à la recherche de ces solutions. Le développement durable est une création de valeur qui nécessite des investissements dans la limite de nos moyens, mais qui présente une congruence avec nos formations et notre recherche.»

Du côté des entreprises, l’établissement forme le personnel des hôtels Azalaï sur leur maîtrise énergétique après en avoir fait l’audit, ou évalue la capacité des installateurs de panneaux solaires agréés pour la Société générale du Burkina Faso, qui a conçu un crédit aux particuliers pour acquérir de l’énergie solaire. Son innovation de moteur flexi-énergie (solaire-thermique) a été récompensée de 2 millions d’euros de la part de l’Union européenne.

Former des ingénieurs sur place


Même payante (de 2.100 à 3.800 € par an), la formation des étudiants sur place permet un gain financier important pour les familles des classes moyennes qui n’auraient pu envoyer leur enfant en Europe ou aux États-Unis. «C’est le principal avantage du développement durable. 90% de nos diplômés trouvent du travail dans les six mois suivant la fin de leurs études. Mais c’est aussi leur bien meilleure capacité à agir dans leur milieu que celle d’un expatrié bardé de diplôme.»

Le directeur met également à l’actif du développement durable de son école ses formations à distance où sont inscrits 850 étudiants dans 35 pays, dont Haïti et la France. «La formation à distante est un outil efficace du développement durable car elle diffuse la formation sans polluer. Le coût de la formation, d'environ 2.000 €, est celui d’un billet d’avion», compare Paul Ginies.

En répondant à une demande de formation des entreprises du continent africain, ce repositionnement de l’école a été payant : elle reçoit 3.000 candidatures de 27 pays pour 500 places en première année postbac et accueille désormais 25% de filles, contre 8% lorsque la thématique de l’école portait sur le développement rural.

Un dossier de Fabienne Guimont
Janvier 2012

2ie en bref

Née dans la foulée des indépendances africaines, l’école 2ie (Institut interrégional d’ingénierie de l’eau et de l’environnement) à Ouagadougou, au Burkina Faso, a obtenu la reconnaissance de la CTI pour son titre d’ingénieur en 2009. Depuis 2005, son organisation a été totalement réformée, la faisant passer d’école interétatique à une fondation internationale recevant des financements publics et privés. L’école recrute ses étudiants dans toute l’Afrique. Son offre de formation s’étend du bachelor, de la licence professionnelle aux master et titre d’ingénieur. Un MBA devrait ouvrir à la rentrée 2012 avec Dauphine.

Fabienne Guimont

Janvier 2012


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