Ecoles d’art privées : la mise en place de bachelors a-t-elle été payante ?

Oriane Raffin
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Ecoles d’art privées : la mise en place de bachelors a-t-elle été payante ?
L'offre de formations des écoles d'art privés a été complètement revue pour coller à la réforme du LMD. // ©  bunyiam/Adobe Stock
Pour coller au système LMD, les écoles d’art privées ont réorganisé leur offre de diplômes. Objectif : booster leur attractivité grâce aux bachelors, bien connus des étudiants.

Face à la disparition des BTS et de l’année de MANAA (mise à niveau en arts appliqués) d’une part, et la création du DNMADE (diplôme national des métiers d’art et du design, de niveau bac+3) d’autre part, les écoles d’art privées – qui, jusqu’alors préparaient en grande partie aux BTS – ont dû faire évoluer leurs stratégies et leurs offres de formation.

Une démarche bien accueillie dans une large majorité. "Nous faisions face à l’incongruité de la situation : nos étudiants faisaient trois années d’études avec la MANAA mais obtenaient un bac+2", explique Dominique Beccaria, directrice générale de l’Ecole de Condé. Avec la fin des BTS, les écoles d’art privées ont donc fait évoluer leur offre, principalement en généralisant les bachelors. Pour Dominique Becarria, le résultat est plus "cohérent" pour les étudiants, qui valident ainsi leurs trois années de formation.

Changement concret principal : les établissements privés ne préparent donc plus à un diplôme reconnu, le BTS, mais ont développé leur propre offre. "Cela nous a permis de repenser et de réorganiser le référentiel et la stratégie, indique Dominique Beccaria. Mais il n’y a pas eu de changement radical, car tout fonctionnait bien. On a réinterrogé les choses et nous disposons d’une certaine liberté en quittant le référentiel de l’Education nationale."

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La réputation des écoles comme facteur d’attractivité

Pour autant, comment réagissent parents et étudiants face à un diplôme, le bachelor, qui ne dispose pas du même statut que le BTS ? "On se retrouve dans un marché extrêmement concurrentiel, avec des diplômes d’établissements homologués – ou non – des DNMADE reconnus, etc. Allez expliquer la différence aux jeunes et à leurs familles, alors que Parcoursup vient brouiller les pistes…, déplore Christine Fourage, secrétaire générale du SNPEFP-CGT (Syndicat national des personnels de l'enseignement et de la formation privés). On entretient la confusion au détriment de la qualité. Il n’y a pas d’harmonisation, pas de contrôle de la qualité."

Chaque établissement propose en effet son propre bachelor, sans référentiel global. En clair, cela signifie qu’une école organise sa formation sans devoir s’aligner sur un contenu ou un programme précis, national. Par ailleurs, si certains bachelors disposent d’un titre RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), et donc d’une reconnaissance du ministère du Travail, ce n’est cependant pas systématique.

"Le BTS rassurait davantage les parents au début car c’est un diplôme d’Etat. Mais aujourd’hui, la notion de bachelor est de plus en plus intégrée", estime cependant Sonia Lecomte, directrice de l’école Lisaa Rennes. "L’arrêt du BTS a moins représenté un frein que ce qu’on ne craignait, car il est arrivé à un moment où l’école disposait d’une reconnaissance très forte du monde professionnel, confirme Dominique Beccaria. Les étudiants et les parents ont confiance dans notre diplôme qui n’est pas un diplôme d’Etat mais dispose d'un titre RNCP."

Une perception partagée par Yann Fabes, directeur de l’Atelier de Sèvres : "Un étudiant ne choisit pas aujourd’hui en fonction de la typologie de diplôme, mais plutôt en fonction de la réputation de l’école. Dans d’autres domaines que les arts, on cherche un métier, on a une vision précise. Là, ils s’identifient davantage à l'établissement."

Ce que confirme Constance Pascal, étudiante en troisième année de bachelor Design graphique à l’Ecole de Condé de Nice, qui a été attirée par le "côté professionnalisant de la formation" : "On m’a dit qu’à la fin, j’aurais un métier entre les mains", confie l'étudiante. Quant à son futur diplôme, elle estime que "dans les métiers d’art, il est reconnu. Je n’ai pas eu de problème à trouver des stages".

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Des parcours plus cohérents en bachelor

Sur le papier, la promesse du bachelor semble souvent plus claire pour les étudiants, avec une appellation qui a pris ses marques dans l’enseignement supérieur privé et des écoles qui s’appuient sur une communication importante pour le mettre en avant. En face, les DNMADE préparent aussi au bac+3 mais ces formations sont encore peu connues et proposent des contenus pouvant varier selon les écoles. Les établissements de l’Ecole de Condé notent en tout cas qu’un nombre "non négligeable" d’étudiants, décontenancés par leur première année en DNMADE, se tournent vers eux en cours de parcours pour se réorienter en bachelor.

Sonia Lecomte estime aussi que les bachelors proposent "des parcours plus cohérents" : "Avant, nous avions des étudiants qui arrivaient chez nous pour faire une année avant de postuler en BTS. Désormais, ils entrent à l’école pour le contenu dans sa globalité. Cela change l’approche des primo-arrivants, les choses sont plus lisibles."

Si les établissements privés ne sont pas en mesure de tirer de bilan chiffré de la mise en place des bachelors, ils semblent cependant confiants. "Nous constatons une augmentation du nombre de candidatures, qui est sûrement poly-factorielle, note Dominique Beccaria. Le bachelor qui permet de reconnaître les trois années d’études en fait partie." Reste aux élèves de terminale et à leurs parents de se repérer dans l’offre, car la lisibilité des différents diplômes et de leurs mentions n’est pas toujours évidente. Tout comme la qualité de la formation.


Oriane Raffin | Publié le