Développement durable : la CGE et la CPU veulent pousser leur modèle de labellisation sur le devant de la scène européenne


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La Conférence des présidents d’université (CPU) et la Conférence des grandes écoles (CGE) organisent un colloque à l’Unesco, les 19 et 20 janvier 2012, sur les écocampus. Deux jours placés sous des auspices internationaux pour promouvoir l’idée que la France pourrait avoir son mot à dire dans la création d’une labellisation des établissements d’enseignement supérieur en matière de développement durable (DD). Entretiens croisés entre Sylvie Faucheux, présidente de l’UVSQ et de la commission DD de la CPU, et Christian Brodhag, délégué DD à l’École des mines de Saint-Étienne et ancien délégué interministériel au développement durable.

Un an et demi après avoir lancé le référentiel Plan vert , la CPU et la CGE continuent-elles de travailler ensemble ?

Christian Brodhag. Oui, une présentation conjointe d’une nouvelle version de ce référentiel commun sera faite à l’Unesco. Ce référentiel développement durable, jusqu’alors très centré sur la dimension environnementale, est élargi aux dimensions sociale, insertion territoriale, gouvernance et enseignement-recherche. Sur chacune des dimensions, les établissements pourront mesurer leur engagement sur une échelle en cinq niveaux. Le niveau 1 sera le plus bas, le niveau 3 celui de la conformité réglementaire et le niveau 5 qualifiera l’excellence. Parmi les obligations, même si elles ne sont pas accompagnées de sanctions, figurent le bilan carbone que les établissements doivent transmettre au préfet de région, la performance énergétique des bâtiments ou la diminution de l’utilisation de papier par exemple. Ce référentiel est un moyen de préparer la labellisation, qui est un des objectifs du Grenelle. Des audits à blanc pourraient avoir lieu en septembre 2012.


«Ce référentiel est un moyen de préparer la labellisation, qui est un des objectifs du Grenelle»

Sylvie Faucheux. La première version du référentiel Plan vert, adoptée par 45 universités, va être simplifiée sur certains points et développée sur d’autres. Une vingtaine d’universités et une vingtaine d’écoles l’expérimentent cette année jusqu’en mai-juin, avant qu’elle ne soit utilisée à la rentrée par l’ensemble des écoles et universités.

Est-ce que vous voulez aller plus loin en labellisant les écoles et universités en matière de développement durable ? Quelle est votre stratégie avec le colloque que vous tenez à l’Unesco ?

CB. La labellisation dans ce domaine n’a de sens qu’au niveau européen, voire international. L’objectif du colloque de l’Unesco est de mobiliser les participants et de confronter notre modèle à d’autres – comme celui des Pays-Bas qui ont mis au point un instrument d’audit, ou encore un projet de labellisation des enseignements d’ingénieurs au niveau européen. Les jeux sont ouverts.

Nous voudrions que la labellisation ne porte pas uniquement sur la dimension environnementale, mais qu’elle intègre une vision large du développement durable, comme le fonctionnement des établissements, la programmation de l’enseignement et de la recherche. Les labels sont un des éléments de la compétitivité internationale entre les établissements, et le développement durable peut être un facteur d’attractivité des étudiants. Les entreprises peuvent également avoir envie de recruter des étudiants formés à la RSE [responsabilité sociale des entreprises] : former les jeunes pour conduire les mutations des économies vertes est essentiel. Des critères sur le développement durable pourraient être introduits dans un classement comme celui de Shanghai.



«La dimension environnementale va certainement être discriminante dans les grands classements internationaux»

SF. L’objectif est de s’orienter vers une labellisation européenne où la France soit force de proposition. Pour le moment, il y a des velléités du système américain ou d’officines privées pour se positionner, mais rien n’est stabilisé au niveau européen. Il est intéressant de noter que, dans le dernier classement Green Metrics, les meilleures universités anglo-saxonnes ont répondu. La dimension environnementale va certainement être discriminante dans les prochains grands classements internationaux. Le colloque de l’Unesco permettra de faire prendre conscience que cette dimension développement durable est importante par rapport à l’international et que nous avons une longueur d’avance avec un référentiel qui défend aussi les dimensions sociales et territoriales.

Il est important que cette labellisation soit reconnue par des pairs, sinon des cabinets de consultants pourront labelliser en utilisant des systèmes américains, comme ce qui s’est passé avec la RSE. Le gouvernement français pourrait ensuite s’emparer de ce référentiel pour faire des propositions d’écocampus au niveau européen.

Les établissements s’engagent-ils de la même manière dans le développement durable ? Dans quels domaines enregistre-t-on les avancées les plus notables ?

CB. Non, il y a plusieurs cultures au sein des grandes écoles. Les écoles d’ingénieurs sont plus avancées dans leurs projets pédagogiques et de gestion des déchets, par exemple, alors que les écoles de commerce sont davantage positionnées sur l’éthique et moins sur les aspects matériels.

SF. Beaucoup d’universités se sont focalisées sur la mobilité sur leur campus, comme les vélos partagés ou des partenariats avec les collectivités pour les transports collectifs. S’agissant de l’efficacité énergétique, des universités prennent contact avec de grands groupes du secteur de l’énergie ou du BTP. Les choses bougent aussi car l’AERES a intégré dans l’évaluation des établissements quatre indicateurs : la consommation énergétique et le rejet de CO2, la consommation en eau, la formation du personnel au développement durable et les achats responsables. Sur la formation des personnels, l’UVSQ a mis en place un DU. La formation des personnels fera même l’objet d’un des prochains colloques de l’ASG [Association des secrétaires généraux]. Des directions ou des services dédiés au développement durable se créent dans les universités. Et les professions de foi des candidats aux postes de président d’université comportent pour certaines des paragraphes entiers sur le DD, ce qui est nouveau.


Propos recueillis par Fabienne Guimont

Janvier 2012

Plan Vert : le nouveau référentiel dévoilé

En 2010 la CPU et la CGE ont mis en place un référentiel développement durable dans le cadre du Plan Vert. Ce référentiel structuré autour de 5 thématiques - stratégie et gouvernance, formation, la recherche, politique sociale et ancrage terri territorial et environnement – comportait 129 questions auxquelles devaient répondre les établissements. Ces derniers par le biais d’une autoévaluation pouvaient ainsi appréhender leur « niveau » - allant de la prise de conscience à l’exemplarité en matière de développement durable. Le nouveau référentiel a été simplifié – 63 items au lieu de 129 – et les items ont été hiérarchisé – 19 des 63 variables sont dites stratégiques -. Par ailleurs, un nouveau niveau apparaît, le niveau 3 qui correspond au respect de la réglementation, des objectifs du canevas plan vert (Stratégie nationale de développement durable 2010-2013).

Une initiative qui s’appuie sur la loi Grenelle 1 dans son article 55 du 3 août 2009, qui impose à tous les établissements d'enseignement supérieur de mettre en place une démarche Développement Durable dans ses dimensions économique, sociétale et environnementale sous la dénomination "Plan Vert", terme officialisé le 17 juin 2010. FD


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