Ecole universitaire Paris-Saclay : le symbole d’une université à deux vitesses ?

Pierre Tourtois
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Ecole universitaire Paris-Saclay : le symbole d’une université à deux vitesses ?
Le campus d'Orsay accueillera une partie des étudiants de l'École universitaire Paris-Saclay. // ©  Marta NASCIMENTO/REA
Dès septembre, l’Université Paris-Saclay comportera deux voies distinctes : une première, sélective, composée d’exigeantes licences doubles diplômes et une seconde, l’Ecole universitaire Paris-Saclay, ouverte à tous les bacheliers. Changement de paradigme ou normalisation d’un système à deux vitesses ? Décryptage.

S’il s’agit d’une expérimentation vouée à durer dix ans, elle ressemble à un test grandeur nature : dès la rentrée, l’Université Paris-Saclay (UPS) brisera le tabou de la sélection à l’université aux bacheliers en proposant deux voies distinctes. "En première année, les profils sont hétérogènes entre les bons étudiants et ceux qui se cherchent. Ce nouveau système apporte une réponse adaptée à ces situations variées", estime Isabelle Demachy, vice-présidente en charge de la Formation innovation pédagogique et de la vie étudiante.

La première voie, donc, accueillera sur le plateau de Saclay de jeunes bacheliers de bon niveau, visant des études longues, avec un adossement renforcé à la recherche et une ouverture vers l’international. Sur le modèle des 'graduate schools', 15 à 20 doubles diplômes mêlant licences pluridisciplinaires et DU – "Économie et mathématiques" ou encore "Droit, sciences et innovation" – seront délivrés, avec l’objectif de progresser au sein des classements internationaux et de recruter, idéalement, les meilleurs bacheliers attirés jusqu’ici par les CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles).

Lire aussi : Classements internationaux : le positionnement des universités françaises, un gage d'attractivité

Vers un meilleur accompagnement ?

La seconde voie, l'Ecole universitaire de premier cycle Paris-Saclay, présentée comme une "école interne", aura pour théâtre les campus d’Orsay, Sceaux, Cachan, Châtenay-Malabry, Guyancourt ou d’Évry. Elle réunira les licences disciplinaires, les licences professionnelles, les formations paramédicales et les DUT délivrés jusqu’ici par l’université Paris-Sud, la Faculté des Sciences d’Orsay, la Faculté des sciences du sport (STAPS), la Faculté de pharmacie, la Faculté droit-économie-gestion Jean Monnet, les IUT de Sceaux, d’Orsay, de Cachan et la première année des études de santé.

En première année, les profils sont hétérogènes entre les bons étudiants et ceux qui se cherchent (I. Demachy, VP formation)

D’où cette interrogation : privée des meilleurs éléments, poussés à rejoindre la voie "royale" universitaire, l’Ecole universitaire de premier cycle Paris-Saclay sera-t-elle le parent pauvre de l’UPS ? La réponse est 'non', affirme Isabelle Demachy : "L’objectif, c’est d’allier dynamique de la recherche et encadrement des étudiants du premier cycle : d’ailleurs, les enseignants-chercheurs interviendront dans les deux structures".

Par exemple, les dispositifs 'Oui si' seront de mise, avec un contrat pédagogique passé entre l’étudiant et l’université. Des passerelles vers les meilleures formations de Paris-Saclay existeront pour les meilleurs "candidats" de l’Ecole universitaire de premier cycle.

“Si les étudiants sont mieux accompagnés, je n’ai rien contre cette approche. Mais les postes d’enseignants manquent et ce sont des étudiants-chercheurs, mal rémunérés, qui permettent de boucler les emplois du temps. Et la nouvelle organisation ne promet pas plus de moyens”, estime cependant Steven Martin, enseignant-chercheur et vice-président formation du Laboratoire de recherche en informatique.

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Un manque de moyens ?

Pour favoriser des “pédagogies actives”, entre autres objectifs, l’Ecole universitaire de premier cycle a été dotée d’un budget d’un million d'euros. Issu des fonds Idex et de la loi ORE, il vient s’ajouter aux ressources allouées aux universités qu’elle réunit.

Mais si "les intentions de 'pédagogie renforcée' sont louables, elles sont irréalistes tant les moyens manquent", s'inquiète Emmanuelle Rio, enseignante-chercheuse et déléguée SNESUP-FSU. Selon elle, "un établissement comme Polytechnique bénéficie de subventions massives pour quelques centaines d’étudiants y compris pour son Bachelor à 12.000 euros (NDLR : 15.000 pour les non-Européens) par an".

Si les intentions de 'pédagogie renforcée' sont louables, elles sont irréalistes tant les moyens manquent (E. Rio, Snesup-FSU)

A terme, elle s'inquiète du fait que les enseignants devront choisir entre l’Ecole universitaire et l'Université Paris-Saclay : "C’est ce qui s’est passé quand Polytechnique n’a pas souhaité rejoindre l’Université Paris-Saclay”, souligne Emmanuelle Rio.

Si le sujet n’est pas sur la table, la question a du sens, tant leurs sites Internet, leurs identités visuelles, les structures d’accueil, les discours et les visions diffèrent entre l’Université Paris-Saclay et l’Ecole universitaire Paris-Saclay. “Il n’est pas du tout prévu de séparer les deux entités. La majorité des étudiants de l’Université Paris-Saclay en master seront issus de l’Ecole universitaire de premier cycle. Cela prouve que la 'continuité' est possible entre les deux filières”, assure Isabelle Demachy.

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Une professionnalisation assumée, revendiquée

Toutefois, obtenir brillamment une licence disciplinaire ne constituera pas un blanc-seing vers les masters de l’Université Paris-Saclay. "Tout dépendra des options choisies et de la qualité du dossier de candidature. Il faut une cohérence évidente entre le parcours de l’étudiant et ses objectifs. L’Université Paris-Saclay proposera aussi des masters dans la continuité de l’Ecole universitaire”, précise Steven Martin.

Dans le même esprit, si 80% des élèves actuels d’IUT continuent leur cursus vers d’autres formations, cette proportion est amenée à baisser au sein de l’Ecole universitaire Paris-Saclay, mais aussi plus largement en France. "Les IUT ont pour vocation à former des professionnels, à niveau bac+2 et bientôt bac+3, avec la réforme nationale qui va vers la création des BUT (bachelors universitaires de technologie). D’ailleurs, ils devront accueillir au moins 50% de bacheliers technologiques, avec pour ces étudiants, un pourcentage de réussite d’au moins 70%", précise Isabelle Demachy.

Cette réforme, suspectée de faire baisser la valeur du futur BUT, est d’ailleurs dépeinte comme une régression par certains syndicats. "Les IUT, c’était en quelque sorte un 'rattrapage' pour de bons lycéens ne pouvant pas, ne souhaitant pas, aller en CPGE mais ciblant un master professionnel, par exemple. En refermant cette porte, on va restreindre l’ascenseur social", estime Emmanuelle Rio.

D’ailleurs, l’insertion professionnelle figure comme un objectif affiché par l’Ecole universitaire Paris-Saclay : "Construites avec des entreprises et des employeurs du secteur visé, nos formations vous préparent à votre entrée professionnelle dans le monde socio-économique".


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Jean-Philippe.

Par définition, une école de premier cycle offrant des licences ne peut être qualifiée de "Graduate School" qui ne comporte que des masters et doctorats.

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